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Société Publié

Politique migratoire marocaine : Obéir à l'UE et garder ses amis en Afrique

La politique migratoire du Maroc poursuit deux exigences contradictoires : rester l'une des frontières de l'Union européenne, d'une part, et entretenir, d'autre part, de bonnes relations avec les autres pays d'Afrique d'où les migrants qui inquiètent tant l'Europe sont originaires. Entre faux-semblants et compromis.

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51 435 étrangers en situation régulière résidaient au Maroc en 2004, selon le dernier recensement auxquels s’ajoutent, aujourd’hui, entre 5 à 7000 Subsahariens en situation irrégulière sur une population marocaine totale de 32 millions d’habitants en 2012 selon le HCP. «Le Maroc n’a pas de problème avec l’immigration», en conclut Mehdi Lahlou, professeur à l'Institut National de Statistique et d'Economie Appliquée de Rabat et spécialiste des migrations au Maghreb et en Afrique, mais le Royaume possède bien une politique migratoire. Elle varie fortement en fonction de ses objectifs géopolitiques.

Tous les immigrés ne sont pas traités de la même manière selon leur origine géographique et leur position sociale. «On estime à 3000 le nombre de cols blancs étrangers en situation irrégulière au Maroc. Des personnes qui quittent le territoire tous les trois mois pour faire tamponner leur passeport mais n’ont pas de carte de résident. Autant de personnes qui ne paient aucun impôt, non plus, au Maroc», annonce d’emblée Khadija el Madmad, titulaire de la chaire UNESCO Migration et droit humain.

Enjeu : les Subsahariens clandestins

Ils viennent souvent dans le cadre de leur activité ou d’entreprises étrangères dont l’installation est souhaitée et recherchée par le Maroc. Leur arrivée et leur résidence, qu’elle soit légale ou non, en est la conséquence logique. Ceux là n’auront aucun problème ou presque avec la police, contrairement aux immigrés subsahariens, tout aussi clandestins, qui transitent encore par le Maroc pour aller en Europe par l’Espagne. Ces derniers forment, eux, le véritable enjeu de la politique migratoire marocaine.

«La loi 02.03, votée en 2003 par le parlement a été quasiment imposée par l’Europe suite aux attentats terroristes de mai à Casablanca», souligne Khadija El Madmad. Elle homogénéise le droit de la migration au Maroc, mais «c’est une loi essentiellement répressive qui énumère les peines encourues pour les immigrés, les résidents en situation irrégulières, les passeurs et les émigrés irréguliers», déplore la juriste pour qui la dimension protectrice du droit a été oubliée.

«Le Maroc a été le deuxième pays du monde à ratifier la Convention sur la protection des droits des migrants et leurs familles, en 1990», indique Mme El Madamad, mais son application est aléatoire, certaines dispositions de la loi 02.03, peuvent mêmes, selon leur interprétation, la contredire. A partir de 2003, le Maroc s’est fait l’écho, à son niveau, de la politique migratoire de l’Union Européenne. «Le Maroc a créé une Direction de la migration et de la surveillance des frontières», indique Mehdi Lahlou, et a mobilisé 7000 hommes.»

En 2008 la volonté européenne de fermer ses frontières se fait plus aiguë, avec le «Pacte européen pour l’immigration et l’asile», puis la «directive de retour». Pour Mehdi Lahlou, l’octroi au Maroc de statut avancé par l’UE est, d’une part, une forme de remerciement pour «son engagement en faveur des attentes des Européens en matière de politique migratoire» et, d’autre part, conditionné à la pérennisation de cette politique de collaboration active. Mehdi Lahlou en veut pour preuve les 6 paragraphes du texte portant sur la question sur un total de 85.

Double discours

Toutefois, «jusqu’à aujourd’hui, en dépit de l’engagement du Maroc, dans le texte portant statut avancé, de signer un accord de réadmission, le Maroc refuse d’accueillir les immigrants illégaux parvenus en Europe, que celle-ci veut renvoyer chez eux», souligne Mehdi Lahlou. Le royaume est en proie, selon ses termes, à un «sursaut de souveraineté».

Pour le Maroc, il s’agit également de préserver de bonnes relations avec les pays du sud du Sahel. La politique active du Maroc aux frontières, ne s’est concrétisée, en matière de renvoi des immigrés subsahariens illégaux, que par «des rafles et des expulsions sporadiques, notamment au moment de l’arrivée d’un chef d’Etat étranger au Maroc, pour faire bonne figure», explique Khadija El Madmad. «La police les renvoie à la frontière algérienne, mais ils reviennent le lendemain», ajoute Mehdi Lahlou.

Le Sénégal, notamment, est un grand pourvoyeur involontaire d’immigrés illégaux à destination de l’Europe, mais pour autant, le Maroc n’a jamais mis en cause les partenariats étroits qui le lie à ce pays, ni la possibilité pour les Sénégalais d’entrer au Maroc sans visa. 7 autres pays d’Afrique subsaharienne bénéficient également de ce traitement privilégié en dépit de sa contradiction manifeste avec la politique migratoire européenne.

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