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Grand Angle

Maroc : Plus qu'une simple balade… Le club de motardes réservé aux femmes brise les codes

Passionnée de moto, Dalila Mosbah fonde, en 2011, son association "Miss Moto Maroc", afin d'honorer sa passion et rencontrer d'autres femmes marocaines partageant le même loisir. À ce jour, son club de moto réservé aux femmes est un lieu exutoire pour des dizaines d'adhérentes.

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Née et élevée à Casablanca, Dalila Mosbah, a eu son premier deux-roues à l'âge de 15 ans. Accompagnée de celui qui est désormais son mari - qui avait également 15 ans à l'époque - elle se rendait à l'école à moto avec lui. Leur passion commune s'est graduellement transformée en amitié, puis en amour et enfin, en mariage.

Devenue mère, Dalila a dû mettre sa passion pour la moto entre parenthèses, afin de s'occuper de ses enfants, parallèlement à son travail au sein de la Royal air Maroc (RAM). Une fois ses enfants devenus grands, elle décide de renouer avec l'univers des deux-roues. Et comme au bon vieux temps, rouler avec son partenaire.

Dès l'obtention de son permis de conduire moto, en 2008, elle part à la recherche de motardes comme elle. En visite à l'un de ses fils vivant aux États-Unis, Dalila est d'ailleurs émerveillée par le nombre de motardes rencontrées sur son chemin.

«Je voyais des motardes de toutes les origines et de tous les âges. Je me suis dit pourquoi ne pas rassembler toutes celles du Maroc, et créer notre propre petite communauté», a-t-elle confié à Yabiladi.

Le premier club de moto réservé aux femmes au Maroc

Fortement inspirée par cette expérience, elle se souvient qu'après ce périple, elle est rentrée au Maroc avec la ferme intention de créer une association. Ainsi, en 2011, Dalila fonde Miss Moto Maroc, la première organisation de motardes à but non lucratif au Maroc, et plus généralement, dans le monde arabe.

Dalila, qui a par ailleurs demandé et obtenu une retraite anticipée, a commencé à faire passer le mot : elle cherche des femmes conduisant des motos. «C'était un défi de trouver des motardes et de les faire rejoindre mon association», a-t-elle admis.

«Je demandais aux vendeurs et aux magasins de motos de me présenter des motardes ou de m'aider à contacter leurs clientes, voire d'en interpeller certaines dans la rue, en leur demandant si elles voudraient me rejoindre», se souvient-elle.

Depuis, l'association de Dalila rassemble des femmes de tous âges et de tous horizons. Partageant le même amour et le même respect pour la moto, ensemble et sous la direction de la fondatrice, le groupe organise régulièrement des sorties, des parades et des tours à travers tout le pays.

«J'organise les virées, je vérifie les itinéraires, je planifie les hébergements pour nos membres. Elles me font confiance», a-t-elle fièrement déclaré.

La famille de motardes de Dalila inclut des mères au foyer, des étudiantes et des professionnelles de tous les secteurs. Ensemble, elles sont désormais sous la bannière d'un organisme qui les réunit autour de leur passion commune pour la moto, un loisir encore atypique pour les femmes du Maroc et dans de nombreux pays de la région.

Aventure et passion partagée

Parmi la famille de motardes, Aicha Ezzine, une nouvelle membre, incarne l'esprit aventurier du groupe. Contrairement à Dalila, cette mère au foyer a commencé la moto tardivement. Après le départ de ses trois enfants pour leurs études à l'étranger, elle s'est recentrée sur elle-même, en s'autorisant à vivre pleinement sa passion pour les cylindrées. «J'ai un goût pour la prise de risque et j'aime les défis. Grâce au soutien de mon mari, je me suis enfin décidée à rouler en moto», a confié l'ancienne championne de natation à Yabiladi.

«La moto est ma passion de longue date. Depuis des années déjà, l'idée me taraudait l'esprit, mais j'avais une mission plus importante. Je devais assumer mon rôle de maman et élever mes enfants. Maintenant qu'ils ont grandi, mon tour est venu pour voyager», a admis Aicha.

C'est ainsi qu'Aicha a franchi le pas en rejoignant les rangs de Miss Moto Maroc, il y a un an, après avoir suivi assidûment l'association sur les réseaux sociaux. Une fois son permis de conduire en poche, elle a manifesté son intérêt pour adhérer au cercle de Dalila, avant même d'acquérir sa propre moto.

En effet, rouler en cylindrées signifie bien plus que cela pour Aicha, qui y retrouve une immersion dans ses souvenirs d'athlète. «La moto, c'est toujours incroyable : on découvre de nouveaux endroits, on se sent libre et on a cette montée d'adrénaline qui rend l'expérience unique», dit-elle en souriant.

