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Société Publié

Enquête interactive : Les marocains à l'étranger majoritaire dans le parti des "sans parti"

L’année 2007 sera l’année des urnes. En France comme au Maroc, la bataille électorale va rentrer dans sa phase déterminante. Au Maroc, le sondage réalisé par l’institut américain l'Institut républicain international (IRI) a placé le PJD (parti de la justice et du développement) largement en tête. Cette nouvelle n’a pas manqué d’irriter les partis du gouvernement. Les scores annoncés ont donné le tournis à certains responsables de la majorité. De son côté, la communauté marocaine établie à l’étranger s’apprêtait à participer aux législatives de 2007 sans une réelle visibilité. Avant que le ministre de l’intérieur ne sonne la fin de la récréation concernant cette hypothétique participation, nous avons voulu en savoir plus sur les sensibilités politiques de la communauté marocaine établie à l’étranger . Plus de 3800 internautes ont répondu à notre enquête.
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A la question « de quel parti politique marocain sentez vous le plus proche ? », c’est le parti des « sans parti » qui l’emporte très largement (45%). La méfiance parait de rigueur. Les partis politiques, un des principaux outils de la démocratie sont en perte de vitesse au moment même où le Maroc s’ouvre. Chez les marocains de l’étranger la situation est d’autant plus grave que les jeunes générations ne se sentent pas concernés par la vie politique marocaine. Dounia résume un peu la situation de beaucoup de jeunes nés sur le sol européen « je suis à coté de la plaque, je connais aucun des partis politique, donc je me sens proche de rien, parce que personnellement je ne connais pas la situation politique au Maroc ».

Pour ceux qui sont au fait de la vie politique marocaine, les raisons de la défiance sont nombreuses. Le rôle « peu » lisible du parlement et sa marge de manœuvre réduite détruisent le peu de crédibilité, péniblement acquise avec l’avènement d’élections relativement transparentes. Un autre internaute constate « que la marge de manoeuvre des partis politiques ou du parlement est très réduite donc à quoi bon de voter pour un parti, si ce dernier ne peut pas changer les choses?! ». Ahmed, dresse un portrait peu flatteur pour notre élite politique «malgré la multitude de partis je pense qu'ils appartiennent tous au même grand parti:le parti de la corruption et de l’incompétence ». Chihdi, quant à lui, montre le chemin de la réconciliation « Tous ces partis politiques, pour ne pas dire nos partis politiques, doivent se remettre en question si jamais ils ont l'intention de contribuer au développement de ce beau pays qu'est le Maroc ».

Pour ceux qui croient encore aux vertus des partis politiques, le Parti de la justice et du développement (PJD) arrive en tête avec 30% loin devant les partis issus du « mouvement national ». Le PJD n’a jamais dirigé les affaires du pays (sauf quelques municipalités depuis 2002), on lui accorde donc le bénéfice du doute. Moustafa pense qu’ « Il faut un changement dans ce pays et il faut donner une chance à ce parti et le juger sur ses résultats et pas sur des à priori que les gens empruntent à l’occident ». L’organisation sans faille de ce parti et sa rigueur interne ainsi que le profil de ses cadres rassurent une partie des marocains. Le PJD n’a pas révolutionné la vie des partis au Maroc, il a tout simplement tenté de fonctionner normalement ! Saida reconnaît que « Les islamistes du PJD, certes, ne sont pas des anges, ni des portes parole de l’islam, mais par la confiance qu’ils ont acquit chez les marocains, ils ont prouvé que s’ils n’avancent pas, au moins ils ne trichent pas et ne volent pas les richesses. La plupart des cadres du parti sont des universitaires et des intellectuels, la démocratie règne dans le parti, le suivi du travail des responsables du parti est régulier ».

La défense de l’identité marocaine, et des valeurs morales apparaît comme un argument essentiel pour ceux qui se reconnaissent en ce parti. Salah énumère les raisons qui vont probablement le conduire à voter PJD « redonner une fierté au marocains, le Maroc vit dans une succession de scandales: tourisme sexuel, les valeurs morales et religieuses délaissées, la sociétés perd ses repères et s'occidentalise négativement ».

Un autre internaute abonde dans le même sens « Préserver notre culture en s'ouvrant de façon "raisonnable et illuminée" sur l'extérieur », il accuse également les responsables marocains de fermer les yeux sur les scandales du tourisme sexuel. Le PJD apparaît pour beaucoup comme le seul protecteur de l’identité marocaine. «On peut toujours avancer en respectant ses valeurs, et c’est ça ce que propose le PJD ».

Sondage Partis Politique Maroc Yabiladi12 % se déclarent proche de l’USFP (l’union socialiste des forces populaires), le discrédit est à la mesure des espoirs au lendemain de l’alternance. Mais les sacrifices de ce parti pour l’édification d’un Maroc moderne ne laissent pas indifférent. Yassine est nostalgique de la période glorieuse de l’USFP mais s’insurge contre le manque de reconnaissance du rôle salvateur de ce parti « un parti qui a tant donné pour la nation, pour le peuple... Un tel parti ne peut être jeté aux oubliettes, ni être mis sur le banc des accusés comme un vulgaire criminel... » Mais concède « L'USFP a connu et connaît son lot de "profiteurs", de "menteurs", d'arrivistes tout comme les autres partis...

La faible marge de manœuvre dont dispose la gauche au pouvoir permet d’atténuer les critiques « il faut d'abord permettre vraiment à la gauche de gouverner, pour qu'on puisse lui reprocher ses agissements ».

Le parti issu du mouvement national (l’istiqlal) n’obtient que 5%. Nombreux sont les marocains de l’étranger qui ne connaissent pas ce Parti, la récente visite de son chef, rendue à la communauté marocaine en France a démontré le décalage entre ce parti de « notabilités » et une population majoritairement issue des milieux modestes.

Le mouvement populaire n’est pas plus représenté au sein de l’immigration. Seulement 2% se déclarent proche de ce parti. Le mouvement d’Aherdane prospère grâce à un formidable maillage dans le milieu rural. Il faudra sans doute compter avec le mouvement populaire pour le trio de tête à l’issue des élections de 2007.


Cette enquête démontre que Le Maroc n’échappe pas au regain des questions identitaires qui secouent ce début du siècle. L’ouverture du pays, la mondialisation galopante ainsi que les injonctions modernistes occidentales font craindre à un grand nombre de marocains une perte de repères et de valeurs. Le PJD semble incarner le meilleur avocat d’une identité arobo-musulmane assiégée. Pour un véritable débat de projet de société, il faudra attendre encore quelques années. Les marocains de l’étranger devront attendre également. Après l’euphorie suscitée par l’intervention royale, Chakib Benmoussa, le ministre de l’intérieur, a sifflé la fin de la partie en invoquant les fameuses difficultés logistiques,auxquelles personne ne croit ! Les véritables questions demeurent. Les marocains de l’étranger constitueraient ils des sièges en plus pour le PJD ? Le Maroc a-t-il peur de ses « citoyens » qu’il ne maîtrise plus à travers les officines amicalistes ? Cette volte face n’a sûrement pas encore connu son dernier épisode. Elle ne va certainement pas faire chuter les transferts, nos démocrates rentiers peuvent dormir tranquillement. L’immigré a appris à être docile malgré ses agitations estivales.

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