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Grand Angle

Population des camps de Tindouf : Sont-ils réfugiés, combien sont-ils et d’où viennent-ils ?

L’Algérie et le Polisario utilisent les habitants des camps de Tindouf comme moyen de pression et de négociation auprès de la communauté internationale. Alger rejette catégoriquement toute demande de recensement de ces populations, se contentant de fournir des chiffres contradictoires. Des rapports crédibles indiquent que beaucoup de ceux qui vivent à Tindouf viennent d’Algérie, de Mauritanie et des pays du Sahel, sans aucun lien avec le Sahara occidental.

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Temps de lecture: 5'

Depuis les années 1970, des milliers de Sahraouis vivent dans les camps de Tindouf, répartis en cinq secteurs. Pris au piège de l’Algérie et du Polisario depuis, ils servent de moyen de pression et de négociation auprès de la communauté internationale, pour établir un sixième Etat de la région du Maghreb sur le territoire du Sahara occidental.

Alors que le Maroc les qualifie de «Sahraouis détenus dans les camps de la honte», l’Algérie avance qu’il seraient des «réfugiés fuyant l’oppression marocaine». Dans ce sens, elle utilise son soutien au Front Polisario, à qui elle a délégué la gestion des camps, pour des objectifs politiques de leadership régional.

La plupart des pays qui accueillent des réfugiés souhaitent que leur séjour soit temporaire et exercent des pressions sur la communauté internationale pour qu’ils soient rapatriés et mette ainsi fin à leurs souffrances. Mais l’Algérie agit inversement, en trouvant les moyens de maintenir les Sahraouis dans les camps. Elle prête main forte aussi au Polisario pour contrôler les accès de la zone, de manière à ce qu’aucun éventuel départ massif n’affaiblisse la position politique d’Alger et du mouvement séparatiste.

Sont-ils des réfugiés ?

Après la Seconde Guerre mondiale, les puissances internationales ont convenu de créer une organisation sous l’égide de l’ONU, garantissant la protection des réfugiés, leur retour volontaire, leur intégration ou leur réinstallation. Depuis, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) gère les opérations de recensement des populations concernées et protège leurs droits, notamment la libre circulation, l’éducation et l’emploi.

Nombre de pays, dont l’Algérie, sont signataires de la Convention relative au statut des réfugiés et du Protocole relatif au statut des réfugiés. Ces deux documents définissent le fonctionnement et les critères permettant de déterminer qui peut être qualifié de «réfugié». La Convention et le Protocole définissent les droits de ces personnes, notamment la liberté de conscience, la liberté de mouvement, le droit à l’éducation, à des documents de voyage et au travail, entre autres.

En tant que signataire de la Convention relative au statut des réfugiés et de son Protocole, l’Algérie est tenue de coopérer avec le HCR, notamment pour faciliter les opérations de recensement. L’article 2 du protocole dispose que les Etats parties s’engagent avec le HCR «ou toute autre institution des Nations unies qui lui succéderait, dans l’exercice de ses fonctions», à «faciliter notamment sa tâche de surveillance de l’application des dispositions du présent Protocole».

L’Algérie a cependant toujours opté pour la fuite en avant, en se soustrayant à ses responsabilités et en refusant de permettre au HCR de recenser la population du camp de Tindouf, faisant fi des multiples résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui l’exigent. La dernière en date, en octobre 2023, a de nouveau appuyé la nécessité d’un recensement.

L’Algérie soutient que «la seule solution permanente pour mettre fin aux souffrances des Sahraouis» est leur «retour volontaire au Sahara occidental, sur la base d’une mise en œuvre intégrale du plan de paix de l’ONU, qui inclut un droit à l’autodétermination». Le voisin de l’Est soutient aussi que «ce plan intègre le recensement de la population et ne doit pas être confondu avec les processus habituels de recensement des réfugiés».

En violation du droit international, Alger délègue même la gestion des camps au Polisario, au lieu d’assumer ses responsabilités internationales en tant que pays hôte. Les dispositions onusiennes prévoient surtout que les réfugiés doivent être des civils, alors que le mouvement séparatiste entretient une milice, dite «armée de libération sahraouie».

