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Culture Publié

Neev, l’humoriste d’origine marocaine en pleine ascension au Québec

Impossible de parler aujourd’hui d’humour au Québec sans parler de Neev. Du haut de ses 31 ans, ce Canadien d’origine marocaine est un humoriste au parcours des plus improbables. Portrait de celui qui a débuté sa carrière en réussissant la première partie d’un spectacle de Gad Elmaleh, sans jamais avoir reçu de formation, ni fait de l’humour sur scène.

 

 

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Neev, l’humoriste d’origine marocaine en pleine ascension au Québec. / DR

Ceux qui connaissent son art disent de lui qu’il sait faire ressortir «à la perfection» les différences entre les jeux télévisés du Québec et de la France. Depuis le 16 juillet, Neev fait rire les Québécois au festival «Juste pour rire» de Montréal, et ce jusqu'au 31 juillet. Ce que son public ne sait probablement pas en revanche, c'est que l’humour n’a jamais été sa vocation première.

Neev Bensimhon est né à Montréal le 27 mai 1985, de parents juifs marocains. «Mon père est originaire de Fès et ma mère vient de Rabat», explique-t-il à Yabiladi. Ses parents ont quitté leur Maroc natal lorsqu’ils étaient encore adolescents pour rejoindre la plus grande métropole de la province québécoise. L’enfant grandit à Montréal dans un environnement propice à l’exercice de sa passion. Sa mère est une ancienne danseuse du Conservatoire de Paris et son père un ancien basketteur de première division en Israël.

D'abord musicien

Ce n’est cependant ni dans la danse, ni dans le sport et encore moins dans l’humour que la première identité artistique de Neev Bensimhon se fait jour, mais dans la musique. S'il possède à son actif le prix d’un concours d'art oratoire de l'École séfarade de Montréal qu'il obtient à l'âge de sept ans, l'enfant préfère prendre des cours de piano et composer des chansons. A 17 ans, il appuie sur «pause» pendant ses études pour se consacrer à son groupe. Ce n’est que plus tard qu'il retournera sur les bancs de l'université pour y étudier la philosophie.

Sa vie suit ainsi son cours jusqu’en 2009. Avec son groupe, Neev participe au festival Séfarade de Montréal. Gad Elmaleh y est programmé. En bon artiste qu'il est déjà à l’époque, c’est l’occasion pour lui de voir sur scène un humoriste qu’il admire et avec lequel il partage ses origines juives marocaines. Neev tombe presque des nues lorsque la productrice de l’événement l’appelle et lui demande d’assurer la première partie du spectacle de Gad Elmaleh en tant qu’humoriste. «Je lui ai dit que je ne pouvais pas le faire», se souvient-il. «Elle m’a dit : 'raconte les histoires comme tu le fais souvent avec nous, je te garantis que ça va marcher'.»

Le pari de l'inconnu

Après en avoir discuté avec quelques proches, Neev accepte de relever le défi. «Je suis monté sur scène et le public a tout de suite été réceptif. Je n’avais pas eu le temps d’apprendre le métier pour savoir ce que c'était qu’être humoriste. Je connaissais la scène seulement avec la musique, mais là, j'étais agréablement surpris.» Plus de peur que mal finalement, ou plutôt… pas de mal. Le jeune humoriste relève le défi et clôture sa grande première sur une standing ovation face à plus de 2 000 spectateurs. C’est ainsi que sa passion pour l’humour prend forme.

Gad Elmaleh voit tout de suite en lui «un vrai humoriste» qu’«on a envie d’aimer dès qu’il apparaît sur scène». Un atout que l’humoriste de renom n’est pas le seul à remarquer. Quelques temps plus tard, Neev est contacté par les organisateurs du festival «Juste pour rire» qui a lieu chaque année à Montréal. En l’espace de quelques minutes il signe un contrat de cinq ans. Il est sacré révélation de l'année lors de l'édition 2011 du festival.

«Chez nous au Maroc, difficile de faire comprendre aux gens qu'on veut devenir humoriste»

Entre temps, Neev effectue un stage aux côtés de Gad Elmaleh. «Cette rencontre a complètement changé ma vision du métier d’humoriste. J’ai découvert beaucoup de choses en voyant Gad travailler. C’est quelqu’un qui a une méthode de travail très pointue, il ne s’arrête jamais. Même s'il est au sommet, il continue d’explorer de nouvelles pistes», insiste Neev, qui voit en lui un «exemple».

«Pour lui, c’est encore plus encourageant de voir que le travail paie lorsqu'on fait quelque chose que l'on aime. Chez nous au Maroc, c’est difficile de faire comprendre aux gens que tu veux devenir humoriste. Donc lorsque quelqu’un réussit dans le milieu, c’est vraiment une bonne chose», affirme-t-il, soulignant toutefois qu’au sein de sa famille restreinte, il n’a pas eu à convaincre. «Pour mes parents, chacun a le droit de faire ce qu’il aime. Mais ce que tu choisis de faire, fais-le bien.» Une mentalité qui, selon lui, «ne prime pas dans la culture marocaine».

Bientôt un spectacle au Maroc

Celui qui dit avoir le goût de la découverte a certes eu des défis à relever pour bien prendre ses marques en tant qu’humoriste, mais jusqu’ici tout s’est plutôt bien passé pour lui. «A partir du moment où vous avez pris conscience qu’il faut travailler et que vous vous y mettez, ça va», glisse-t-il en riant.

Bien qu’il soit aujourd’hui humoriste à plein temps, Neev ne manque pas l’occasion de renouer avec la musique. L’artiste est également passionné de cuisine. «J’aime cuisiner, aller au marché. C’est un peu mon héritage marocain. Quand j’étais petit, j’allais au marché avec ma grand-mère pour faire des courses», raconte-t-il amusé. Et lorsqu'il s'agit d'évoquer son pays d'origine, Neev ne pense pas qu’à la cuisine mais aussi et surtout à la «culture de fraternité et d’hospitalité» qui le caractérise. Aujourd’hui, l'un des projets qui lui tient particulièrement à cœur est de faire découvrir ses talents humoristiques au public marocain.

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