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Société Publié

Huelva Gate : L’ANAPEC réagit aux nouvelles plaintes déposées par des saisonnières marocaines

Quatre nouvelles saisonnières marocaines, partie cette année pour la récolte de fraise dans les champs de Huelva ont dénoncé à leur tour les conditions de travail et les abus dont elles auraient été victimes de la part de leur employeur. Ces nouvelles plaintes rappellent le cas des dix saisonnières marocaines qui ont dénoncé les même abus en 2018, en plus d’agressions sexuelles présumées.

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Photo d'illustration. / Ph.DR

Une plainte au nom de quatre saisonnières marocaines a été déposée le 14 mai dans les locaux de la police d’Albacete (centre est de l’Espagne). Les saisonnières marocaines qui travaillaient à Huelva disent avoir été victimes d’abus et d’harcèlement dans le cadre de leur travail, révèle le magazine La Mar de Onuba.

Après le dépôt de cette plainte, on leur expliquera que la police nationale n’est pas en mesure d’agir et qu’il faudrait se diriger vers la garde civile. Les Marocaines, toutes travaillant pour l’entreprise Las Posadillas, porteront le lendemain plainte auprès de la garde civile. 

Mais constatant que les autorités n’agissaient pas et risquant un retour vers le Maroc dans les jours qui suivent, elles se rendront dans les locaux de l'Association des utilisateurs de l'administration de la justice (AUSAJ) afin qu’elle les assiste dans leur démarches, l’association s’occupant déjà du cas de dix saisonnières marocaines ayant dénoncé les conditions de travail ainsi que les abus sexuelles dont elles se disent victimes.

Qu’est-ce que dénoncent les saisonnières ?

Cette année encore, ces quatre Marocaines à Huelva disent avoir été victimes de harcèlement, d’exploitation par le travail, en plus d’avoir été témoins de situations dans lesquelles des femmes ont été contraintes de se prostituer dans la ferme où elles séjournaient, précise-t-on de même source.

Dans la plainte, les saisonnières affirment avoir «souvent travaillé jusqu’à douze heures d’affilée, sans qu’il n’y ait un contrôle des horaires ni comptage des heures supplémentaires». Elles évoquent également les conditions «déplorables» de logement, entassées parfois à 18 dans de petites maisonnettes préfabriquées, sans sanitaire, ni cuisine. De plus, bien qu’on leur ait expliqué qu’elles ne seraient que des femmes dans ces habitations, trois plaignantes affirment que deux autres hommes dormaient dans le même espace qu’elles.   

Il est à noter que la plainte a été parachevée d'un «abondant dossier de preuves» comprenant des vidéos, des enregistrements ainsi qu’une liste d’autres saisonnières disposées à témoigner, souligne La Mar de Onuba. Dans leurs propos, les «dames de fraise» qui se sont entretenues avec le site d’information évoquent une double responsabilité. En effet, elles estiment que l’agence l'Agence Nationale de Promotion de l'Emploi et des Compétences (ANAPEC) partenaire du gouvernement espagnol dans le cadre de cet accord de migration circulaire a également sa part de responsabilité. «Presque aucune des promesses n’ont été ténues», souligne l’une d’entre elles.

L’ANAPEC pas au courant

Tout d’abord, elles reviennent sur cette supposée aide financière avancée par l’ANAPEC et qui devait permettre à ces femmes de s’installer dans un premier temps avant d’empocher leur premier salaire, mais qui finalement n’a jamais été versée. Les saisonnières dénoncent aussi le volume d’heures de travail vanté par l’ANAPEC et qui ne devait pas dépasser six heures et demi par jour et qui selon elles, n’a «clairement pas été tenue», en plus du non-respect de leur pause quotidienne.

Une autre promesse non tenues selon les saisonnières est le délai de paiement prévu chaque quinze jours. Plusieurs d’entre elles n’auraient perçu aucun salaire, mais seulement une avance de 50 euros pour la première semaine de leur prise de fonction. Pire encore, il y aurait eu «plusieurs cas de harcèlement sexuel et de cas où des femmes ont été contrainte de se prostituer», ajoutent les travailleuses qui ne dénoncent toutefois aucun coupable.

Contacté par Yabiladi, Abdelmounaïm Madani, directeur de l’ANAPEC se prononce sur cette affaire dont il dit avoir eu connaissance à travers les médias. Le directeur affirme dans ce sens «n’avoir reçu aucune information de la part du consulat, ni des employeurs espagnols, qui (sont) leurs sources officielles».

«L’ANAPEC ne tient aucune promesse, mais offre un cadre dans lequel va travailler l’ouvrière», poursuit le directeur. Et d’ajouter que l’agence nationale «s’occupe notamment de la sensibilisation au Maroc, mais une fois là-bas c’est la convention collective qui régit la relation des saisonniers à leurs employeurs et puis c’est le droit espagnol qui prévaut».

Quant aux revendications des saisonnières, le directeur de l’ANAPEC affirme que «les logements de chantier dans lequel vivent ses femmes ne peuvent accueillir plus de six personnes. Etre à 18 dans une des chambres est impossible, (je) n’y crois pas». Préférant s’interroger sur le timing de cette plainte, le directeur met en évidence qu’elle n’a été déposée par les travailleuses que quelques jours avant qu’elles ne soient reconduites au Maroc. «Normalement c’est la fin de la saison, ces dysfonctionnements selon leurs dires pouvaient être dénoncés dès les premières semaines, je ne vais pas me prononcer ou dire si cela est vrai ou faux, mais j’essaye simplement d’analyser la situation».

Une situation pour laquelle l’ANAPEC n’est de toute façon pas en droit d’intervenir, nous explique-t-il, promettant que des sondages et des rapports vont être menés et publiés par ses équipes lorsque les saisonnières rentreront au pays. «Ceci est notre véritable mission, plutôt que d’aller interférer avec les attributions des pouvoirs et des autorités espagnoles ou même consulaires marocaines. Nous ne pouvons faire le travail des services consulaires et du ministère chargé de la migration au Maroc», détaille-t-il encore.

Par ailleurs, il met en avant le faible nombre de plaintes déposées. «Le fait qu’aujourd’hui il n’y ait que trois plaintes ça veut dire que la sensibilisation à l’autoprotection que nous avons menée a peut-être eu son effet. Car à la même période de l’an dernier, il y avait plus de plaintes et plus de mécontentement et donc modestement il se pourrait bien que la sensibilisation ait eu son effet», dit-il à Yabiladi.

«Se rendre chez la police ou la garde civile et trouver un avocat est déjà un excellent pas en avant. Nous ne pouvons malheureusement pas faire mieux que ça, seulement développer leurs capacités à se protéger et dénoncer les abus.»

Abdelmounaïm Madani, directeur de l’ANAPEC

Bien que pour le moment aucune arrestation ni interrogatoire n’aient été menés, la garde civile s’est rendu, jeudi 23 mai dernier, dans les locaux de la société où travaillaient les Marocaines, précise La Mar de Onuba. Cette visite s’est faite simultanément à une mission de l’inspection du travail, couplé à une inspection interne que mène actuellement Interfresa qui est l’association interprofessionnelle agroalimentaire andalouse.

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