Combien sont-ils ?

Faute de recensement de la population des camps de Tindouf à cause de l’Algérie, les Nations unies les estiment à 90 000. De quoi provoquer l’ire de l’Algérie et du Front Polisario, qui rejettent cette estimation et affirment que le nombre réel de résidents serait plus élevé.

A la 74e session du Comité exécutif du HCR, en 2023, l’Algérie a exhorté l’agence onusienne à ajuster les dispositions de l’aide pour refléter le «nombre réel» de «réfugiés sahraouis», qui «dépasse de loin le chiffre de 90 000 pris comme base de calcul de l’aide». Alger a appelé aussi à adopter «l’étude conjointe menée par le Programme alimentaire mondial, l’Unicef et le HCR», estimant le nombre de réfugiés sahraouis en Algérie à 173 600.

Se contredisant lui-même, le gouvernement algérien a estimé leur nombre à 165 000. De leur côté, les agences de l’ONU restent sur l'estimation de 90 000, «jusqu’à ce que le processus d’enregistrement soit terminé», tout en reconnaissant que les résidents du camp dépendent principalement de l’aide humanitaire et ont peu de possibilités d’autosuffisance, compte tenu des activités génératrices de revenus limitées».

Les manœuvres algériennes de gonfler le chiffre de la population des camps remontent au début du conflit. Un document du Département d’Etat américain, publié le 16 décembre 1977, note que «le nombre de réfugiés du Sahara occidental est considérablement gonflé par le Polisario». Il ajoute qu’«un recensement espagnol de 1974 a déterminé 74 000 Sahraouis "autochtones" dans tout le Sahara espagnol». Pour leur part, l’Algérie et le Polisario ont publiquement affirmé qu’il y avait «plus de 100 000 réfugiés venus du Sahara occidental». Le document conclut que «le refus obstiné de l’Algérie de permettre une évaluation précise du nombre et de l’origine les populations dans les camps autour de Tindouf rend ces affirmations suspectes».

Qui sont-ils et d’où viennent-ils ?

L’Algérie et le Front Polisario promeuvent l’idée que les habitants des camps de Tindouf auraient fui le Sahara occidental, par peur de la brutalité des soi-disant «forces d’occupation marocaines», en quête de sécurité et de protection. Cependant, cette version est rejetée par d’autres organismes internationaux, qui confirment que les camps abritent des Sahraouis d’Algérie et de Mauritanie, aux côtés de ceux originaires du Sahara occidental.

Un document du département d’Etat américain daté du 16 décembre 1977 note qu’«un pourcentage important des Sahraouis regroupés dans les camps en Algérie ne sont pas originaires de l’ancien Sahara occidental». Selon la même source, «les camps de réfugiés de ce pays abritent également un nombre important (peut-être même une majorité) de Sahraouis arrivés d’autres régions (Algérie, Mauritanie, Mali, Maroc), soit pour fuir la sécheresse au Sahel, soit parce que les porte-parole algériens et du Polisario les ont incités à le faire».

Le document explique que «le caractère nomade des Sahraouis, qui ne connaissent traditionnellement pas des frontières nationales, fait que la population de la région fluctue considérablement, au gré des saisons et du climat. Au cours des deux dernières années, l’Algérie et le Polisario ont rassemblé un groupe de 30 000 à 80 000 Sahraouis, de manière à démontrer devant les observateurs étrangers leur désir de liberté et d’une «patrie sahraouie».

Plus loin, le document souligne que «les dirigeants du Polisario, dont au moins certains sont des dissidents de gauche de Mauritanie et du Maroc, sont des alliés idéologiques de l’Algérie». Pour garantir la loyauté à la cause séparatiste, l’Algérie et le Polisario travaillent ensemble à «endoctriner» la population des camps, ajoute-t-on. Ces réfugiés, «regroupés dans 20 à 30 camps, suivent une formation politique et militaire visant à les préparer à retourner dans un Etat sahraoui indépendant».

