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Finance   Publié

Diaspo #31 : Chakib Abouzaid, le réassureur à l’assaut du monde arabe

Chakib Abouzaid est un Marocain à la carrière florissante dans le milieu de la réassurance aux Emirats arabes unis. Portrait.

Temps de lecture: 4'
Chakib Abouzaid, le réassureur à l’assaut du monde arabe. / Ph. Facebook

Chakib Abouzaid a la carrure imposante, la voix grave, chantante quand il parle, comme imprégnée par les sonorités des nombreux pays où il a vécu. En quelques minutes, le charisme de cet homme de 60 ans impose le respect. Sa carrière dans le milieu de la réassurance a fait de lui une référence, et petit à petit, a gravi les échelons, pour atteindre les plus hauts postes dans ce domaine. Il s’expatrie loin du royaume dans plusieurs pays, d’abord pour étudier en France, puis en Tunisie, au Liban, Bahrein et finalement aux Emirats arabes unis.

Chakib Abouzaid est né il y a 60 ans dans la vieille médina de Meknès, d’une famille de la classe moyenne, avec un père menuisier, instruit à l’école coranique et une mère qui choisit de se consacrer entièrement à l’éducation de ses enfants. Il grandit bercé par une atmosphère familiale, auprès de sa grand-mère et d'un d’oncle érudit et autodidacte. «Tout le monde dans ma famille lisait la revue koweitienne ‘’Al Arabi’’ et les publications de ‘’Dar Al Hilal’’ qui m’a beaucoup servi par la suite dans ma carrière. En effet, je me suis ‘’amouraché’’ des pays arabes. J’ai fini par en visiter la plupart», déclare à Yabiladi le Meknassi.

A 18 ans, il s’envole pour la France pour faire ses études à Bordeaux, puis à Grenoble et accumule les diplômes : licence, maîtrise et DEA en «Economie du développement». «Lors de cette période, j’ai rencontré des étudiants qui sont devenus par la suite de brillants économistes, ministres et serviteurs de l’Etat, tels que Salaheddine Mezouar, Saad Belghazi pour n’en citer que quelques-uns», se remémore le Marocain.

En parallèle à ses études, Chakib Abouzaid est animé par une fibre patriotique et militante qui le mène directement à l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc) où il s’engage corps et âme. Il participe aussi aux comités de lutte contre la répression au Maroc durant les années 80. «La lutte politique a ouvert mes perspectives, on se trouve  -de facto- intéressé par la géopolitique, l’histoire, l’analyse de l’actualité ... C’était une époque bénie, où on avait une bourse pour faire des études, les portes des universités françaises nous étaient grandes ouvertes et on y côtoyaient de grands professeurs, des militants politiques de tous les pays», ajoute le spécialiste de la finance islamique.

Le hasard comme clé d’une destinée

«Au milieu des années 1980, le problème des diplômés chômeurs commençaient à se poser pour les titulaires de Doctorats en “sciences humaines”. C’était même devenu un sujet de grand stress pour moi ; je me voyais mal rentrer à Meknès, rester sans travail et tendre la main à mon papa, alors que j’ étais indépendant depuis mes 18 ans !»

Le hasard met son grain de sel et accélère les choses pour Chakib Abouzaid. Le tournant de sa vie a lieu lors d’un voyage touristique à Tunis durant l’été 1987 : «Je me trouvais devant l’Institut de finance du développement du Maghreb arabe, je décide de rentrer pour me renseigner. Une tunisienne d’origine marocaine m’explique qu’un concours est organisé annuellement pour recruter des étudiants maghrébins pour les former aux métiers de l’assurance et de la banque», confie le natif de Meknès. Chakib Abouzaid postule et passe les différents tests qu’il réussit avec brio.

«Il me fallait encore trouver un sponsor pour payer mon Master et mon salaire. Le hasard a bien fait les choses puisqu’une dame très gentille me met en contact avec celui qui deviendra mon professeur, mentor et patron pour 17 ans. Je rentre ainsi à l’Institut, en étant sûr d’avoir un poste de cadre à la sortie.»

