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Culture   Publié

Diaspo #32 : Mehdi Ayouche, médecin-artiste par passion

Installé en Ukraine depuis une dizaine d’années, Mehdi Ayouche est parti suivre sa passion pour la médecine. Une fois là-bas, il découvre sa seconde vocation : le cinéma. Il se lance ainsi dans le septième art, devenant pour plusieurs une star internationale montante.

Temps de lecture: 5'
Mehdi Ayouche dans le rôle de Mansour Eddahbi / Ph. DR.

Natif de Fès, Mehdi Ayouche a développé tôt ses sensibilités artistiques, par le biais du théâtre scolaire et de la lecture. Arrivé en Ukraine à 18 ans, il suit ses études à la faculté de médecine. Aujourd’hui, il est interne et continue sa spécialité en néphrologie à l’académie médicale de Kharkov. C’est en suivant ainsi sa vocation pour la médecine qu’il a redécouvert ses passions de jeunesse.

«Tout me destinait à continuer mes études en France, nous confie-t-il. Mais vu les longues procédures et comme mes proches m’ont conseillé de tenter l’Ukraine, je me suis dit : Pourquoi pas !»

Lors des deux première années de Mehdi Ayouche à Kharkov, une rencontre changera sa vie : «En deuxième année de médecine, j’ai rencontré une artiste qui a remarqué mon intérêt particulier pour le cinéma et l’art. Elle m’a poussé à franchir le pas et à passer derrière la caméra.»

Un cinéaste-né

Tout a commencé ainsi en 2011. Lors d’un séjour de vacances dans sa ville natale, Mehdi Ayouche réunit amis et proches autour d’un projet de court-métrage : Gangs of New Fes. Il se sert des moyens du bord, au moment où l’accès à un matériel professionnel est resté encore limité :

«Je me suis servi de ma petite caméra numérique et j’ai mis en place plusieurs décors. Le film a fait environ 50 000 vues. Depuis, j’ai été repéré par Noureddine Lakhmari qui m’a adopté, artistiquement. Il m’a envoyé un message pour m’encourager et on s’est rencontré. Il a commencé alors à m’influencer cinématographiquement en me conseillant notamment des lectures, des pistes pour améliorer mes techniques et mon écriture scénaristique…»

De retour en Ukraine, le jeune artiste suit les conseils de son mentor. Parallèlement à ses études, il commence ne rate plus une master-class ou un atelier de cinéma. Dans la foulée et lors d’un autre séjour au Maroc, il est retenu pour jouer le rôle d’Al Mansour Eddahbi, dans une série historique éponyme réalisée par Anouar Moatassim. Diffusée sur Medi1 TV, la saga lui a permis d’être révélé à d’autre cinéastes qui ont fait appel à lui.

Cependant, ce début de parcours ne s’est pas fait sans douleur, comme nous le raconte l’artiste : «En tournant cette série, j’ai raté un mois de cours à la faculté de médecine, ce qui a menacé mon année. Mais je me suis battu, j’ai travaillé dur et j’ai pu dépasser cet obstacle.»

Depuis, Mehdi Ayouche a tenu le premier rôle dans le court-métrage «Le goût du Saint-Pierre», de Mohamed Amine Benhachem. Projeté au Festival de Cannes, le film soulève des problématiques sociétales comme «la dictature masculine et la violence verbale» dont sont victimes les femmes, nous explique le comédien :

«Il faut savoir remettre en question ses certitudes, religieuses, culturelles, sociétales. La situation des femmes ne changera pas tant que nous ne sommes pas aptes au débat, car nous n’avons pas encore relativisé nos certitudes. C’est une question d’éducation qui n’est pas encore près de se résoudre et c’est dommage.»

L’art-thérapie passe par le cinéma

Rapidement, Mehdi Ayouche participe à des longs-métrages où il est associé en tant qu’acteur. C’est le cas de «La Cornice», une coproduction maroco-italienne, réalisée par Nour Ayatollah, où il tient le rôle principal. Le film sortira cet été :

«J’y incarne le rôle d’un jeune travailleur féru d’art. Il passe sa vie acheter de vieux objets artistiques avant l’indépendance du Maroc, en rêvant de tomber un jour sur la pièce qui le rendrait riche. Ce qui m’a plu dans ce rôle, c’est l’idée qu’il faut croire en ses rêves et s’y attacher. Un personnage qui me ressemble beaucoup dans son côté rêveur et artiste. C’est grâce à cette volonté que je tiens encore à mes rêves justement.»

