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Société Publié

L’enseignement marocain, cette bombe à retardement [Tribune]

Une énième étude sur l’école publique est sortie. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a découvert que nos lycéens ont un niveau catastrophique (...) La conclusion est connue de tous : l’enseignement public agonise.

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Un élève devant un tableau dans une école de Rabat, Maroc, septembre 2010. / Ph. Abdelhak Senna, AFP

Une énième étude sur l’école publique est sortie. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a découvert que nos lycéens ont un niveau catastrophique : 84% des scientifiques n’arrivent pas à la moyenne en mathématiques, les littéraires éprouvent d’immenses difficultés avec l’arabe et continuent de souffrir avec le français. 9 élèves sur 10 affirment quant à eux vouloir bénéficier de cours particuliers. La conclusion est connue de tous : l’enseignement public agonise.

Cette situation est voulue, souhaitée et planifiée depuis des décennies. Le premier indice qui permet de déceler cela est la stratification de l’enseignement : aux princes et princesses le collège royal où les camarades sont minutieusement sélectionnés. C’est la future caste qui gouvernera le Maroc. Viennent ensuite les établissements des «missions étrangères» où se succèdent les nantis des grandes métropoles. La classe moyenne, ou ce qu’il en reste, lutte pour intégrer sa progéniture dans des écoles privées qui ne cessent de pousser ici et là. Merci à l’exonération fiscale et aux conditions avantageuses de ce secteur. Arrive en dernière place l’école publique, l’école du makhzen, de la populace. Celle où l’on met ses fils et filles parce qu’on n’a pas le choix. Celle où année après année y réussir et y décrocher un bon diplôme devient un parcours du combattant.

Mais même dans ces conditions là, lorsque le statut de professeur ne jouit plus de l’aura de jadis, lorsque l’élève-enseignant est tabassé et avec quarante élèves dans la classe, certains «fils du peuple» arrivent à accéder au fameux ascenseur social. Mais ils se font de plus en plus rares malheureusement … 

À maintes reprises a-t-on déclaré venir à la rescousse de notre éducation nationale. Entre plans d’urgences, hauts conseils nommés, ministres qui se succèdent ou hautes instructions royales, la situation ne fait qu’empirer. Chaque année les chiffres deviennent plus alarmants. La grève des élèves enseignants ne date que de quelques mois d’ailleurs… Faut-il s’étonner après si un Marocain sur quatre ayant entre 15 et 24 ans est au chômage et ne suit ni cours ni formation ? Est-on vraiment surpris de constater que l’on est un des premiers pays exportateurs de terroristes et de kamikazes de Daesh ?

Dans un sujet si critique, le gouvernement islamiste n’a pas lésiné sur les moyens pour enfoncer le clou. Lahcen Daoudi voulait en finir avec la gratuité de l’enseignement supérieur pour les «familles aisées» et Benkirane affirmait à voix haute que l’État ne devrait plus s’occuper de l’éducation et que cette dernière devrait être déléguée au secteur privé. Quelques années après ses déclarations, les études montrent que seulement 2% des élèves de l’école publique sont issus de milieux aisés. Il vaut mieux se taire parfois, surtout lorsqu’on ne gouverne pas.

Il faudrait être dupe pour croire à une volonté politique de réforme de l’enseignement. Ce qu’on veut produire au Maroc, ce sont des sujets soumis et crédules prêts à être galvanisés et transportés dans des camions pour crier «Vive le roi». Ce qu’on veut, ce sont des petites mains ouvrières à exploiter dans les fermes et les usines. Ce qu'on veut, c’est une classe moyenne endettée, écervelée et nombriliste. Tout ce beau monde sera gouverné par une caste qui pille les ressources de son pays et profite de son dur labeur. On lui jettera des miettes ou on l’embobinera avec des politiciens qui ne cherchent qu’à pérenniser leur rente. Si dans son livre phare «Le Capital au XXIe siècle» (Editions du Seuil, 2013), Thomas Piketty affirmait que l’unique moyen pour rattraper le retard d’un pays est la diffusion du savoir et l’éducation de son peuple, il a préféré ne pas mentionner que dans le cas contraire, ce qu’on récolte, c’est une bombe à retardement.

Visiter le site de l'auteur: http://mahdizahraoui.blogspot.com

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