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Maroc : Les greniers traditionnels (iguidar) en projet de classement à l’UNESCO

Riche patrimoine culturel matériel et immatériel, les greniers collectifs appelés Iguidar s’étendent dans le Rif et l’Atlas, jusqu’aux vallées présahariennes au Maroc. Ceux comptabilisés par le ministère de tutelle sont au nombre de 554 dans tout le pays, qui travaille sur leur projet de classement mondial à l’UNESCO.

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Ph. Ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports
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Le ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports travaille sur l’inscription de plusieurs sites historiques vernaculaires au patrimoine mondial de l’UNESCO, incluant Iguidar, anciens greniers collectifs millénaires. Après les Khettarat, le département planche à travers cette démarche sur la diversification des dossiers d’inscriptions, dans une optique de régionalisation et de mise en valeur du patrimoine amazigh. Ce travail a été rendu public cette semaine, à l’issue d’un atelier national de lancement du projet d’inscription à Agadir.

Ministre de la Culture, Othman El Ferdaous a rappelé que les Iguidar «ont permis de bâtir des solidarités utiles en temps de crise (sécheresses, famines, épidémies, criquets, etc.)». Leur héritage incarne une «dimension immatérielle de la gestion des greniers collectifs consignée dans le droit coutumier (azerf), les chartes collectives (ilouh)», avec une «gestion de la sacralité de l’espace, la présence des jarres à dons destinées à la collecte en vue d’une redistribution communautaire». Il a souligné également que les greniers millénaires de la région d’Agadir sont «un témoignage fort du génie et de la créativité humaine face aux contraintes notamment écologiques».

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Le document de présentation de l’atelier ayant porté sur l’inscription des Iguidar au patrimoine mondial de l’UNESCO rappelle que ces structures sont «des constructions fortifiées, assez imposantes, dans lesquelles on emmagasinait les récoltes et les biens empreints de valeur tel que, l’argent, les bijoux, les armes, et les actes adoulaires». Pendant les périodes de conflits, les habitants mais aussi le bétail y ont trouvé un abris, convertissant ces structures en espaces de refuge. En plus de leur fonction économique, ces édifices «ont eu un rôle sociopolitique indéniable, servant aussi de lieu d’assemblée des notables (Inaflass) pour discuter de la gestion des affaires communautaires».

Un héritage qui renseigne sur des modes de vie millénaires

Les Iguidar sont généralement perchés «sur des sommets inexpugnables». Ils sont décrits comme étant sous «forme rigoureusement géométrique» et «composés de cellules», dont chacune appartient à une famille et dont l’ensemble ouvre sur «une place ou un couloir à ciel ouvert». A travers les siècles, ils ont été gérés de manière collective et entretenus grâce à la contribution matérielle de l’ensemble de la communauté. Toujours est-il que leur organisation spatiale diffère à quelques égards, en fonction des régions, de l’environnement de leur construction et des matériaux locaux utilisés à cet effet (bois, pierre et pisé). Ils peuvent être conçus comme des grottes, des cases tihouna, dans les hauteurs ou sur les plaines.

Ces structures incarnent aussi «un modèle social et architectural de montagne caractéristique de la culture amazighe», selon la Direction du patrimoine, qui souligne que «de l’avis des chercheurs et autres érudits, le domaine des Iguidar s’étend de l’Egypte aux Îles Canaries». Mais c’est surtout au Maroc que les Iguidar ils ont été conservés dans leur authenticité.

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Ainsi, on les trouve dans le Rif, dans les montagnes de l’Atlas, dans le Souss et les vallées présahariennes. Au niveau du ministère de la Culture, la Direction du patrimoine culturel comptabilise 554 greniers collectifs de ce type, sur l’ensemble du territoire marocain, faisant d’eux des «éléments identitaires saillants» du pays et «un des marqueurs forts de l’histoire» qui renseigne sur les modes de vie pensés dans un esprit collectif.

L’origine de ces greniers est toutefois restée inconnue et leur histoire est lacunaire, suscitant l’intérêt de voyageurs et de chercheurs à partir du XIXème siècle. Charles De Foucault ou encore Henri Terrasse s’y sont intéressés, puis des scientifiques, des historiens et des universitaires les ont étudiés. Au fil des années, les études ont montré leur rôle central dans la vie politique et socio-économique locale, au point de les doter de conseils de gestion qui désignent un homme de confiance pour les garder et les entretenir. Ils ont également eu une forte symbolique cultuelle, puisque l’on considère qu’ils ont bénéficié de la protection d’un saint.

Le projet de leur classement mondial à l’UNESCO revêt une importance à plusieurs égards, d’autant plus que ces sites ont subi l’usure du temps et de l’oubli. Certains ont été détruits et d’autres ont été abandonnés ou sont menacés de disparition, face aux mutations de modes de vie accélérées par l’urbanisation et le changement des habitudes culturelles ou socio-économiques. «Vu les risques qui fragilisent ce patrimoine, des interventions d’urgence doivent être entreprise pour la préservation et la réhabilitation de ces institutions ; et ce, grâce à une adaptation aux besoins des sociétés rurales à travers les différents usages actuels», indique la direction du patrimoine.

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