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Maroc : A l’approche des élections législatives, la représentativité des femmes refait débat

A l’approche des échéances électorales de 2021, la représentativité paritaire des femmes s’invite dans les débats politiques. L'expérience de la liste nationale des femmes est au coeur des enjeux.

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Photo d'illustration / DR.
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Elargir l’espace de participation des femmes en politique fait l’objet de nombre de plaidoyers. Pourtant, peu d’actions suivent, à commencer par les instances partisanes. C’est l’une des raisons pour laquelle nombre d’acteurs politiques favorables au renforcement de cette parité plaident notamment pour un maintien de la liste nationale des femmes, considérée comme un moyen pratique de garantir une présence féminine au sein du Parlement, faute de mieux.

La politique de quotas pour les femmes a eu en effet un impact considérable pour la représentativité des femmes au Parlement. Plébiscitée, elle montre cependant quelques limites après la réforme constitutionnelle de 2011, qui a consacré le principe d’égalité. Depuis, parlementaires et associatifs ont proposé d’étudier les pistes d’amélioration.

Un acquis pour avancer vers plus de parité

Dans le cadre des consultations initiées par le ministère de l’Intérieur, l’opposition a notamment proposé de remplacer cette liste nationale par des listes de femmes déclinées par régions. L’idée, portée notamment par le Parti authenticité et modernité (PAM), vise une plus grande représentativité des femmes autant au Parlement que sur le plan régional, où les disparités au niveau de la participation féminine reste un grand défi.

Au sein d’autres formations, certains sont même favorables à une alternance obligatoire sur les listes d’hommes et de femmes, de manière à asseoir plus efficacement la parité des candidatures. Dans tous les cas de figure, «le quota n’est qu’une mesure incitative qui ne peut être considérée comme un acquis ultime», comme l’a souligné la députée du Rassemblement national des indépendants (RNI), Asmaa Rhlalou, au cours de plusieurs mois de débats.

Constitué de membres de différents partis politiques, d’artistes, de militantes et d’acteurs institutionnels, syndicaux ou de la société civile, le collectif Parité maintenant insiste, pour sa part, sur la «nécessité urgente de renforcer davantage les outils visant à engager les femmes dans les postes de décision».

Il appelle aussi à reconnaître «l’importance des mesures positives actuellement disponibles, telles que la liste nationale ou le quota, qui ont joué un rôle important dans l’amélioration de la représentation des femmes, mais qui toutefois demeurent provisoires».

Une mobilisation élargie aux acteurs de la vie publique

Dans son mémorandum consulté par Yabiladi, le collectif rappelle malgré les efforts et l’arsenal juridique national qui ont permis plus d’avancées, «les chiffres de représentation demeurent en dessous de l’objectif et du tiers fixé par les Nations unies, surtout concernant l’accès aux postes de responsabilité et de décision politique et publique».

Jusqu’en février 2019, l’Union interparlementaire internationale a classé le Maroc à 98ème position sur 193 Etats, concernant l’application de la parité politique. En lien intime avec le processus électoral, le collectif souligne que «la loi organique portant création et régissant le fonctionnement du gouvernement, ne stipule aucunement dans ses dispositions le mode d’instauration du principe de parité» au sein de l’exécutif.

De plus, «les expériences de formation gouvernementales après l’adoption de la Constitution de 2011 restent en deçà de la réalisation du principe de parité». Il appelle, ainsi, à «réviser la législation relative à l’accès des femmes aux responsabilités représentatives, ainsi qu’aux postes de responsabilité publique», notamment le Code électoral entre plusieurs textes et lois.

Dans ce contexte, le Collectif a récemment lancé une campagne nationale pour recueillir les signatures appuyant sa pétition, relative à «la réalisation d’une parité constitutionnelle à l’horizon de l’année 2030» et qui sera portée au Parlement. Au-delà du débat proprement dit autour du maintien de la liste des femmes à chaque élection, la structure estime qu’un traitement global contre les discriminations visant les femmes permettra d’avancer plus efficacement, sur le plan politique et de représentativité féminine.

Une approche globale pour palier une discrimination globale

Cette démarche, pour le Collectif, doit être «basée sur le fondement constitutionnel» mettant «l’accent sur la non-discrimination et la nécessité d’établir l’égalité entre les hommes et les femmes dans les domaines civil, politique, économique, social, culturel et environnemental», afin d’«adopter la parité comme mécanisme pour parvenir à une égalité effective».

Pour le collectif, ce processus «permettra de surmonter sans aucun doute toutes les formes de résistance politique, sociale ou culturelle, qui font face à la mise en œuvre du principe de parité, et combattre les manifestations de discrimination dont sont victimes les femmes, et qui ne se limitent pas au domaine électoral et représentatif mais englobent tous les aspects de la vie publique, professionnelle et économique».

En effet, la suppression progressive de ces inégalités sur tous les plans fait partie des Objectifs de l’ONU pour le développement durable (ODD). Dans ce sens, Parité maintenant plaide pour que les prochaines échéances électorales «soient l’occasion pour le démarrage effectif de cette voie progressive». A cet effet, «l’adoption d’une loi-cadre pour l’égalité et la parité» comme «cadre juridique orientant les révisions nécessaires du système juridique» s’impose, selon le Collectif.

Ce texte devra spécifier «les principes, les orientations, les objectifs, les options et les domaines prioritaires qui seront identifiés et mis en œuvre grâce à un ensemble de règles juridiques, de lois et de règlements, ainsi qu’un cadre de référence pour les politiques publiques dans le domaine».

Dans cette dynamique, un «Livre blanc sur la parité dans les domaines politique et institutionnel», conçu par le même collectif, propose des amendements aux textes de lois. Il s’agit de «réaliser l’égalité et la parité entre les hommes et les femmes» sur les plans politique autant qu’économique, tout en indiquant des démarches pratiques et juridiques, afin de renforcer la présence féminine au sein des postes de décision dans les institutions, ou même dans la fonction publique.

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