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«Islamo-gauchisme» : Le monde universitaire français vent debout contre les propos de la ministre

Alors qu’elle a exprimé sa détermination de commander une enquête sur l’«islamo-gauchisme» dans les universités, les propos de la ministre française de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal ont été condamnés par le CNRS, la CPU et la section de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à l'EHESS.

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Frédérique Vidal à l’Assemblée nationale pour les questions au gouvernement, le 9 février 2021. / Ph. Eliot Blondet Abaca
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Depuis dimanche, la France est secouée par une nouvelle polémique ; celle de «l’islamo-gauchisme à l’université». Invitée dimanche sur le plateau de CNews, la ministre française de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal a ainsi annoncé vouloir «demander notamment au CNRS (Centre national de la recherche scientifique, ndlr) de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université. Elle avance qu’elle souhaite «distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion».

Mais ses propos ont irrité le monde universitaire. Ce mercredi, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a ainsi «condamné avec fermeté celles et ceux qui tentent de profiter (de cette polémique, ndlr) pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques». «Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de ‘race’, ou tout autre champ de la connaissance», indique-t-il dans un communiqué.

«La polémique actuelle autour de l’"islamogauchisme", et l’exploitation politique qui en est faite, est emblématique d’une regrettable instrumentalisation de la science. Elle n’est ni la première ni la dernière, elle concerne bien des secteurs au-delà des sciences humaines et des sciences sociales. Or, il y a des voies pour avancer autrement, au fil de l’approfondissement des recherches, de l’explicitation des méthodologies et de la mise à disposition des résultats de recherche.»

CNRS

Le centre déclare aussi qu’il «pourra participer à la production de l’étude souhaitée par la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés».

Des propos également condamnés par la CPU et la LDH

Pour sa part, la Conférence des présidents d’université (CPU) a fait part, lundi, de sa «stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet. «"L’islamo-gauchisme" n’est pas un concept. C’est une pseudo-notion dont on chercherait en vain un commencement de définition scientifique, et qu’il conviendrait de laisser, sinon aux animateurs de Cnews, plus largement, à l’extrême droite qui l’a popularisé», fustige la CPU dans son communiqué.

«Utiliser leurs mots, c’est faire le lit des traditionnels procureurs prompts à condamner par principe les universitaires et les universités.»

La CPU regrette «la confusion entre ce qui relève de la liberté académique, la liberté de recherche dont l’évaluation par les pairs est garante, et ce qui relève d’éventuelles fautes ou d’infractions, qui font l’objet si nécessaire d’enquêtes administratives (par l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche), ou d’enquêtes pénales». L’instance s’est dite «étonnée de l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir ce qui relève "du militantisme ou de l’opinion"».

«La CPU réclame, au minimum, des clarifications urgentes, tant sur les fondements idéologiques d’une telle enquête, que sur la forme, qui oppose CNRS et universités alors que la recherche est menée conjointement sur nos campus par les chercheurs et les enseignants-chercheurs.»

De son côté, la section de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) a estimé que «les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheures sont confronté.es aujourd'hui à une campagne de dénigrement sans précédent».

Dénonçant un «débat de plus en plus nauséabond» et des «notions aussi peu scientifiquement fondées», la section LDH fustige «une accusation typique de l'extrême-droite (...) reprise une nouvelle fois par une ministre de la République».

«Elle se fait ainsi complice de faits de diffamation collective à l'encontre d'une profession toute entière, mais aussi d'une dévalorisation accrue des universités.»

Le communiqué appelle à la «démission» de Frédérique Vidal, «tout comme l'abandon de cette prétendue "enquête" non seulement nauséabonde mais déshonorante au regard des difficultés sans précédent dans lesquelles se débat l'ESR».

Article modifié le 2021/02/18 à 00h44

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