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Mode Publié

SaeSkin : La maroquinerie de luxe en peau de poisson

La maroquinerie de luxe rime désormais avec écologie et recyclage. C’est le pari fou qu’a réussi à relever Nawal Allaoui en créant son entreprise SeaSkin. Une société spécialisée dans la fabrication de produits de maroquinerie, de luxe et tout ceci à partir… de déchets de poissons ! Détails.

Temps de lecture: 3'
SeaSkin transforme les déchets de peaux de poisson en maroquinerie de luxe. / DR

SeaSkin ou comment participer activement à la disparition des déchets, cause principale de la pollution qui impacte négativement l’environnement. C’est dans ce sens qu’œuvre l’entreprise SeaSkin. Transformer les déchets de peaux de poisson en cuir de luxe pour en faire des sacs à main, des paires de chaussures ou des coques de Smartphones, c’est le pari qu’elle a relevé avec succès.

Une aventure inattendue

Fondée par Nawal Allaoui, étudiante à l'Ecole supérieure des industries du textile et de l'habillement (ESITH) à Casablanca, l’entreprise SeaSkin produit et commercialise des produits de maroquinerie de luxe à base de cuir de poisson. Cette jeune femme, qui fréquentait souvent la zone côtière de Sidi Rahal à Casablanca, connaît parfaitement les espèces de poisson, dont elle récupère les déchets qui valent de l’or. Des détritus trop souvent gaspillés faute de ne pas savoir quel usage en faire.

Considérées comme des déchets, les peaux partent habituellement à la poubelle pour s’entasser dans des bacs où elles se décomposent en matière huileuse. C’était sans compter sur la détermination de Nawal, qui s’est aperçue un jour du trésor que ces peaux cachaient et a décidé de leur donner une seconde vie. «L’idée m’est venue lorsque je travaillais dans l'entrepreneuriat social avec les épouses des pêcheurs qui nettoyaient les poissons et enlevaient les épines des oursins dans la région de Sidi Rahal», a confié cette étudiante à la MAP.

«Ces femmes souffraient mais avaient besoin d'un gagne-pain. J’ai essayé de réfléchir à une solution et après des recherches approfondies, j’ai pensé à l’idée de collecter les déchets des peaux de poisson pour les transformer en cuir», explique Nawal.

Du bio et de l’artisanal

Après plusieurs tests dans sa chambre à l’internat de l’ESITH - qu’elle enfermait dans un placard par peur qu’une femme de ménage ne les découvre -, Nawal a pu concocter une recette miraculeuse pour le tannage de peaux de poisson, comme elle l’explique sur sa page Facebook. Une recette qu’elle a réussi à mettre au point à force de persévérance et grâce au maniement méticuleux des produits bio purement marocains tels que le henné.

La jeune adepte de l'environnement s’approvisionne en peaux crues de poisson (sole, merlan et saumon, etc.) auprès des restaurants spécialisés en poisson et d’une usine de filet de poisson. Elle les confie ensuite aux femmes, en nombre de six, pour écailler la peau en retirant les résidus de chair encore présents et rincer le tout. Le jour d’après est consacré au tannage végétal : Nawal fait baigner les peaux en y incorporant progressivement la préparation faite à base de produits naturels. Enfin, la peau sera prête à passer dans un bain de teinture pour être personnalisée selon le produit.

En bout de chaîne, la touche finale consiste à aplatir et à faire sécher le cuir pour en réaliser un produit luxueux de maroquinerie. «Je conçois le design moi-même. Pour la couture, la confection et l’emballage, je les fais au niveau de l’atelier de mon école», fait savoir Nawal.

Victime de son succès

Ainsi, de la rencontre entre la peau marine et les mains de cette créatrice marocaine naissent des accessoires de luxe en cuir de poisson qui sauront assouvir le plaisir des personnes qui souhaitent avoir un produit original avec des textures exotiques. Le produit, certes destiné à une clientèle aisée, requiert des heures de travail minutieux pour obtenir le résultat escompté.

Mais… les portefeuilles sentent-ils le poisson? «Non, car les huiles, naturellement présentes dans les peaux, sont remplacées par des huiles de tannage ou protectrices naturelles. Du coup, l’objet sent le cuir, tout simplement», rassure-t-elle.

Pour la commercialisation de ses produits, Nawal procède à la vente en ligne. La réussite semble être au rendez-vous. D’abord, SeaSkin a investi un créneau jusque-là inexploré, celui de la mode à partir du recyclage. Une problématique actuelle mais souvent laissée en retrait. Intervenir en faveur de l’environnement ne peut être qu’honorifique pour cette étudiante qui a œuvré dans ce sens. La marque a aussi profité de l'élan écologique qui touche la société pour offrir des articles «fashion» et modernes fabriqués exclusivement à partir de peaux de poisson et de produits naturels.

Écologique, esthétique et résistant, ce cuir de poisson pourrait bientôt arriver en force dans nos magasins sous la forme de chaussures ou de sacs à main et inciterait les jeunes entrepreneurs à oser/penser écolo.

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