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Société Publié

Maroc : Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme

A l'occasion des Journées nationales du Consommateur, du 13 au 17 mars prochains, les associations de protection du consommateur au Maroc tirent la sonnette d’alarme et appellent le gouvernement à agir. Détails. 

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Photo d'illustration / DR

Né en 1993 dans le royaume, le mouvement de défense des consommateurs a pris de la consistance jusqu'à créer les premières associations de protection de consommateur en 2000, explique Ouadi Madih, président de l’Association de protection des consommateurs de Casablanca et représentant du président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC). Déjà plus de 15 ans que ces ONG sont au service du consommateur mais les lois ne sont toujours pas respectées.

«Ça fait maintenant 7 ans qu’existent les Journées nationales du Consommateur et 17 ans que les rencontres existent», explique Ouadi Madih à Yabiladi. En effet, ce rendez-vous annuel est devenu incontournable pour les associations de protection du consommateur. Chaque mois de mars elles se rencontrent afin de discuter et échanger autour des thèmes qui les concernent, mais cette année se veut différente puisque les associations veulent «maintenant analyser les choses», s’exclame le militant associatif.

La loi 31-08 ne répond pas aux besoins

La loi 31-08 décrétée en 2011 est aujourd’hui insuffisante à la lutte que mènent les associations car «pour l’instant la loi ne vaut rien du tout si elle n’est pas accompagnée de mesures», et c’est là que devrait intervenir le gouvernement et que les actions manquent. «Nous en tant qu’ONG notre rôle est de sensibiliser, d’avertir et de dire que ce qui se passe à présent au Maroc n’est pas normal car la loi existe», poursuit l’acteur associatif.

«Les droits des consommateurs sont bafoués tout le temps, tous les professionnels ne respectent pas la loi de la consommation et seul l’Etat peut veiller sur ça», s’indigne-t-il. Et pour cause, ce sont 11 département ministériels qui sont concernés par la consommation, d’après lui, et pourtant «aucun effort n’est fait pour justement mettre en place les dispositions de la loi telles que contrôler et vérifier son application». Les fournisseurs et les professionnels gèrent à leur façon leurs commerces respectifs et fixent leurs propres prix. «Les associations de consommation ne peuvent rien faire dans un monde où l’anarchie est reine, les associations ne peuvent pas bouger toute seule dans la mesure où l’administration est silencieuse», se désole Ouadi Madih.

Ainsi, les associations ne réclament rien d’autres que les textes d’applications relatifs à la loi 31-08 de protection des consommateurs afin, entre autres, de «pouvoir ester en justice», un droit qui leur ait inaccessible faute du fameux «texte d’application qui doit sortit du SGG (Secrétariat Général du Gouvernement, ndlr)». «L’arsenal juridique de la protection du consommateur n’est pas encore étoffé», assure Ouadi Madih.

Les associations souhaitent attirer l’attention du gouvernement sur les agents de contrôle assermentés déjà existant, et plus particulièrement pour verbaliser en temps voulu lorsque ladite loi n’est pas respectée. Et d’ajouter, «à titre de comparaison, par exemple, la loi sur le plastique de juillet dernier, juste après le décret le contrôle était immédiatement appliqué et il y a eu des verbalisations et des saisies alors que la loi de la protection du consommateur existe depuis 2011 et jusqu’à 2017 aucun pv n’a été dressé ou intenter contre un fournisseur».

Un fléau qui laisse le consommateur lui-même perplexe puisque comme nous le précise le président associatif «le consommateur dit qu’il n’a pas le temps d’aller au tribunal, lorsqu’il achète un produit à 500 dhs et qu’il sent qu’il est arnaqué il n’ira pas pour autant donner 2000dhs à un avocat pour le défendre, c’est ça le problème. Il faudrait que l’administration aussi fasse le nécessaire car le rôle du contrôle est d’appliquer la loi».

Une loi qui devrait débuter par s’appliquer dès l’affichage conforme des prix, un point souvent violé alors qu’il est «le béaba de la protection du consommateur».

Des actions associatives compromises faute de financement

Les statistiques, qui devraient être rendues publiques le 15 mars prochain, évoquent les principaux secteurs touchés par le phénomène tels que le secteur de l’enseignement privé, le secteur de l’habitat, le secteur financier et le secteur du télécom «disons les 4 secteurs dont nous avons reçu le plus de réclamations», précise Ouadi Madih.

Pour mener à bien leur mission les associations marocaines de protection du consommateur ont non seulement besoin de mesures les accompagnant mais aussi de fonds qui permettraient la pérennité de ce travail et de ces établissements. Une pérennité remise en question désormais notamment par le manque de financement, car les associations «n’ont pas le droit d’avoir des fonds, des sponsorings ou d’autres fonds qui émanent des sociétés de commerce, ce qui nous empêche d’agir et d’aller vers le consommateur». «En mars 2016, le ministère a dit avoir débloqué 10 millions de dirhams pour le compte des associations des consommateurs, une somme jamais touchée». Et de finir, «nous avions travaillé sur un programme que nous avions proposé et ils ont accepté la moitié du projet avec un budget de 2 millions 800 dhs. Or on nous a donné que 40% c’est-à-dire aux alentours de 900 000 dhs».

Une enveloppe budgétaire qui a permis d’équiper 21 guichets consommateurs qui ont été mis à la disposition des consommateurs, ainsi que les achats du matériel bureautique et informatique, «bien entendu nous avons aussi mis en place des applications pour pouvoir recevoir des réclamations, un site web et une web tv pour pouvoir justement communiquer mais malheureusement il y a eu une panne sèche en cours de route et donc nous ne pouvons plus continuer. Aujourd’hui ces 21 guichets consommateurs attendent et n’ont même pas de quoi payer leur loyer», raconte le militant.

Jusqu’à maintenant les associations fonctionnaient bénévolement, «mais la bonne volonté ne fait pas des miracles», conclut Ouadi Madih. Une situation délicate qui menace la pérennité de ces actions associatives et même l'existence des associations de protection des consommateur du royaume.

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