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Politique Publié

Hirak : Des parlementaires néerlandais se rendent à Al Hoceima, sans Kati Piri

Depuis le week-end dernier, un programme sans en-tête fait le tour des réseaux sociaux et créé la polémique. Il annonce une visite de l’eurodéputée néerlandaise Kati Piri à Al Hoceïma, dans le cadre de la mobilisation internationale pour la libération des détenus du Hirak du Rif. Sauf que ce «programme» n’a rien de précis…

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Kati Piti, eurodéputée travailliste / DR.

Depuis samedi dernier, une photo circule sur les réseaux sociaux, annonçant la venue de «la parlementaire hollandaise Katy Perry» (sic), ce lundi à Al Hoceïma.

D’après l’ébauche du programme que montre l’image, l’eurodéputée aux couleurs du Parti travailliste néerlandais (PvdA) devrait rencontrer les familles des détenus du Hirak du Rif, mais aussi des ONG et des formations politiques.

Toujours selon ce «programme», Kati Piri devrait s’entretenir notamment avec les représentants du parti de la Voie démocratique (Annahj), en la personne de son secrétaire national, Mustapha Brahma, ainsi que de Me Souad Brahma, par ailleurs membre du comité de défense de Nasser Zefzafi et de ses codétenus. La réunion inclurait aussi Aziz Rhali, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), et Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU).

Ce lundi matin, alors qu’elle est «attendue» au Maroc, Kati Piri a réagi sur sa page Facebook en dénonçant des «spéculations» et des «fausses informations». «Quelqu’un a annoncé ma visite à Al Hoceïma en publiant un programme. C’est intéressant, mais je ne sais rien à ce sujet moi-même», a-t-elle ironisé.

Aucune visite de Kati Piri n’est prévue, «ni ce lundi ni dans les semaines à venir»

«Bien sûr, j’aimerais me déplacer dans la région et exprimer ma solidarité aux familles des détenus politiques. J’évoque d’ailleurs le sujet avec l’ambassade du Maroc à Bruxelles. Comme vous le savez, j’ai besoin de la permission des autorités pour une visite officielle, dont je n’ai pas encore de nouvelles pour le moment malheureusement», a expliqué la députée.

Elle en déduit ainsi qu’aucune visite n’est prévue, ni ce lundi ni dans les semaines à venir tant qu’elle n’a pas d’autorisation formelle à cet effet. Kati Piri note aussi que «l’objectif de mette en ligne ce faux programme reste une énigme».

Contactés par Yabiladi ce lundi, des acteurs associatifs et politiques parmi ceux dont les noms figurent sur ce «programme» corroborent cette version, exprimant de leur côté leur étonnement et leur incompréhension face à un tel relai. Ils disent ignorer la provenance de ce document et son auteur, expliquant par ailleurs que «celui qui a voulu chercher l’information n’a pas rapporté la bonne».

«Quelqu’un a cherché à se renseigner, mais il a mal fait le travail», nous déclare Mustapha Brahma. Selon le secrétaire national d’Annahj Addimocrati, «il y a effectivement une visite parlementaire à Al Hoceïma, afin de sensibiliser les députés sur le dossier du Hirak dans le cadre de la mobilisation internationale». Une visite qui «ne concerne pas Kati Piri», ajoute-t-il.

Mustapha Brahma déclare aussi être actuellement à Al Hoceima pour accueillir la délégation, avec d’autres membres de sa formation et ceux de la section locale de l’AMDH. Selon lui, le groupe d’invités est «constitué de députés de partis de gauche, représentés dans les deux chambres parlementaires des Pays-Bas, et non pas des eurodéputés».

Pour sa part, Aziz Rhali nous explique que «l’AMDH n’est pas concernée par ce faux programme, dont la source et la provenance restent inconnus». «C’est aux auteurs de ce document, qu’il faut demander pourquoi l’avoir produit et à quelle fin, d’autant plus qu’il comprend des inexactitudes dans le fond comme dans la forme, y compris les noms des participants !», ironise également le militant.

Contactée par Yabiladi, la secrétaire générale du PSU, Nabila Mounib n’a pas répondu à nos sollicitations.

Une remobilisation des parlementaires néerlandais

«Les Pays-Bas comptent un nombre important de citoyens originaires du Maroc et solidaires avec les détenus du Hirak du Rif ; des députés s’en saisissent donc, mais il faut faire attention à ce que l’objectif principal de leurs initiatives soient la mobilisation et la pression internationales et non pas des objectifs électoralistes», soutien de son côté le vice-président de la section de l’AMDH à Nador, Omar Naji, auprès de Yabiladi.

L’eurodéputée Kati Piri a fait du dossier du Hirak du Rif un sujet principal, au sein du parlement européen, ce qui a eu son écho dans les deux Chambres néerlandaises. En avril 2018, elle a d’ailleurs tenté de se rendre à Al Hoceïma pour rencontrer les familles des détenus, mais en vain. Dans le temps, les autorités marocaines lui ont en effet interdit, avec l’ancienne ministre néerlandaise du Commerce extérieur et de la Coopération pour le développement, Lilianne Ploumen, de se rendre dans la région dans le cadre d’une «commission d’enquête».

Avant ce déplacement, Kati Piri et Lilianne Ploumen avaient assisté à une audience du procès des militants du Hirak du Rif à Casablanca. Au tribunal, elles s’étaient réunies avec des membres des familles des détenus, ainsi qu’avec leurs avocats. A Rabat, elles s’étaient par ailleurs entretenues avec le ministre marocain de la Justice ainsi que le chef du ministère public, en plus de quelques parlementaires marocains.

En février 2018, Kati Piri avait organisé, au Parlement européen à Bruxelles, une rencontre rassemblant plusieurs familles de détenus, dont le père de Nasser Zefzafi, des avocats et des militants rifains, entre autres. Elle avait beaucoup plaidé pour l’attribution du Prix Sakharov à la figure de proue du Hirak du Rif. En octobre de la même année, la distinction est revenue au réalisateur ukrainien Oleg Sentsov.

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