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Politique Publié

Migration : Des maires italiens font barrage à la loi Sécurité de Matteo Salvini

Trois maires italiens sont vent debout contre la loi Sécurité, proposée par le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini. En vertu de ce texte, les permis de séjour humanitaire ne seront plus octroyés, ce qui a provoqué également la colère d’habitants qui contestent ces dispositions.

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Habitants de Palerme, associations et organisations politiques, le 4 janvier 2019 sur la place de la commune en soutien au maire Leoluca Orlando, qui a décidé de geler les dispositions de la loi Sécurité / Ph. Angela Caponnetto

En Italie, les étrangers en situation de vulnérabilité peuvent se voir privés du permis de séjour humanitaire, conformément à la loi Sécurité qui interdit l’octroi de ce document vital pour nombre de mineurs en errance, de réfugiés ou de demandeurs d’asile. Après le bras de fer entre le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et Domenico Lucano, maire banni de Riace, le numéro deux de l’exécutif italien fait face à une fronde du côté des maires d’autres villes à cause de cette mesure adoptée au Parlement à la majorité, en novembre 2018.

A Palerme, à Naples ou encore à Milan, ces députés locaux expriment ainsi leur refus de s’aligner sur un traitement sécuritaire de la migration, voulu par le ministre d’extrême droite. «C’est un texte inhumain et criminogène (…) il criminalise des personnes qui se trouvent légitimement sur notre territoire», soutient Leoluca Orlando, maire de Palerme, pour qui il s’agit ici de dispositions relevant de la compétence des communes.

Une loi préjudiciable

La loi Sécurité n’exclut pas les mineurs étrangers non accompagnés, normalement autorisés à séjourner en Italie pour des raisons humanitaires. Elle s’applique tout autant aux autres ressortissants titulaires d’un permis de séjour en Italie pour des motifs professionnels, signifiant par ailleurs l’annulation des prestations sociales et sanitaires dont ils bénéficient légalement.

Pour toutes ces raisons, la situation ne manque pas de faire réagir Leoluca Orlando, notamment auprès du journal La Reppublica. «Sur certaines questions, dont le respect des droits humains, ma vision et ma culture sont différentes de celles du ministre de l’Intérieur, soutient-il. Nous sommes confrontés à un problème non seulement idéologique, mais juridique : vous ne pouvez pas supprimer les droits des citoyens qui se conforment à la loi, simplement pour faire passer pour ''sécuritaire'' une initiative aux relents très raciaux.»

Également soutenu par les habitants de sa ville descendus le 4 janvier dernier dans les rues palermitaines, Leoluca Orlando décrète la suspension partielle de ces mesures. Dans ce sens, le député a soumis une ordonnance pour demander à «approfondir l’étude de tous les impacts juridiques» du texte. En attendant, les mesures portant préjudice aux étrangers ou susceptibles d’annules des droits fondamentaux protégés par d’autres textes ne seront pas mises en œuvre par la commune de Palerme, comme affirmé par le maire dans une interview accordée à la Rai Radio 2.

Des maires et des habitants s’opposent au texte

Si Leoluca Orlando a fait de Palerme une ville modèle en matière de mixité sociale et d’accueil des migrants dans le sud de l’Europe, le maire démocrate n’est aujourd’hui pas le seul à faire barrage au décret-loi Sécurité. Cité par Les Echos, son homologue milanais Giuseppe Sala invoque les même raisons en affirmant qu’«il faut prendre en considération l’impact économique et social [de la loi] sur nos villes». Également élu du Parti démocrate, Sala considère que «plus il y aura de personnes dans la rue sans logement et sans ressources, plus nous devrons faire face à des situations difficiles».

Des chiffres de l’Institut pour les études de politiques internationales (ISPI) confirment bien les prévisions du maire de Milan. Reprises par le média français, ces estimations alertent sur le fait que la loi Salvini «fera augmenter le nombre de clandestins de 120 000 d’ici 2020, les faisant passer des actuels 480 000 à 600 000». Lundi, La Reppublica a rapporté que plus de 2 000 personnes à Gênes avaient pris part à une manifestation contre ce texte. «Gênes est une ville ouverte, prouvons-le : il faut accueillir ceux qui fuient la faim et la guerre», indiquent les organisateurs du mouvement «Gênes qui ose», cités par le média italien.

Ce rassemblement est également organisé par plusieurs associations antiracistes, pacifistes, de la Jeunesse démocrate ou encore du Réseau à gauche. Il s’est tenu à quelques intervalles d’un sit-in antiraciste à Palerme, qui a connu la participation du maire Leoluca Orlando, de fonctionnaires locaux, d’ONG et de partis de gauche.

Tandis que cette démarche est perçue par Matteo Salvini comme une «désobéissance», les maires de droite, eux, plébiscitent la démarche du ministre. Ceux opposés à la loi invoquent sa non-conformité à des principes constitutionnels, ainsi que sa violation à la protection des personnes. Quant au président de l’Association des villes italiennes et également maire de Bari, le démocrate Antonio Decaro, il considère que cette loi «en l’état ne garantit pas les droits humains».

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