Aussi, la moto l'a beaucoup rapprochée de son mari. A présent, celui-ci partage sa passion. «Maintenant, nous faisons des activités à deux plus régulièrement : nous voyageons et nous regardons des vidéos, des films, des vlogs en lien avec la moto», précise t-elle.

Une rédouverte du Maroc

En revanche, pour Najat, une adhérente franco-marocaine, la pratique de la moto lui a été transmise par son conjoint. Un an après leur départ de France pour s'installer au Maroc, le couple a opté pour une formation en conduite à Casablanca. «Nous avons commencé le cours ensemble», se souvient cette mère de famille. Après avoir obtenu son permis, Najat a été orientée vers Miss Moto Maroc par la professeure de piano de sa fille.

«Quand vous avez votre permis de conduire moto, vous roulez principalement seule, alors qu'ici j'ai un guide, un encadrement», a-t-elle confié à Yabiladi. Ayant principalement vécu en France, Najat a trouvé dans l'association Miss Moto Maroc une opportunité pour redécouvrir son pays d'origine.

«Ce que j'aime dans cet univers, c'est ce qu'il permet comme voyage, comme découverte de nouvaux endroits, en plus des nouvelles rencontres. Cela me fait voir le monde sous un nouvel angle», a-t-elle expliqué. Trois ans plus tard, Najat estime avoir beaucoup appris sur elle-même et sur son pays.

«C'est une expérience très intéressante. En tant que femmes, nous sommes poussées à dépasser nos peurs et à découvrir de nouveaux horizons. C'est enrichissant, multiculturel et amusant», s'est-elle enthousiasmée.

Déconstruire les stéréotypes et changer les idées reçues

D'une certaines manière, Miss Moto Maroc prône le changement des perceptions et des stéréotypes sur le monde de la moto. C'est du moins la conviction de Hind Mazili, la plus jeune membre à avoir rejoint l'association. La designer d'intérieur de 31 ans a adhéré à l'association en 2012, un an après sa création.

Contrairement aux autres membres, l'amour de Hind pour la moto a commencé très jeune. Dès l'âge 9 ans, elle a d'abord pris goût à conduire sa trotinette. Ensuite, ses parents lui achètent sa première moto de 49 cm³, alors qu'elle a 13 ans.

«Je ne sais pas d'où me vient ce hobby ! Aucun de mes proches n'est passionné par la moto», s'est-elle exclamée. Une fois jeune adulte, à 19 ans, Hind a cependant dû convaincre ses parents de lui acheter la moto de ses rêves ; celle avec laquelle elle peut prendre la route.

«C'était un défi de convaincre mes parents de m'en acheter une, surtout ma mère. Mon père était plus compréhensif, mais c'est globalement difficile d'intégrer ce monde, lorsqu'on est une fille. Je me suis battue pour cela», se souvient la jeune femme.

Une semaine après avoir obtenu sa moto, Hind fait la rencontre hasardeuse de Dalila. «Elle conduisait sa voiture dans les rues de Casablanca, que je sillonnais avec ma moto. J'ai entendu un klaxon : c'était Dalila qui voulait m'aborder. À ma grande surprise, elle m'a dit qu'elle avait une association de motardes et qu'elle voulait m'y rallier», se remémore t-elle.

Ce jour aura été le premier de plusieurs autres, dans l'aventure de Hind avec Miss Moto Maroc. En effet, cette expérience humaine constitue pour Hind une leçon de discipline, de patience et de prise de responsabilité. «Rouler avec Dalila et les filles m'a fait mûrir et m'a éloignée de l'imprudence», a-t-elle dit.

«Avec le temps, on tient de plus en plus compte des risques inhérents à la pratique motocycliste. On est plus vigilante», a-t-elle souligné. Rejoindre l'association a également permis à la jeune femme de changer les perceptions sociales sur les adeptes de la moto, tant masculins que féminins. «Malheureusement, certains pensent qu'une motarde est dangereuse ou irresponsable. C'est la fausse idée que j'essaie de déconstruire au sein de ma communauté», a-t-elle confié à Yabiladi.

La moto a, de surcroît, contribué à l'épanouissement personnel de Hind, en l'amenant à cultiver un sens aigu de la responsabilité. Pour elle, «le simple fait de réaliser que vous avez la responsabilité d'une cylindrée vous donne beaucoup d'assurance». Mais en tant que motarde, «on doit respecter notre passion et la confiance que les individus, ainsi que leurs familles, placent en notre personne».

En tant que membre de la Women’s International Motorcycle Association (WIMA) World sisterhood, Dalila, avec son club de motardes, représente fièrement le Maroc parmi les quelque quarante pays membres de cette organisation.

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