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Diaspo #189 : Didi Alaoui, champion du monde de Parkour, d’Oujda à Los Angeles

Mohammed Didi Alaoui est un athlète marocain de Parkour freerunning. En 2019, il a été sacré champion du monde au Red Bull Art of Motion. Le natif d'Oujda est actuellement basé à Los Angeles, où il entraîne des athlètes et se prépare pour les futures compétitions.

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Didi Alaoui a remporté le championnat Red Bull Art of Motion 2019 en Italie en 2019. / DR
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Dans sa ville natale Oujda, le jeune et passionné Mohammed Didi construisait ses propres obstacles de Parkour sur le toit de la maison familiale. Il s’entrainait ainsi pour cette nouvelle discipline sportive acrobatique qui consiste à franchir des obstacles en faisant appel à des mouvements agiles et rapides. Il faisait également du vélo à deux kilomètres de là où il vivait, pour trouver du sable. Un élément important pour s’entraîner et pratiquer les sauts et les flips. À l'aide de vieux pneus et de sacs de sable, il traçait ses mouvements et filmait ses interminables tentatives.

Son amour pour le Parkour ainsi que ses premiers sauts ont commencé à la maison. «J'ai connu le Parkour pour la première fois en regardant un film français intitulé ‘Yamakasi’», confie à Yabiladi Mohammed Didi Alaoui, connu sous son nom de scène Didi. «Ce film a changé ma vie et j'essayais de reproduire les mêmes acrobaties à la maison», se souvient-il.

Dans sa chambre, Didi avait l'habitude de mettre des chaises et des oreillers pour apprendre des saltos arrière. «J'ai commencé à me jeter et à sauter sur le dos jusqu'au jour où j'ai atterri sur le visage et réalisé que je venais de faire un saut complet», se rappelle-t-il.

Vivre pleinement son rêve

Dans une ville qu'il pensait fermée à cette nouvelle discipline, Didi y trouvera toute une communauté de passionnés. Un jour, il a repéré des jeunes hommes qui pratiquaient le Parkour dans un parc voisin. Plus tard, le jeune homme découvrira des compétitions locales organisées au Maroc, avec d'autres accros au Parkour.

«Au début, je faisais du parkour parce que c'était amusant, puis j'ai commencé à entendre parler de compétitions qui se déroulaient au Maroc. J'ai commencé à voyager dans tout le pays, à concourir dans certaines d'entre elles et à faire le juge dans d'autres», déclare l'athlète de 25 ans.

Avec le soutien de sa famille et de ses amis, Didi a commencé à réfléchir à une carrière dans cette discipline. Après sept ans d'apprentissage, d'entraînement et de Parkour, il décide de postuler pour sa première compétition internationale de freerunning.

En 2014, le natif d'Oujda décide de rejoindre le Red Bull Art of Motion, qui devait se tenir en Grèce. Didi a réalisé une vidéo, l'a soumise et a été sélectionnée par des votes pour participer au concours. Cependant, il a dû attendre la réponse à sa demande de visa et surmonter une blessure qui a ralenti son entraînement à l'époque.

«Mon visa a été refusé. Je me souviens que je parlais à mon père au téléphone à Casablanca lorsque j’ai appris la nouvelle. Je pleurais et lui disais que j’allais tout arrêter. Il m’a dit "non, tu réessayeras l'année prochaine".»

Didi Alaoui

Du Parkour au Danemark

Et c'est ainsi qu'en 2015 Didi a rejoint la compétition et concourt aux côtés de personnes qu'il considérait comme ses idoles. «J'étais très nerveux et je n'arrivais pas à dormir la veille de la compétition. J'avais l'habitude de regarder ces gens à la télé et là ils me classaient parmi les favoris», se souvient-il.

Bien que Didi n'ait pas remporté cette édition du Red Bull Art of Motion, il a acquis la confiance et l'expérience dont il avait besoin pour remporter une édition tout aussi importante au Qatar. Après avoir remporté ce tournoi de freerunning au Moyen-Orient et en Afrique, la carrière de Didi a pris un autre tournant. Comme un athlète professionnel, le jeune Oudji a commencé à recevoir des offres de sponsors qui croyaient en son talent et en 2016, il découvert même l'école de ses rêves.

Le jeune homme tombe par hasard sur cette école au Danemark où il peut apprendre la gymnastique et le Parkour. «J'ai écrit une lettre et leur ai envoyé une vidéo et ils ont répondu en disant qu'ils veulent que je les rejoigne», déclare-t-il avec fierté.

En effet, le champion marocain de Parkour a obtenu une bourse de six mois. Au Danemark, il a s'entraîner dans une vraie salle de sport entièrement équipée. Il a ensuite reçu une deuxième bourse pour terminer un autre semestre, puis un stage pour coacher d'autres jeunes freerunners. Didi a fini par passer trois ans au Danemark, en étudiant, s’entraînant et en entraînant. Son rêve s’achève malheureusement en 2019, lorsqu’il rentre au Maroc, blessé, et doit renoncer à ses ambitions de Parkour.

Mais au cours de la même année, le jeune athlète se fixe un nouvel objectif. Il obtient ainsi un visa pour Los Angeles pour rejoindre son sponsor et son équipe en mai 2019. «Le plan était d'entraîner mon équipe dans leur salle de Parkour, la plus grande du monde», explique-t-il.

Un championnat du monde après plusieurs sacrifices

Cependant, en se préparant pour le Red Bull Art of Motion d'août 2019, Didi a été contraint de quitter son équipe après s'être vu refuser deux vacances pour s'entraîner pour la compétition. «C'était très difficile d'arrêter car la vie à L.A. n’est pas facile. Je n'avais pas assez d'argent et je devais trouver un emploi», explique le jeune marocain.

Contraint à subvenir à ses besoins avec un autre job, Didi a eu du mal à se préparer à la compétition. «Je travaillais et je m’entraînais en même temps. Mon corps a été mis à rude épreuve et je pouvais à peine marcher», se souvient-il. Heureusement, son sacrifice a porté ses fruits puisqu’il remportera le championnat en Italie. «J'ai fini par gagner la compétition. J'ai travaillé dur pour réaliser mon rêve», dit-il fièrement.

Après avoir été sacré champion du monde, Didi a dû retourner à Los Angeles, où il a dû livrer de la nourriture et faire du coaching privé pour subvenir aux besoins de sa famille et de lui-même. Avec la pandémie, la situation n’a cessé de s’aggraver. «2020 n'a pas été facile. Pour être champion du monde, on s'attendait à avoir des opportunités. Toutefois, mon équipe a arrêté de me payer à cause de la pandémie», regrette-t-il.

Malgré tout, Didi se bat toujours et croit en lui-même. En 2021, il défendra son titre lors de la prochaine édition du Red Bull Art of Motions. Travaillant dur pour gagner sa vie à Los Angeles et s'entraîner pour atteindre ses objectifs, le Parkour pour Didi reste une passion qui vaut tous les sacrifices.

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