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Grand Angle

Attentat à Casablanca : reportage en direct de Sidi Moumen

A Sidi Moumen, ce lundi 12 mars 2007 à la mi-journée, la population est encore sous le choc de ce qui s’est passé la veille au soir. Les visages sont interrogatifs, marqués, fatigués, par une nuit blanche où chacun n’a pu trouver le sommeil tant les faits ont «frappé» les esprits.
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«J’étais devant la télévision avec mon épouse et mes enfants, lorsque, vers 22 heures 30, une explosion s’est déclarée au rez-de-chaussée. Que se passe-t-il ? Du coup, j’ai dévalé les escaliers un à un pour rejoindre le cyber café tenu par mon fils. Rendu sur les lieux, j’ai vu mon fils allongé sur le sol, inanimé, le corps disloqué d’un homme ainsi que trois autres personnes. Pris de panique, j’ai appelé à l’aide. C’est une scène horrible, …effroyable», déclare Raiss Faiz, le père du responsable du cyber café. Il faut savoir que la déflagration (due à l’utilisation d’une bombe artisanale à forte intensité) a éventré les rideaux de fer des boutiques avoisinantes et soufflé trois portes d’entrée.

Toujours sous le choc, il poursuit en indiquant, «je n’ai pas encore pu rendre visite à mon fils à l’hôpital Mohammed V de Casablanca, mais je sais qu’il est sérieusement blessé au visage avec des brûlures sérieuses ainsi que des contusions voire plus au niveau de plusieurs membres. En outre, une des personnes qui était près de lui, lors de l’explosion a perdu la vue à un œil, j’en pleure, je ne sais plus quoi penser, dire,…», lâche-t-il avec une voix teintée d’amertume et de tristesse.

Son fils, Mohamed, âgé de 27 ans, sportif, passionné par le full contact, avait décidé d’ouvrir un cyber café en 2004 afin de pouvoir subvenir à ses besoins. Ce lieu était un rendez-vous de référence pour les jeunes du quartier. Ces derniers, venus nombreux soutenir les membres de la famille Raiss, sont également sous le choc. «C’est à n'y rien comprendre ! Pourquoi s’en sont-ils pris à Mohamed avec une violence inouïe ? Quelles étaient leurs intentions lors de leur intrusion dans le cyber ? »

Ces interrogations, ils sont nombreux à se les poser. En premier lieu, la direction générale de la sécurité nationale (DGSN), puis la direction de surveillance du territoire (DST) et d'autres services de renseignements généraux. Néanmoins, des premières informations de taille ont déjà filtré. Primo, les deux jeunes kamikazes ont été identifiés. Il faut savoir que la personne décédée était activement recherchée par la DGSN et la DST car elle aurait été mêlée aux attentats du 16 mai 2003 de Casablanca. Quant à son acolyte, cueilli à froid par la police, ses aveux devraient permettre aux enquêteurs de faire toute la lumière sur les intentions et sur l’identité des réseaux qui «soutiennent» les candidats aux attentats suicides.

En outre, les deux acteurs d’un scénario empreint de barbarie et de folie, qui ont respectivement 24 et 25 ans, sont de grande taille, de forte corpulence, barbus et très bruns de peau. Quant à savoir s’ils sont originaires du quartier Sidi Moumen, la tendance générale irait dans ce sens, malgré le fait qu’ils étaient méconnus du propriétaire du cyber café et des personnes présentes sur les lieux du crime. Car, c’est bien un crime, un drame, qui s’est déroulé, ce dimanche 11 mars 2007, à Casablanca. De plus, ne sommes-nous pas passés tout près d’une catastrophe humaine ? La réaction du jeune Mohamed, qui n’a pas cédé à la volonté des kamikazes de vouloir consulter des sites islamistes (interdits au Maroc), n’a-t-elle pas permis de sauver des dizaines, des centaines de vies, menacées ce soir là ?

Sidi Moumen, demeure un lieu où la violence aveugle et assassine, terrorise tout un pays. Un pays qui se savait menacé par des réseaux islamistes terroristes (Al Qaida, le GIPC). Les réunions au sommet qui se sont tenues ces dernières semaines, sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur avec la présence de tous ceux qui assurent la sécurité de la nation, en est la preuve.
Sans vouloir tomber dans la psychose, un message fort vient peut-être d’être envoyé à chacun d’entre nous. Il s’agit peut-être d’un premier avertissement avec…frais.

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