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Religion Publié

A la Grande mosquée de Bruxelles, le prêche d’un imam saoudien crée la polémique

Depuis deux jours, l’imam Nordine Taouil alerte sur la présence d’un imam saoudien à la Grande mosquée de Bruxelles, qui ne parlerait ni le français ni le néerlandais. Selon lui, il serait payé par l’Arabie saoudite pour assurer les prêches du vendredi, au moment où la convention liant la Belgique au royaume wahhabite a été rompue.

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Intérieur de la Grande mosquée de Bruxelles / Ph. DR.

«Bien que l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) ait repris le mois dernier la gestion de la Grande mosquée, c’est encore toujours un imam formé à Médine, ne parlant qu’arabe et payé par les autorités saoudiennes qui y mènerait la prière du vendredi». Cette affirmation, l’imam anversois Nordine Taouil la martèle sur les réseaux sociaux depuis samedi. Pourtant, l’accord entre la Belgique et l’Arabie saoudite pour la gestion et le financement du culte musulman a été rompu en 2018.

La décision a été prise sur les recommandations d’un rapport parlementaire et de l’Organe antiterroriste de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM), ce qui a donné lieu à des expulsions d’imams wahhabites. Nordine Taouil pointe du doigt que cela n’aurait pas empêché que la première prière du vendredi supervisée par l’EMB soit assurée par un imam formé et payé par l’Arabie saoudite, ne s’exprimant qu’en arabe.

Nordin Taouil critique aussi un «fonctionnement interne de l’Exécutif des musulmans, où des organisations marocaines et turques noueraient des accords secrets non soutenus par la communauté des musulmans». Celui qui a créé le Centre culturel islamique de Belgique (CCIB), avec l’imam gantois Brahim Laytouss, a lui-même proposé sa candidature pour reprendre la gestion de la Grande Mosquée après la rupture entre la Belgique et l’Arabie saoudite. Faute d’être retenu, c’est l’EMB qui a finalement repris la gestion à titre provisoire depuis lundi dernier.

Un salafiste qui dénonce le salafisme

Ce que Nordin Taouil oublie dans sa critique, c’est qu’il a lui-même été identifié comme étant «d’orientation islamique extrémiste», tel qu’affirmait en 2009 déjà Alain Winants, alors administrateur-général de la Sûreté de l’Etat et actuellement avocat général près la cour d’appel de Bruxelles. «Sur la base des informations à son sujet que nous avons pu réunir, nous avons décidé de faire savoir que l’intéressé doit être considéré comme quelqu’un qui est en fait un musulman extrémiste d’orientation salafiste-wahhabite qui milite activement dans des cercles salafistes», a précisé le responsable, dans le temps. Il a par ailleurs expliqué que Nordine Taouil aurait organisé des formations pour des jeunes musulmans belges dans des écoles coraniques radicales au Pakistan.

Dans un communiqué reçu plus tard par Yabiladi, l’Exécutif des musulmans de Belgique fait état d’«informations erronées parues dans la presse ces derniers jours». L'institution explique que l’«EMB a désigné des imams issus de mosquées reconnues, payés exclusivement par le SPF Justice, pour diriger les prières et le prêche du vendredi en alternance». «Le prêche du vendredi 5 avril a donc été prononcé à la Grande mosquée de Bruxelles par deux imams provenant de mosquées reconnues, en français ainsi qu’en arabe, qui est la langue liturgique du culte musulman», ajoute la même source.

Celle-ci indique aussi que «l’EMB rappelle son engagement en faveur du développement d’un Islam en phase avec les valeurs démocratiques européennes et sa volonté de faire de la Grande mosquée de Bruxelles un lieu emblématique, le phare de ces valeurs qu’il défend».

Cependant, le cabinet du ministre de la Justice, Koen Geens, n’a pas démenti auprès de l’agence Belga les affirmations de Taouil sur l’imam saoudien, précisant que la Grande mosquée était «en phase transitoire». Interrogé ce lundi dans l’émission «De ochtend» (Le matin) sur VRT, le ministre indique avoir «enregistré des progrès plus lentement que [souhaité]» et affirme en tout cas que «les Saoudiens sont maintenant dehors».

«L’Exécutif des musulmans de Belgique a repris temporairement la gestion. Donnons-leur un peu de crédit», a encore déclaré le ministre, pour qui il s’agit d’«une erreur de débutant». Sur le plateau, il assure même avoir été mis au courant «de ce qui s’est passé vendredi» et que quatre imams auraient été désignés pour la prière du vendredi. «Ce sera la première et la dernière fois qu’un prêche sera donné dans une autre langue que le français ou le néerlandais», a-t-il déclaré sur VRT.

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