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Culture   Publié

Migration : Chadia Arab part à la rencontre des Dames de fraises aux doigts de fée

Récemment paru aux éditions En Toutes Lettres, Dames de fraises, doigts de fée est le résultat d’une enquête sur plusieurs années, où la chercheuse Chadia Arab a accompagné l’évolution de saisonnières marocaines travaillant dans le sud de l’Espagne.

Temps de lecture: 3'
Chadia Arab, auteure de l’enquête Dames de fraises, doigts de fée (éd. En Toutes Lettres - 2018) / Ph. DR.

Depuis 2009, la géographe et spécialiste en migration, Chadia Arab, mène une enquête de terrain auprès des femmes saisonnières qui travaillent dans les champs de fraises en Espagne. Son ouvrage Dames de fraises, doigts de fée suit l’évolution de quelques-unes parmi ces ouvrières.

La chercheuse franco-marocaine a opté pour une immersion avec une douzaine de femmes, qu’elle a accompagnées jusqu’aux serres de fraises dans la province de Huelva (sud d’Espagne). En 2011, elle effectue une enquête qualitative sur place mais aussi dans la région d’Azilal, complétée par des données actualisées en 2017. De ce travail, elle a déduit nombre de dysfonctionnements des systèmes de la migration circulaire.

En effet, un accord de lutte contre la migration clandestine a été signé entre le Maroc et l’Espagne en 2007. Par ailleurs, l’attente du voisin ibérique en matière de main d’œuvre sur les champs de fraises est grande. «Les conditions émises par les deux pays se sont donc portées sur un choix sexué, nous explique l’auteure de l’enquête. Les ouvrières doivent être des femmes qui ont des attaches familiales au Maroc et qui ne sont pas revendicatives. Elles ont surtout des enfants laissés derrière elles, ce qui les obligent à ne pas rester longtemps en Espagne». Mais au fil des années, cette forme de migration circulaire se nourrissant de précarité ne se déroulera plus comme prévu…

Celles qui ne reviennent plus

Depuis que l’Espagne est frappée par la crise, le nombre de dossiers acceptés de femmes saisonnières a significativement baissé. Mais ces dernières années, la tendance revient à la hausse. Ayant été 2 500 entre 2012 et 2016 à être choisies, ces femmes ont été entre 4 500 et 5 000 à partir en 2017. «On attendrait 11 000 pour 2018», nous précise l’auteure.

Sur toutes ces années, Chadia Arab a suivi de près Saïda, une ouvrière originaire d’Azilal : «Divorcée et mère de plusieurs enfants, elle est partie dès 2008. Elle est très travailleuse et n’a jamais été à l’école. De manière informelle, le choix a été de sélectionner des femmes vulnérables, pauvres et analphabètes».

La chercheuse estime que «de la même manière qu’on a choisi, dans les années 1960, des hommes forts et robustes pour travailler dans le bâtiment et les mines en Europe, on a choisi aujourd’hui des femmes qui ne rechignent pas à la tâche pour la cueillette de fraises en Espagne».

Saïda fait partie des femmes dont le dossier est retenu chaque année. Mais en 2013 et vu les difficultés qui commencent à contraindre ses départs, elle décide de rester en Espagne, quitte à se retrouver dans une situation de sans-papiers. Mais Chadia Arab nous explique que le cas de Saïda n’est pas unique : 

«Là où cette migration circulaire avait pour but de lutter contre la migration clandestine, on se retrouve face à une fabrique de sans-papiers, surtout à partir de 2013. Le système migratoire se grippe. Les médiateurs qui travaillaient pour des projets d’accompagnement de ces femmes ont été licenciés, mais ils ont continué à accompagner les assister de manière bénévole et militante.»

En Espagne, Saïda travaille comme domestique. Elle vit avec un Marocain pendant deux ans et, au bout de quatre ans, finit par être régularisée. En décembre 2017, elle est venue revoir sa famille à Azilal, mais elle est désormais installée ailleurs.

Avant d’en arriver là, elle a fait partie de ces femmes à qui ce livre rend hommage. Celles qui travaillent silencieusement tout en étant exploitées, faisant preuve de courage et de dignité, mais également d’une forte détermination à assurer un avenir meilleur à leurs enfants.

Plutôt que d’être victimes du dysfonctionnement d’un système migratoire leur ayant été destiné mais les ayant laissées à la marge, elles ont inversé les situations pour refuser la résignation, pour se changer et permettre une autre qualité de vie. 

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