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Société Publié

La presse Marocaine et le discours papal

La déclaration de Bavière de Benoît XVI liant implicitement l’Islam à la violence a eu un écho retentissant au royaume. De l’intelligentsia au chauffeur de taxi en passant par le chaouch, un seul mot aux lèvres : ‘’Al baba nous a insultés !’’ Le Roi Mohammed VI est allé même jusqu’à rappeler son ambassadeur au Vatican. La presse ne pouvait rester en marge de cette émotion collective.
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Emotion donc au Maroc suite au discours du Souverain Pontife. Et pour cause. Beaucoup de Marocains ont un grand respect pour l’institution papale. Une déférence surtout façonnée et cimentée par le défunt Jean-Paul II dont le passage au royaume en août 1985 n’a laissé que de beaux souvenirs. Souvenirs d’un Pape tolérant, embrassant le sol de Casablanca, en terre musulmane. Mais voilà que son successeur vient briser la glace, en laissant suinter de sa pensée qu’Islam rime avec violence et terreur, et que, de surcroît, cette religion est imperméable à la raison. La presse nationale est largement revenue sur cette ‘’gaffe papale’’. Nous avons lu quelques journaux pour vous.

Pour l’éditorialiste de Tel Quel (du 23 au 29 septembre 2006), cette sortie du Pape est une ‘’provocation’’ voire une ‘’idiotie’’. Et d’ajouter que ‘’si la Chrétienté a l’air aujourd’hui plus pacifique que l’Islam, c’est parce qu’elle s’est inclinée devant la suprématie de la laïcité, un système politique et social conçu pour être la quintessence de la raison’’, et qui, souligne t-il ‘’ne s’est pas fait naturellement, rapidement, car il a fallu des siècles de luttes sanglantes’’. L’éditorialiste rappelle aussi à Sa Sainteté que « l’inquisition, une des péripéties les plus terribles de l’histoire de l’humanité a bel et bien été menée au nom de Jésus-Christ, dont le slogan majeur était [pourtant] ‘’aimez-vous les uns les autres’’».

Quant à l’éditorial de Maroc Hebdo International (du 22 au 28 septembre), sous la plume de Mohamed Selhami, il assimile le discours de Bavière du Pape à du mépris envers la umma, en estimant que ce dernier ne ‘’semble pas avoir intégré la dimension potentiellement pacifique de sa fonction’’. Et de regretter que le Souverain Pontife soit ‘’loin de l’attitude rassurante, de la démarche joviale et des prises de positions courageuses de Jean-Paul II’’.
Toujours dans l’hebdomadaire casablancais, et sous le titre ‘’Benoît la gaffe’’, le chroniqueur du journal se permet un conseil à Benoît XVI : ‘’Quand on est Pontife et favori des caméras, on ne doit pas disserter comme un prof sur les rapports entre la raison, la science et la religion.’’

Le Journal Hebdomadaire (édition du 23 au 29 septembre) lui non plus n’a pas fait dans la dentelle. Sous le titre ‘’Benoît…ement’’, Khalid Jamai regrette que Sa Sainteté soit ‘’resté dans le juste milieu’’ en choisissant les passages qui l’arrangent dans ‘’Les 26 dialogues’’ entre l’empereur Manuel II Paléologue et un persan lettré, en omettant sciemment les réponses du musulman à l’empereur pour qui le Prophète de l’Islam n’a fait que des choses ‘’mauvaises et inhumaines’’. Et le journaliste de se douter si le chef de l’église catholique connaît Avicenne [Ibn Sina] ou Averroes [Ibn Rochd] par qui l’occident a pris connaissance de la philosophie grecque, en rappelant qu’Averroes a été longtemps enseigné à la Sorbonne’’.


Quelques citations* à contre-courant du discours du Pape

‘’L’Islam, tout le monde en parle, mais rares sont ceux qui le connaissent. Cette religion tant décriée demeure un continent culturel à explorer, un univers mental plus riche et subtil que nous le donne à croire son image déformée par le fondamentalisme’’.

‘’…Le Moyen Age chrétien et juif n’aurait pas été ce qu’il a été, il n’aurait pu ouvrir la voie à la Renaissance si un calife abbasside n’avait encouragé les traductions des auteurs Grecs. (…) La sociologie moderne s’est revivifiée à la pensée d’Ibn Khaldoun’’.

‘’L’histoire des idées en Islam a toujours été un fil tendu entre la foi et la raison, parfois avec un net avantage pour la raison’’.

‘’Au IXème siècle, l’Islam voit la naissance d’une philosophie d’inspiration grecque, la falsafa. De Kindî à Averroes en passant par Fârâbi, ce mouvement tentera de concilier raison, révélation et prophétisme, au risque de l’incompréhension et de l’anathème’’.

* Ces citations sont tirées de ‘’Les textes fondamentaux de la pensée en Islam, Avicenne, Averroes, Al- Ghazâlî, Ibn Khaldoun…’’ in Le Point Hors-série n0 5, Novembre-décembre 2005.



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