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Une sordide affaire de viol d’une mineure par son oncle et son voisin secoue la ville de Fès

«Violée» notamment par son oncle et «torturée» par sa grand-mère, la jeune enfant a brisé le silence dans une vidéo où elle dénonce le verdict «clément» du tribunal de première instance de Fès rendu en janvier dernier.

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Photo d'illustration. / DR
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La Cour d’appel de Fès a décidé, ce mardi, de reporter au 9 mars, l’examen d’une affaire de pédophilie qui secoue l’opinion publique depuis plusieurs jours. Elle a ainsi donné son accord à une demande de la partie civile suite à la désignation d’un nouvel avocat, dans cette affaire où une fille de 13 ans accuse son oncle de viols répétés, sa grand-mère de «torture» et une troisième personne de viol.

Avocat de la partie civile, Maître Jaouad Gnaoui a assuré que le dossier de sa cliente, «comme les autres dossiers, contient des faits que le tribunal de première instance devait considérer en tant que preuve pour condamner les accusés». De plus, «reconnaître les faits reprochés au deuxième accusé mais le condamner à un an et demi de prison est injuste, ce qui nous a poussé à contester le verdict», ajoute-t-il. Il plaide ainsi pour des «amendements au Code pénal dans le cadre de ces affaires de viols de mineur au Maroc». «Il faut que le législateur adopte des modifications et émette des jugements sévères à l’encontre de ces personnes, même en l’absence de preuves matérielles, comme le font certains pays», dénonce-t-il.

Pour sa part, le président de la section Fès de l'Association marocaine des droits humains, branche de Fès Saiss, Abderrahim Mrabet a indiqué, dans une déclaration à Yabiladi, que l’ONG n’a pas pu se constituer en partie civile dans cette affaire. «Nous avons toutefois assisté à l’audience aujourd’hui pour suivre le dossier et veiller à ce que le procès soit équitable et que justice soit rendue à la victime», ajoute-t-il. L’associatif a également souligné que «compte tenu des déclarations contradictoires d'un groupe de personnes, toutes les parties concernées par l'affaire seraient à nouveau entendues». «Ce qui est certain, c'est que la jeune fille est victime d'un viol et qu’il faut lui rendre justice», conclut-il.

Viol, «maltraitance» et «torture»

L'affaire fait l'objet d’une enquête judiciaire datant de janvier de l'année dernière, a indiqué la wilaya de police de Fès dans un communiqué publié samedi. Elle a refait surface après la diffusion, la semaine dernière, d'une vidéo de la victime sur une chaîne YouTube. Imane, 13 ans, y raconte ainsi comment elle vivait avec sa grand-mère et son oncle paternels car sa mère souffrait d’une maladie mentale. «Quand ma grand-mère sortait de la maison, j'étais violée par mon oncle et à plusieurs reprises. J’étais forcée de garder le silence, par peur, jusqu'au jour où il m'a fait saigner», ajoute-t-elle, en larmes.

La jeune enfant accuse aussi sa grand-mère de l’avoir battu et «torturé» à l’aide d’une «pince» en la menaçant pour ne pas dévoiler ce viol présumé. «J’ai alors gardé le silence pendant longtemps jusqu'à ce que mon père épouse une autre femme et que je parte vivre avec eux.» Elle affirme aussi que son père, qui s’était déplacé au domicile de sa mère pour la confronter, a lui aussi fait l’objet de «menaces» et a été «contraint» de garder le silence.

Imane déclare aussi avoir été violé par un voisin. «Il l’a forcé à entrer dans son domicile familial lorsque ses parents n’étaient pas présents pour me violer. Une fois ses désirs assouvis, il l'a sodomisé à l'aide d'une carotte», détaille le prononcé du jugement, consulté ce mardi par Yabiladi, qui relate la version de la jeune enfant. Le texte cite ainsi un certificat médical délivré par une clinique à Fès qui confirme ce dernier viol et fait état d'une intervention chirurgicale pour extraire un «corps étranger» de l’anus de la victime après que le médecin ait constaté une «fissure anale» de moins de 10 heures.

Une plainte déposée à l’encontre d’une associative

Alertées, les autorités locales s’étaient déplacées dans la maison pour ouvrir une enquête, tandis qu’Imane a été placée dans un organisme de protection des enfants. Dans sa déposition, elle a ainsi révélé des détails sur son récent viol, tout comme celui qui aurait été commis par son oncle.

Toutefois, l’affaire prendra une autre tournure. Dans son verdict, le tribunal de Fès reconnaîtra Imane comme victime du deuxième viol, en condamnant son violeur, lui aussi mineur, à un an et demi de prison ferme et une amende de 20 000 dirhams. La même cour a toutefois innocenté son oncle des accusations d’attentat à la pudeur et viol.

Pour dénoncer ce jugement, la jeune enfant aurait tenté de mettre fin à ses jours, «à plusieurs reprises» selon les déclarations de sa belle-mère et «à deux reprises» selon son avocat. La famille a finalement décidé d’interjeter appel et attend un nouvement jugement de cette affaire, où l’ensemble des intervenants seront appelés à la barre.

Ce dossier a fait aussi l’objet de plusieurs sorties médiatiques, notamment de la part d’une associative à Fès qui a affirmé avoir assisté la victime au départ mais qui l’accuse désormais de «mentir» sur certains passages. Présidente de l’association Sayidati, Nezha Alaoui a accusé, lundi dans une déclaration à Yabiladi, la belle-mère d’Imane de pousser celle-ci à revisiter son histoire. «Le vrai violeur est le fils de la belle-mère et ce que la fille raconte ne sont que des mensonges», a-t-elle ajouté, en qualifiant les deux accusés dans cette affaire de «victimes». Mais lorsque nous lui avons demandé si elle disposait de preuves pour soutenir ces graves accusations, la présidente de l’association Sayidati s’est contentée de citer des «différends» entre la belle-mère d’Imane et ses voisins pour justifier les accusations de viol émises par Imane.

Dans des déclarations à la presse, l'enfant victime et sa belle-mère ont accusé à leur tour, l’ONG Sayidati et sa présidente de surfer sur l’affaire, en menaçant de la poursuivre devant les tribunaux. Une chose désormais actée, selon Maître Jaouad Gnaoui, qui confirme ce mardi qu’une plainte sera déposée à l’encontre de l’associative.

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