En outre, de nombreux habitants des camps de Tindouf d’origine mauritanienne gardent des liens avec leur pays d’origine et souhaitent participer aux élections. En 2013, près de 6 000 d’entre eux ont été invités à participer aux élections législatives et municipales en Mauritanie.

Président de la Ligue sahraouie pour la démocratie et les droits de l’Homme, Hamada El Bihi a passé près de 40 ans dans les camps de Tindouf. Selon lui, «moins de 20% de la population des camps vient de Laâyoune, Smara ou Boujdour», tandis que le reste est constitué «de Touaregs et de citoyens des pays voisins comme la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad».

Article modifié le 24/09/2024 à 22h50

Respect#
Date : le 26 septembre 2024 à 00h00
C'est des gens qui sont déplacés au moment voulu, beacoup de cabanes vides et la seule population saharaoui ne sont pas plus de 150 ,des mauritaniens des Algetiens et des pauvres commerçants Beaucoup d'algeriens qui sont déplacé dans ces camps pour faire augmenter le nombre
Ornitho2
Date : le 25 septembre 2024 à 10h41
Il y a quelques mois, fête familiale à l'occasion du retour d'un Saharoui séquestré chez le Polisario parmi les siens, au Maroc:
Ornitho2
Date : le 25 septembre 2024 à 10h36
Si je me permets. Beaucoup ont été kidnappés des localités du Sahara et emmenés à Tindouf. C'est par exemple le cas de l'ancien chef de police (je ne me souviens plus de son poste au Polisario exactement), qui a témoigné de la façon dont lui, sa fratrie et sa mère ont été kidnappés de Smara pour être emmenés à Tindouf, sans l'accord du père, qui lui était resté au Maroc. C'était il y a plusieurs années. M. Mahjoub Salek, Cofondateur du Polisario, puis plus tard opposant au sein du Polisario de ce qu'il percevait que le Polisario avait été parasité par l'Algérie, puis emprisonné et sauvagement torturé par le Polisario, puis aujourd'hui soutien au plan d'autonomie, raconte dans une des conférences comment lui entre autres, se sentaient responsables d'avoir contribué à déplacer des populations à la Hmada de Tindouf en leur promettant monts et merveilles, pour ensuite se retrouver plusieurs dizaines d'années après encore dans les camps de Tindouf. La suite on la connaît. Vivre en vase clos et subir un lavage de cerveau. Qui en échapperait ? Rajouter à cela ceux qui ne peuvent en sortir pour X ou Y raisons. Ceux qui ne peuvent y abandonner leurs femmes et enfants, ou leurs vieux parents. Et ne pas perdre de vue que le Maroc a des amis dans les camps de Tindouf (ref Forsatin). C'est avant tout une tragédie humanitaire.
Citation
anakine01 à écrit:
réfugiés ou pas, ce sont des traitres à la nation, et ils sont tous contre le Maroc, pas la peine de penser autre chose. ils sont en Algérie, ils peuvent y rester et c'est l'Algérie qui doit leur trouver une solution pas le Maroc... le "stratège" boukharouba a pensé être clever en les ramassant dans les dit camps, mtn khouribate 3lihoum et ils ne savent plus quoi faire avec le polisario, ils disent que boukharouba a voulu mettre un cailloux dans les chaussures du Maroc, le bougre n'a pas vu que c'était ses chaussures ou il mettait le cailloux. c'est la vie.
TangierHawk
Date : le 25 septembre 2024 à 10h23
Ce ne sont pas des réfugiés, ce sont des séquestrés car Alkheria ne leur donne pas la liberté de quitter les camps (sauf pour quelques fervents défenseurs et adhérents au Polisario et les fils et filles des hauts placés), et elle refuse catégoriquement leur recensement par l'ONU ce qui a fait échouer la première et dernière tentative de referendum, et je suis sûr que c'est pour ce recensement que le Maroc a prétendu accepté un référendum en 1991 car il savait qu'Alkheria aura peur que le monde sache ce qu'elle cache là bas. La plupart d'eux viennent d'Alkheria, du Chad, du Soudan, de la Mauritanie et du Sahel, et non pas du Sahara Marocain. Ça on le sait depuis des lustres mais c'est pas grave de le répéter pour ceux qui dorment au fond de la classe.