Travailleur et tenace, Chakib Abouzaid finit major de sa promotion. Lors de son premier travail dans le domaine de la réassurance, il fait un séjour linguistique à Londres, suivi d’un stage chez le grand courtier mondial de l’époque. «Malgré pas mal de difficultés, la décennie 90 du siècle dernier, était pour moi l’ occasion de voyager partout en Afrique et au Moyen-Orient et de faire des rencontres professionnelles fructueuses», s’exclame-t-il.

Chakib Abouzaid lors de l'International Takaful Summit à Londres. / Ph. Chakib AbouzaidChakib Abouzaid lors de l'International Takaful Summit à Londres. / Ph. Chakib Abouzaid

Liban puis Bahrein

Quelques années plus tard, Chakib Abouzaid vit une épreuve douloureuse, sa femme s’éteint des suites d’une maladie, «je réalise très vite que le choix pour moi est simple, se laisser aller au chagrin et couler, ou remonter», dit dans un souffle le Marocain. Une opportunité se présente au Maroc au sein de la CNIA, en tant que directeur de la réassurance, mais finit par tomber à l’eau.

Lors de l’été 2000, le patron de l’homme de 60 ans lui propose de devenir le Directeur général d’un nouveau bureau à Beyrouth. Ni une ni deux, Chakib Abouzaid plie bagage pour commencer une nouvelle vie. «Je m’ investis à fond. Au Liban, j’étais au milieu d’un pays que je connaissais et que j’aimais beaucoup», dit-il. En 2002, le natif de Meknès rencontre son épouse actuelle, célébrant le mariage la même année.

«La vie s’écoule tranquillement, jusqu’ à ce jour ou une grande déflagration eut lieu, non loin de mon bureau , le 14 Février 2005. Le premier ministre libanais Rafiq Al Hariri en fut la victime avec vingt autres. Cet attentat me fera réfléchir sur la “paix” qui a succédé à la guerre civile libanaise. Il va falloir penser à un plan B.»

Chakib Abouzaid se met en quête d’un autre poste, il finit par diriger la nouvelle filiale du réassureur arabe Arig, Takaful Re. En octobre 2005, il s’installe à Bahrein pour occuper ce poste prestigieux au sein de la finance islamique.

«Mon nouveau poste au sein Takaful Re va me propulser en haut de la sphère naissante de la Finance islamique. Pour créer mon marché, je voyageais beaucoup au Moyen-Orient et en Asie. J’ai eu droit à mon moment de célébrité, avec pas mal d’ interventions dans les médias. A ce titre, je viens au Maroc, en 2007, visiter quelques compagnies pour leur parler de l’assurance Takaful, bien avant l’ arrivée du PJD et le début des banques participatives et les assurances Takaful», renchérit le spécialiste de la réassurance. Mais la crise de 2008 finit par ralentir «la trajectoire croissante» de l’épopée Takaful Re.

Une retraite au Maroc ?

En 2012, le natif de Meknès devient papa et sa vie en est chamboulée : «Mes priorités sont désormais ma famille. Je quitte mon poste cinq jours après l’arrivée de Yasmine (sa fille, ndlr). Ce fut un soulagement, les relations avec les actionnaires étaient devenues exécrables», confie Chakib Abouzaid. Depuis, le natif de Meknès travaille comme Group Chief Marketing Officer pour le GroupMed, une émanation de la BankMed du Groupe Hariri.

Désormais, l’homme de 60 ans mène une vie paisible, ponctuée par des voyages au Maroc. «Mon rêve est de vivre et travailler au Maroc. Et à la retraite monter une structure de micro-assurance avec des ONG et/ou des organismes de micro-crédit, pour venir en aide aux plus démunis ; en parallèle s’ adonner à mon activité favorite : l’enseignement de la réassurance, de l’économie de l’assurance et de Takaful», précise le passionné de finance islamique. 

«Mon périple qui a commencé à Meknès, se continue à Dubaï aujourd’hui ; mais qui sait où il va se terminer ? Je rêve d’une semi-retraite entouré de ma famille au Maroc.»

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