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Société   Publié

Lettre d’amour à mon père

A l’occasion de la venue d'Ahmed Katim dans l’émission spéciale MRE sur Radio 2M en partenariat avec Yabiladi.com, j’ai voulu lui faire un petit cadeau ainsi qu’à tous les chibanis, avec la lecture d’une lettre d’amour anonyme. Beaucoup de chibanis pourront s'y retrouver. 

Temps de lecture: 2'
DR

Lwalid, de mes souvenirs les plus lointains, tu avais l’âge que j’ai aujourd’hui. Tu étais mon super-héro tout droit sorti d’un Dc Comics, alors que lwalida avait le rôle Iron-woman chez Marvel.

J’ai toujours été fier de toi papa même si je ne te l’ai jamais dit. Je m’en veux car je sais que tu as été blessé lorsqu’une fois au collège, tu as senti ma honte d’avoir un papa balbutiant du français dans une réunion parents-prof. Connerie d’un môme qui ne connaissait rien de ton parcours, de ce que tu as enduré, des humiliations vécues en terre étrangère, loin de ton pays, de ton douar, de ta famille qui a toujours été si chère pour toi.

Tu es resté attaché à tes racines tel ce grand olivier chez grand père, profondément ancré à la terre natale et offrant ses plus beaux fruits à la fin de l’année.

Tu nous as transmis l’humilité du migrant en terre étrangère qui doit parfois longer les murs pour ne pas se faire remarquer. Mais en même temps, tu nous as éduqué dans la fierté de ce que nous sommes, citoyens d’ici et là bas, pour nous battre pour nos droits.

Pour se faire, l’école était au centre de tes préoccupations. Tu insistais pour qu’on réussisse afin que tes sacrifices aient un sens. Toi qui a enduré les injustices de ton premier patron, les propos racistes du proprio, les doigts transis par le froid de l’hiver quand tu étais cheminot, les douleurs dorsales quand tu travaillais dans les exploitations agricoles, la toux rauque du mineur de charbon, le rythme effréné des 3x8 de l’ouvrier à l’usine. Une vie aussi burinée que ton visage, aussi dure que la corne sur tes mains.

Aujourd’hui, je me prends à rigoler après m’être plaint des courbatures et des ampoules au lendemain d’une séance en salle de sport. Je me rappelle tout de suite de ta réplique sur mes mains un peu trop délicates à ton goût : ach had lyeddine dial stylo, (des mains faites pour le stylo).

Le stylo était en effet a toujours été mon compagnon. J’écrivais pour exorcicer les identités meurtrières en moi. J’écrivais pour confier mes sentiments que je ne pouvais t’exprimer parce que c’est comme ça, chez nous. J’écrivais aussi, et surtout, pour réussir comme tu le souhaitais.

Et justement ma réussite scolaire était devenue ta gloire papa. Et moi je rêvais déjà gagner des millions pour un jour ériger un château à ma mère.

Années 2000 - Retour aux sources. Tu décides de faire comme les migrants saisonniers : 6 mois ici, 6 mois là-bas. Mais cette fois en étant retraité. Telle une cigogne tu n’as pu choisir entre ici, où tu as vécu une bonne partie de ta vie et où tes enfants résident ; et là-bas où tu as tes racines et tes souvenirs. Et c’est là-bas, où tu vis le jour, où tes aïeux sont enterrés que tu as décidé de partir pour ton dernier et grand voyage.

Toi le bel olivier, tu as réussi à nous transmettre l’amour de nos racines. Tu peux être fier de toi, tes branches ont donné une très belles récolte. Et même si les fruits ont dû un jour se détacher de l’arbre, saches al walid que nous t’aimons.

Signé par quelques millions de petites olives.

6 commentaires
Itwasntme
Date : le 15 février 2018 à 16h25
Extraordinaire lettre... Merci yabiladi pour ce partage qui rend tous les honneurs a nos chers parents chibanis.
AigleRoyalair
Date : le 15 février 2018 à 09h49
https://www.youtube.com/watch?v=9mGJsYwt-no
Btof
Date : le 15 février 2018 à 09h33
simplement, un texte magnifique. Que de souvenir en vous lisant. Bravo
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