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Liberté de la presse : Le Maroc perd une place dans le classement RSF 2016

Le classement ne va sans doute pas du tout plaire au gouvernement marocain. Cette année encore, le Maroc est encore pointée du doigt dans le classement sur la liberté de la presse de RSF. L'ONG a classé le Maroc à la 131ème place dans la zone rouge de son Indice 2016 pour la liberté de la presse. Le royaume se retrouve donc dans des positions peu enviables dans les classements régionaux. Les projets de lois sur la presse amorcés au Maroc n'atténuent pas le mauvais classement du Maroc puisque RSF estime qu'ils sont en train de devenir obsolètes. Détails. 

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Crédit Photo: Indice 2016 RSF

Lignes rouges, censure, intimidation, amendes emprisonnement de journalistes marocains ou expulsion de leurs confrères étrangers… Voilà la liste non exhaustive des entraves qui maintiennent le royaume dans le rouge dans l’Indice 2016 de la liberté de la presse dans le monde de Reporters Sans Frontières (RSF).

Une place de perdue, une position peu enviable dans les classements régionaux

A la faveur d’un gain de 6 places, le Maroc s’était retrouvé à la 130ème place dans le classement de 2015. Avec un score de 42,64, le royaume se retrouve cette année à la 131ème place du classement qui répertorie 180 pays à travers le monde. Une position peu enviable qui place le royaume dans la zone rouge correspondant aux pays où la liberté de la presse connait une «situation difficile».

Au niveau maghrébin, c’est la Mauritanie qui tient le flambeau à la faveur de sa 48ème place et de son score de 24,03. Elle est suivie de la Tunisie (96ème mondial avec un score de 31,60), de l’Algérie (129ème, 41,69). Le Maroc quant à lui vient juste avant la Libye (164ème, 57,89) qui ferme le rang au Maghreb.

Au niveau de la région MENA, perçue comme la région la plus «difficile et dangereuse au monde pour les journalistes », la Mauritanie est devant la Tunisie qui est le pays qui a fait le plus d’avancées dans le domaine selon RSF malgré sa 96ème place. Elles sont suivies du Liban (98ème) et d’Israël (101ème). Dans la classe des mauvais élèves, même s’il se place derrière des pays comme le Koweït (103ème), le Qatar (117ème), les Emirats-Arabes-Unis (119ème), l’Afghanistan (120ème), Oman (125ème) ou l’Algérie (129ème) , le Maroc occupe la 10ème place du classement régional. La Syrie est dans la zone sombre avec sa 177ème place.

Au niveau du classement africain, il faut attendre la 36ème place pour voir le Maroc. La Namibie (17ème mondial) est la référence en Afrique. Elle est suivie du Ghana (26ème mondial) et du Cap-Vert (32ème mondial), pour ne citer que le trio de tête continental.

Au niveau mondial, la profession de journaliste est plus dangereuse en Erythrée (180ème), en Corée du Nord (179ème) et en Syrie (177ème) qui sont dans la zone sombre du tableau de RSF. A l’inverse, la Finlande qui domine le classement mondial, suivie des Pays-Bas (2ème) et de la Norvège (3ème), sont des paradis pour journalistes.

Dégradation lente de la liberté de presse au Maroc, lois en cours d’être obsolètes

«La liberté de la presse se dégrade lentement mais sûrement dans le Royaume du Maroc, où les autorités renforcent leur emprise sur les médias afin de les dissuader de couvrir des sujets aussi sensibles que la monarchie, l'islam et le Sahara occidental. Les journalistes et journalistes citoyens sont menacés par la censure, de surveillance, d'intimidation, de lourdes amendes et d'emprisonnement. Les médias étrangers ne sont pas épargnés non plus », justifie le rapport de RSF.

Il faut dire qu’au niveau national, l’affaire Ali Anouzla que l’on pensait oubliée a ressurgi sous la menace de nouvelles poursuites pour un mot mal traduit dans une interview à un quotidien allemand. Il s’ajoute au tableau noir de la liberté de presse, le procès sans cesse reporté des activistes des droits de l’homme, dont la plupart comme Maâti Monjib, sont des contributeurs de la presse où appartiennent à l’Association marocaine des journalistes d’investigation(AMJI). En décembre 2015, le directeur artistique du Desk avait été placé en grade-à-vue après avoir aidé des journalistes de Canal Plus à tourner une enquête sur la culture et le trafic de cannabis au Maroc.

Les journalistes étrangers payent aussi le prix des restrictions sur la liberté de la presse au Maroc. Au début de l’année 2015, l’expulsion d’une équipe de France 3 pour avoir tenté de tourner sans autorisation, un reportage sur l’économie marocaine et les droits de l’homme, avait fait tache d’huile. Plus récemment après le retentissement international de l’affaire des homosexuels de Béni-Mellal, c’est une équipe du «Petit Journal» qui avait été arrêtée et expulsée alors qu’ils tentaient de tourner un reportage sur les droits des homosexuels au Maroc. Autant d’entraves à l’exercice de la profession de journaliste qui ont sans doute convaincu RSF de maintenir le Maroc dans la zone rouge.

Sur les avancées du royaume dans le domaine, RSF est perplexe. Alors qu’il avait noté des avancées timides notamment avec la réforme du Code de la presse citant les trois projets de loi portant sur «la presse et l’édition», le «statut du journaliste professionnel» et le «Conseil national de la Presse», l’ONG tire désormais la sonnette d’alarme. « Les progrès limités notés dans les trois projets de loi sur les médias dévoilés en 2014, sont en danger de devenir obsolètes à la suite de modifications du Code pénal qui sont clairement conçues pour restreindre le droit à l'information des journalistes », note RSF dans son rapport 2016. Des remarques qui risquent encore de créer des tensions dans les relations tumultueuses entre RSF et le gouvernement.

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