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Migrants à Sebta : Les associations accusent la répression marocaine

Alors qu'on a vite fait le lien entre les menaces du Maroc dans l’affaire de l’accord de libre-échange et les récentes tentatives de passages des migrants à Ceuta, les associations de défense des droits des migrants soulignent au contraire que la police marocaine a renforcé ces opérations dans le nord depuis le lancement de la nouvelle opération de régularisation, début janvier.

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Lundi 20 février, 359 personnes sur presque 600 ont réussi à franchir la frontière de Sebta, moins de 72 heures après une première tentative de passage de 900 personnes. / AMDH Nador

Lundi 20 février, 359 personnes sur presque 600 ont réussi à franchir la frontière de Sebta, moins de 72 heures après une première tentative de passage de 900 personnes, qui s’est soldée par l’entrée de 498 personnes. Difficile de ne pas faire le lien entre ces soudaines tentatives de passage groupées et les menaces de représailles d’Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime, après les déclarations du commissaire européen de l’Agriculture mettant en cause l’application des accords de libre-échange au Sahara.

Pourtant, les associations de défense des migrants n’y croient pas. «Les migrants qui sont passés à Sebta ont été blessés. S’il n’y avait pas eu les forces de l’ordre, ça n’aurait pas été le cas. De plus, au Maroc, quand le roi n’est pas là, les forces de l’ordre sont en alerte. Il serait impensable qu’elles restent dans leur caserne. Enfin, Aziz Akhannouch et le commissaire européen à l’Environnement, aux Affaires maritimes et à la Pêche, Karmenu Vell, se sont vus à Agadir, dans le cadre du Salon Halieutis. Je pense vraiment que les choses se sont apaisées depuis», estime Hicham Rachidi, secrétaire général du Gadem, association de défense des droits des migrants. Hier, l’association a publié un communique pour dénoncer, au contraire, les opérations de police près de Nador.

Loin de rester inactives, les forces de l’ordre marocaines ont en effet intensifié, depuis janvier et le lancement de la nouvelle opération de régularisation exceptionnelle, les arrestations groupées de migrants. «Le mercredi 15 février, les autorités locales de la province de Nador ont procédé à des ratissages dans les campements de migrant-e-s à Boulingo et la Carrière. 43 abris de fortune ont été détruits accompagné d’au moins 35 arrestations dont une femme. 17 personnes ont été blessées lors de cette opération, selon des sources associatives crédibles», indique le Gadem dans son communiqué.

Réaction à la pression policière

Depuis le lancement de la nouvelle politique migratoire, le processus est toujours le même : «Tout se passe comme s’il y a avait une frontière entre le nord du Maroc et le reste du pays, à la limite de Fès», souligne Hicham Rachidi. Les migrants sont arrêtés au nord et déplacés en bus vers le centre du pays où ils sont relâchés afin de les éloigner des frontières espagnoles. Depuis le début de l’année, ces pratiques se sont seulement intensifiées. «Nous pensons que les tentatives récentes de passages des migrants sur Ceuta sont surtout la conséquences de cette pression policière. Les migrants tentent de passer coûte que coûte rapidement», explique Hicham Rachidi.

Ainsi, le lancement de la nouvelle phase de régularisation exceptionnelle - 16 000 demandes ont d’ores et déjà été déposées selon Anis Birou, ministre des MRE et des affaires de la migration - n’a pas été synonyme d’apaisement dans le nord. «Je m’en suis rendu compte très rapidement lorsque fin janvier, lors de la première réunion de la commission de délibération à Nador, sur 264 dossiers déposés, deux seulement ont été acceptés pour un Palestinien et une Tunisienne», raconte Hicham Arroud, membre de l’association Asticude à Nador. Loin d’être la cible de la nouvelle opération de régularisation - ils avaient été largement exclus de la première, du fait des mêmes opérations policières - les Subsahariens qui vivent au nord voient leur sort empirer. «Je ne comprends pas l’audace des services locaux de l’Intérieur à Nador : comment peuvent-ils se permettre de na pas suivre les recommandations du roi», souligne Hicham Arroud, un brin provocateur.

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