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Grand Angle

Diaspo #335 : Nadia Tomane, défenseuse du patrimoine marocain en France

A travers diverses actions, l’associative franco-marocaine Nadia Tomane se consacre à la défense du patrimoine de son pays d’origine. Depuis 2021, elle y est engagée via Moroccan Heritage, une ONG qu’elle a fondée à cet effet, avec des compatriotes.

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L’amour de Nadia Tomane pour le Maroc et son patrimoine culturel l’a inspirée pour créer une association en France, pour la conservation et la préservation de cet héritage ancestral. Née dans l’Hexagone de parents marocains originaires de Taounate, elle a fait des études en informatique à Nancy, avant de s’installer à Paris durant huit ans.

Avec son mari et ses enfants, Nadia s’installe ensuite en Lorraine, où elle travaille actuellement comme responsable digitale. Le fait d’avoir grandi en France n’a jamais eu raison de sa fascination pour la diversité culturelle et les traditions du Maroc. D’ailleurs, elle a passé toute sa jeunesse à les découvrir.

«Je cherchais constamment des recettes marocaines sur les blogs», raconte Nadia à Yabiladi. «Mais dans les commentaires, des habitants des pays voisins dans le Maghreb revendiquent ces plats comme les leurs. Je connaissais mieux les spécialités culinaires tunisiennes et algériennes, pour avoir grandi dans un quartier diversifié où je les ai découvertes», se souvient-elle.

Une association pour préserver le patrimoine du Maroc

Face aux informations erronées en ligne et aux imprécisions concernant ces aspects traditionnels, Nadia Tomane s’est motivée assez pour agir et prendre une initiative. Diffusée en 2016 sur France 2, une émission culinaire qu’elle a visionnée sur YouTube en 2018 aura été la goutte ayant fait déborder le vase.

«Lors de ce programme, une Algérienne a présenté la pastilla marocaine comme étant un met du voisin de l’Est. Malgré l’objection du deuxième intervenant, l’auteur et réalisateur Yann Arthus-Bertrand, qui a indiqué que ce plat était marocain, elle a insisté sur son origine algérienne», a fustigé Nadia.

«Je me sentais responsable de clarifier les choses. J’ai pris attache avec d’autres Marocains d’Europe qui partageaient mes préoccupations. Nous avons créé un groupe sur les réseaux sociaux.»

Nadia Tomane

Consciente de l’importance d’une approche plus concrète, Nadia et ses collègues passent à l’action. En 2021, ils créent une association nommée «Moroccan Heritage». La structure a vocation à préserver le patrimoine marocain de l’appropriation culturelle, qui se développe avec la méconnaissance des traditions du pays. L’objectif initial a été de lutter contre cette appropriation en ligne, des traditions culinaires à celles vestimentaires.

«Au fur et à mesure, nous avons commencé à découvrir, à travers les réseaux sociaux, qu’il y avait beaucoup de propagande contre notre patrimoine», a-t-elle souligné. «Nous avions l’impression que notre identité était mise à mal. Ne sachant pas quelle était la meilleure démarche à suivre, nous avons envisagé de contacter le ministère marocain de la Culture», confie-t-elle.

«J’ai reçu des menaces. Certains ont essayé de convaincre mon employeur de me virer. Mais mon amour pour le Maroc est au-dessus de tout ceci. Je ne nuis à personne. Je veux simplement défendre notre patrimoine.»

Nadia Tomane

Lutter contre l’appropriation culturelle

L’association regroupe désormais des dizaines de membres, dont certains préfèrent rester dans les coulisses. Elle s’efforce de promouvoir la culture marocaine de diverses manières. En 2023, lorsque le henné a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, elle a réagi à l’utilisation d’une photo représentant mal cette tradition. «Nous avons contacté le ministère de la Culture et une image plus adaptée a été retenue», se rappelle Nadia Tomane.

L’association a égalelent lancé une pétition adressée à l’UNESCO, après la diffusion d’images trompeuses représentant le caftan de Fès, incluses dans la demande de classement du caftan algérien. «Cette situation soulève de sérieuses inquiétudes quant à la préservation de l’authenticité du patrimoine culturel et à la question de l’appropriation culturelle. Nous demandons à l’UNESCO d’examiner attentivement cette affaire et de prendre les mesures nécessaires pour rectifier le dossier soumis par l’Algérie. Il est essentiel que chaque nation puisse préserver et promouvoir son propre patrimoine culturel sans confusion et usurpation», insistent les initiateurs.

«L’inclusion d’une photographie et une vidéo erronées et trompeuses dans le dossier de l’Algérie porte atteinte à l’intégrité des dossiers déposés à l’UNESCO et compromet la représentation fidèle des traditions culturelles de chaque pays.»

Pétition concernant la préservation du caftan marocain

Signée par plus de 39 000 personnes, cette pétition vise ainsi le «retrait d’une photo et d'une vidéo trompeuses d’un caftan marocain nommé Caftan Ntaâ, du dossier algérien soumis à l’UNESCO, sous le titre 'Le costume féminin de cérémonie dans le Grand Est de l’Algérie'». Elle a été transmise à pluqieurs responsables marocains, notamment au conseiller royal André Azoulay, à Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, ainsi qu’à Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication.

Le texte a été signé par l’association Timendotes, basée à Bruxelles, mais également par le Centre de la culture judéo-marocaine (CCJM), dirigé par Paul Dahan en Belgique. «Nous savons qu’il y aura plus d’interactions avec cette question, si elle est adoptée par les responsables marocains», a déclaré Nadia, tout en soulignant l’importance de la collaboration avec d’autres organisations et chercheurs marocains pour faire avancer les choses.

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