anakine01
Date : le 25 septembre 2024 à 09h19
réfugiés ou pas, ce sont des traitres à la nation, et ils sont tous contre le Maroc, pas la peine de penser autre chose. ils sont en Algérie, ils peuvent y rester et c'est l'Algérie qui doit leur trouver une solution pas le Maroc... le "stratège" boukharouba a pensé être clever en les ramassant dans les dit camps, mtn khouribate 3lihoum et ils ne savent plus quoi faire avec le polisario, ils disent que boukharouba a voulu mettre un cailloux dans les chaussures du Maroc, le bougre n'a pas vu que c'était ses chaussures ou il mettait le cailloux. c'est la vie.
Abdelhak38
Date : le 25 septembre 2024 à 08h17
Excellent ! Welcome
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Tahar_75 à écrit:
Pour compléter le précédent commentaire j'ajouterais que nous devons remercier Rima Hassan, femme politique franco-palestinienne, avocate et dirigeante de LFI. Elle est la première femme politique à avoir affirmé sur une chaine de radio publique algérienne que les camps du Polisario sont un cas unique au monde et dans toute l'histoire contemporaine. C'est le seul cas où un pays, l'Algérie, a cédé sa souveraineté régalienne sur une partie de son territoire à une organisation et des populations non algériennes, le Polisario, dotées d'un gouvernement et d'une armée. Voir le lien suivant entre 29 min 38s et 30 min 46s. Comment peut-on considérer ces populations comme des réfugiés quand les dirigeants de cette organisation et leurs proches ont bien plus de droits et d'avantages que les algériens eux-mêmes ?
Tahar_75
Date : le 25 septembre 2024 à 01h53
Pour compléter le précédent commentaire j'ajouterais que nous devons remercier Rima Hassan, femme politique franco-palestinienne, avocate et dirigeante de LFI. Elle est la première femme politique à avoir affirmé sur une chaine de radio publique algérienne que les camps du Polisario sont un cas unique au monde et dans toute l'histoire contemporaine. C'est le seul cas où un pays, l'Algérie, a cédé sa souveraineté régalienne sur une partie de son territoire à une organisation et des populations non algériennes, le Polisario, dotées d'un gouvernement et d'une armée. Voir le lien suivant entre 29 min 38s et 30 min 46s. Comment peut-on considérer ces populations comme des réfugiés quand les dirigeants de cette organisation et leurs proches ont bien plus de droits et d'avantages que les algériens eux-mêmes ?
HopeFloats
Date : le 24 septembre 2024 à 19h13
Ce n'est pas trop tôt de se poser ces questions existentielles, mais, je vais donner des réponses que le monde entier connaît déjà et fait semblant de ne pas le savoir !!! Déjà on parle de population et pas d'un peuple, ce qui est déjà un bon début pour répondre à ces questions : 1- Les sahraouis des camps de Tindouf sont-ils des réfugiés ? Bien sûr que NON, puisqu'ils n'ont pas la liberté de circulation, donc, ce sont des séquestrés et seuls les polisariens ont la liberté de circuler. 2- Combien sont-ils et d'où viennent-ils ? Ils sont quelques dizaines de milliers, par contre, 80% ne sont pas originaires du Sahara Marocain, puisque Kadhafi et Boumediène ont été obligés de recruter des sahraouis des pays voisins pour peupler les camps de Tindouf, ils ont même envoyé des enfants dans des camps à Cuba, en Égypte, en Syrie, ...etc. pour les formater à embrasser les thèses polisariennes. L'Algérie refuse catégoriquement un recensemment officiel de l'ONU des sahraouis des camps de Tindouf pour ne pas les identifier et tant qu'on n'a pas identifié et enregistré ces sahraouis, ils ne pourront pas avoir le statut des réfugiés.
Dernière modification le 26/09/2024 00:00
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