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Société Publié

Les mineurs marocains non accompagnés inquiètent les associations en Belgique

À Bruxelles, un groupe de mineurs marocains non accompagnés refuse de quitter les rues ou de rester dans des centres d'accueil pour mineurs, inquiétant ainsi les autorités et les associations. Délits, drogues et délinquances restent les mots d’ordre.

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Photo d'illustration. / Attila Kisbenedek - AFP

Ce sont des enfants et des adolescents qui ont quitté l'Afrique du Nord, principalement le Maroc, pour rejoindre clandestinement l'Europe. En Belgique, la plupart d’entre eux sont des usagers de drogues, errent dans les rues de Bruxelles et inquiètent les ONG et les riverains. Selon ces derniers, ces mineurs étrangers non accompagnés «s’introduisent dans des propriétés et commettent des délits pour survire».

Leur situation alarmante et leur très jeune âge ont fait les gros titres de l'actualité dans ce pays européen. Des ONG et des centres d'accueil ont envoyé des signaux pour alerter sur les conséquences de ce phénomène.

À Bruxelles, on estime qu'ils forment un groupe de «dix à vingt jeunes âgés de 10 à 14 ans», a écrit le journal en langue flamande Standaard plus tôt cette semaine.

«Selon les chiffres dont nous disposons, ils seraient 405 mineurs marocains non accompagnés, dont 105 seraient âgés de moins de 15 ans, recensés en Belgique en 2019», nous confie Sofia Majoub, analyste au sein de l’ONG belge Child Focus. «Le plus jeune d’entre eux est âgé de 8 ans», ajoute-t-elle. La responsable précise aussi que ces âges sont définis «selon ce que ces mineurs disent, mais aussi d’après ce qu’ils ont l’air».

L'établissement pour jeunes Minor-Ndako est l'un des établissements pour accueillir notamment cette catégorie en Belgique. Il aurait été «surpris par la situation particulière de ces migrants mineurs». «Nous avions l'habitude de voir des mineurs âgés généralement de 15 à 17 ans, mais cette année, nous avons affaire à des enfants», a déclaré à Yabiladi Johan Vangenechten, du centre Minor-Ndako.

Délits, drogues et délinquance

Pour le militant, ces jeunes mineurs, pour la plupart originaires du Maroc, ont atteint Bruxelles après avoir traversé plusieurs pays. Ils viennent d’Espagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, des Pays-Bas et parfois même de la Suède.

En plus de leur jeune âge, ces mineurs non accompagnés sont livrés à eux-mêmes. «Ils vivent dans la rue, où ils sont accros à la colle, à l'éther et aux psychotropes», ajoute Johan Vangenechten. «Compte tenu de leur jeune âge, surtout, ce sont des substances dangereuses», s’indigne-t-il.  

Et c’est le facteur qui rend leur séjour à Bruxelles terrible, selon l’ONG qui a accueilli certains d’entre eux pour de courtes périodes, car ils «préfèrent» les rues aux centres d'accueil. «La plupart d'entre eux vivent dans des maisons abandonnées et dans des gares», nous déclare ce militant associatif, ajoutant qu'ils refusent de rester dans de petites installations. Cette attitude pourrait être attribuée, entre autres, à leur dépendance. 

Pour l’associatif belge, c'est un cercle vicieux qui les fait retourner dans la rue, même après de courtes périodes passées dans des centres. Minor-Ndako a expliqué que les mêmes raisons qui les empêchent d'entrer dans les centres d'accueil les poussent à voler ou commettre des délits. «Ils volent parce qu'ils sont dépendants des drogues et doivent pouvoir s'en procurer», précise Johan Vangenechten. 

Tout récemment, le même groupe de mineurs s'est introduit dans trois pharmacies de la banlieue de Bruxelles pour voler des pilules et des psychotropes. L'un des mineurs qui séjournaient à Minor-Ndako a été arrêté par la police au cours d'une de ces opérations. Le mineur a été envoyé dans un centre fermé. Ces mineurs agissent ainsi en groupes et errent ensemble dans plusieurs pays européens.

Un meilleur avenir en Europe, rêve déjà gâché ?

La situation regrettable de ces mineurs a poussé d'autres centres d'accueil locaux à Bruxelles à résoudre le problème et à essayer de trouver une solution. Contactée par Yabiladi, une responsable de l’association Synergie 14 reconnait qu’il est difficile de trouver des solutions quant au mode de vie et à l'attitude de ces jeunes.

Disposant d’un centre d’accueil pour mineurs, l’ONG se dit particulièrement préoccupée du fait que ces mineurs «ont formé des groupes (…) et qu’ils préfèrent retourner dans la rue rejoindre leurs amis au lieu de rester dans des centres d’accueil». La question de la drogue rend aussi cette situation «difficile à gérer», ajoute-t-elle, regrettant que ces mineurs «refusent d’y rester même après avoir passé un certain temps en accueil».  

«Nous pensons qu'ils étaient comme ça avant de venir à Bruxelles et peut-être même avant de rejoindre l'Europe. Au Maroc, ils ont dû se rendre d’une ville à l’autre avant Tanger puis tenter de traverser pour l’Espagne», fait-elle savoir à propos des mineurs marocains non accompagnés, qui représentent la majorité des cas recensés en Belgique.

Pour Synergie 14, de nouvelles solutions et méthodes doivent être adoptées pour «faire face à la terrible situation de ces enfants». «Le problème ici ne concerne pas les centres d’accueil, mais le cas particulier de ces jeunes qui refusent de s’intégrer (…) ce n’est pas un problème courant qui peut être résolu par le biais de structures et de solutions classiques», a déclaré l’activiste. Car, pour l’ONG, ne pas avoir un casier judiciaire vierge ne suffit malheureusement pas à ces migrants à obtenir une vie meilleure en Belgique. 

«Ils ont un profil de rues, c’est compliqué de les mettre avec d’autres enfants. Certes, il y a ceux avec qui ça marche et qui s’intègrent. Des fois, nous faisons appel à leur famille en Belgique s’ils en ont. Mais plusieurs d’entre eux sont en rupture avec leurs familles», regrette Sofia Majoub, qui conclut : «Des enfants de 8, 9, 10 ans sont très jeunes et donc extrêmement vulnérables».

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