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Terrorisme Publié

Syrie : Le récit d’une grand-mère marocaine partie sauver ses petits-enfants

Grand-mère de 63 ans, Latifa a vécu à Fès, jusqu’à ce qu’un appel de sa belle-fille depuis la Syrie lui annonce le décès de son fils de 42 ans, lors d’un attentat à la bombe. Elle alors décide d’aller elle-même sortir ses cinq petits-enfants du gouffre, mais sans pouvoir revenir au Maroc.

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Un camp de réfugiés en Syrie / Ph. Delil Souleiman (AFP)

En 2015, Latifa n’a pas su tout de suite que son fils de 42 ans était parti en Syrie pour rejoindre les jihadistes de Daesh. Sept mois plus tard, c’est un appel téléphonique de l’épouse de ce dernier qui l’alerte, la jeune femme lançant un appel à l’aide pour sortir des bastions de Daech avec ses enfants, après la mort de son mari dans un attentat à la bombe. Houcine est ainsi décédé avec son fils aîné dans la ville de Raqqa.

Cette histoire, Latifa la raconte à EFE depuis le camp de Roj (nord-est de la Syrie), où elle se trouve aujourd’hui avec ses cinq petits-enfants et leur mère qui n’arrivent pas à sortir du pays. Pourtant, il a été facile de voyager en Turquie, puis d’être aidée par des membres du groupe terroriste pour traverser la frontière avec la Syrie, dans l’espoir de faire revenir les siens au Maroc.

Un voyage en coordination avec des membres de Daech

Pour arriver à Raqqa, la grand-mère raconte être entrée en contact avec des membres de Daech qui lui ont indiqué une adresse d’hôtel en Turquie, où ils sont venus la chercher en voiture pour la mener jusqu’à un centre en Syrie. Dans un premier temps, elle n’a pas pu voir ses petits-enfants comme promis au début de ce voyage.

«L’un de mes interlocuteurs a tenté de me convaincre que j’étais dans un "Etat islamique", où ils pouvaient mettre à ma disposition une maison, de l’argent et tout ce dont j’avais besoin, mais j’ai refusé.»

Latifa

«Au bout d’un mois, j’allais en devenir folle», explique-t-elle à l’agence de presse espagnole. Sous ses insistance, les responsables du centre finissent par lui confier ses cinq petits-enfants, dont le plus petit, âgé de deux ans et demi, est né en Syrie. Latifa devait ensuite rentrer avec eux en Turquie avec les enfants, mais «on [lui] dit qu’il faut encore attendre».

Tous sont restés dans la ville de Raqqa jusqu’à ce que cette dernière soit prise par les forces kurdes, en 2017. Latifa, ses petits-fils et sa belle-fille sont ensuite déplacés vers la ville de Mayadin, l’un des derniers bastions syriens de Daech.

Six mois plus tard et avec l’aide d’un passeur, la famille réussit à rejoindre la zone libérée d’Al-Chaddadeh, mais doit rejoindre un camp contrôlé par les Kurdes. Les conditions de vie y restent difficiles et défavorables à l’épanouissement des enfants en bas âge. La grand-mère lance donc à travers l’agence EFE un appel aux autorités marocaines pour le rapatriement de la famille.

Un retour presque impossible

Le cas de Latifa n’est pas le seul attestant que plusieurs femmes et enfants marocains restent encore prisonniers en Syrie ou encore en Irak, même en dehors des fiefs de Daech. Après la décision du Maroc, en mars dernier, de rapatrier des nationaux, seuls huit ont été concernés pour le moment, ce chiffre n’incluant ni mères ni enfants.

Dans d’autres cas, lorsqu’un grand-parent mène la procédure nécessaire pour rapatrier ses petits-enfants, en coordination avec les autorités de son pays, c’est un autre membre de la famille, radicalisé au sein de Daech, qui peut s’y opposer. C’est ce qui est arrivé à N., une Marocaine vivant en France et dont la cas a été relayé lundi par Le Parisien.

Mère d’une adolescente ayant rejoint Daech en septembre 2014, N. a pu localiser Ismaël, son petit-fils de deux ans et demi dans ce même camp de Roj. Sa fille, déjà veuve d’un jihadiste, serait décédée en Syrie en octobre 2017, d’où l’urgence pour la grand-mère de faire revenir l’enfant. Le 15 mars dernier, il devait faire partie des premiers enfants rapatriés dans un avion militaire l’armée française, mais il n’en n'a rien été.

En effet, sa grand-mère paternelle, une Franco-portugaise radicalisée depuis des années au sein de Daech, fait barrage à toute visite de commission spéciale pour le rapatriement de l’enfant. Au moment d’exfiltrer ce dernier, elle s’interpose et refuse de s’en séparer. Le Parisien raconte qu’en tant que mère de jihadiste décédé au combat, elle a une forte emprise sur les autres femmes, à tel point que les gardiens kurdes hésitent face à sa détermination, reculant ainsi face à la fronde qui menace et qui tient Ismaël en otage.

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