En effet, en se lançant dans le cinéma, Mehdi Ayouche ne cache pas que sa perception de la médecine a changé :

«Lorsque j’ai commencé à faire de l’art, j’ai commencé à voir autrement la médecine, notamment son côté humain. J’ai toujours voulu faire quelque chose à travers laquelle je ne ferai pas que gagner de l’argent, mais qui me permettra de me rendre utile. J’ai retrouvé ces valeurs dans la médecine autant que dans le cinéma.»

Mehdi Ayouche lors du tournage de La Cornice, dont la sortie est prévue cet été / Ph. DR.Mehdi Ayouche lors du tournage de La Cornice, dont la sortie est prévue cet été / Ph. DR.

Ainsi, le médecin dit croire en le pouvoir de l’art à influencer le côté psychologique des malades, un catalyseur de sérotonine, cette hormone du bonheur. L’art, l’écriture et le cinéma, c’est ce qui a également aidé Mehdi Ayouche à sortir des moments les plus sombres de sa vie :

«J’ai vécu des moments difficiles dans ma jeunesse. Je suis passé par une grande déprime, j’ai arrêté mes études, mais l’art m’a sauvé. Toute la mélancolie et la souffrance que je ressentais, je la couchais sur papier et je me sentais soulagé. J’ai écrit un scénario de court-métrage dans la même période et je tiens beaucoup à le réaliser, tôt ou tard.»

Rapprocher le Maroc et l’Ukraine

Au Maroc, l’artiste reconnaît que «nous souffrons d’une pauvreté artistique et culturelle grave», qui ne permet pas de décloisonner les savoirs et de joindre des compétences professionnelles. Cette prise de conscience, Mehdi Ayouche nous confie l’avoir acquise en Ukraine, un pays qui n’est pourtant pas à la pointe du développement économique.

«Une fois arrivé en Ukraine, j’ai vécu un choc. J’ai vu les gens tenir des livres dans le métro. J’ai appris à travers cette observation et en côtoyant des personnes passionnées qui apprécient les choses simples de la vie. J’ai vu mon professeur de néphrologie faire du théâtre de manière très naturelle. Pourtant, les Ukrainiens ne vivent pas aisément, mais ils ne considèrent pas la culture comme un luxe. C’est un peuple très digne et très cultivé, qui m’a beaucoup appris l’amour pour l’art.»

A Kharkov, Mehdi Ayouche a réalisé Four, un court-métrage où il met en scène des étudiants marocains établis en Ukraine, ainsi que des comédiens locaux. Il y traite de la problématique de la consommation des drogues dures dans le milieu universitaire dans le pays. Un phénomène qui touche notamment les étudiants marocains installés là-bas : «J’ai fait ce film après avoir vu un ami très proche sombrer dans la drogue et cela a détruit sa vie. C’est donc une inspiration personnelle.»

L’opus a été projeté dans les université de médecine et d’architecture. Le réalisateur espère aujourd’hui le montrer à un public plus large. Lors de la première projection du film à Kharkov, il a d’ailleurs été joyeusement surpris de voir la salle de cinéma bondée :

«Les Marocains que j’ai rencontrés après la projection étaient très demandeurs, curieux et admiratifs. Ils m’ont prié de tenir plus d’activités de ce genre. En effet, il n’existe pas de grandes attaches entre le Maroc et l’Ukraine. Cela m’a donné l’idée de créer le Mois du cinéma marocain à Kharkov, en janvier dernier.»

A travers cet évènement, l’idée est de programmer une sélection de films marocains, à faire découvrir aux spectateurs ukrainiens, et qui permettra de rassembler, par la même occasion, la communauté marocaine établie en Ukraine :

«La première édition a permis de créer une passerelle. C’est une façon d’adopter les jeunes étudiants marocains qui viennent en Ukraine, pour les habituer au septième art en tant que pratique culturelle et leur faire aimer l’art. Je souhaiterais beaucoup un soutien du Maroc dans ce sens, notamment à travers ses représentations consulaires en Ukraine.»

En attendant de mettre sur pied la seconde édition de l’évènement, Mehdi Ayouche participera à un projet de film américain cet été, parallèlement à l’écriture de nouveaux scénarios. Deux disciplines du cinéma où il se sent désormais polyvalent, refusant de reculer devant les obstacles que constitueraient les contraintes financières ou techniques.

«J’adapte mes productions aux circonstances où je fais des films. C’est une manière de montrer qu’avec un petit budget ou un grand, une autoproduction ou de gros producteurs, on peut faire du cinéma pour conscientiser la jeunesse. Divertir et amuser, c’est bien. Mais porter à l’écran des sujets qui nous tiennent à cœur en espérant que cela réveillera les spectateurs l’est tout autant. Je suis au début de ma carrière. Je veux juste que chaque chose que je fais me ressemble et soit identique à ce que je suis.» 

Article modifié le 17.03.2018 à 20h14

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