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Diaspo #201 : Ibrahim Ouassari, parcours atypique d’un geek au chevet des jeunes

Nommé en avril dernier en tant membre du conseil d’administration de Proximus, le Belgo-marocain Ibrahim Ouassari est aussi le fondateur de MolenGeek, association à but non lucratif transformée en incubateur de Startups. Un bel exemple d’un Molenbeekois autodidacte qui a quitté l’école à l’âge de 13 ans et qui milite aujourd’hui pour soutenir les jeunes.

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Le Belgo-marocain Ibrahim Ouassari, fondateur de MolenGeek. / DR
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Depuis 2015, l’association à but non lucratif MolenGeek est devenu un acteur majeur du développement socio-économique local au quartier bruxellois Molenbeek et en Belgique. Elle a fait parler d’elle lorsque des géants comme Google et Proximus ont décidé de la soutenir. Mais derrière la réussite de cet incubateur de Startups, qualifié de Silicon Valley belge, le parcours atypique de son fondateur Ibrahim Ouassari.

Né en 1978, ce Molenbeekois est l’avant dernier d’une famille nombreuse, originaire d’Al Hoceima et installée en Belgique depuis les années 1970. «J’ai un frère juge, deux autres ingénieurs et une sœur licenciée de l’Université de Cologne. J’avais des rôles modèles à la maison», nous confie-t-il. «J’avais aussi tout le soutien dont j’avais besoin à la maison pour réussir à l’école.»

Pourtant, en arrivant à la première année du secondaire, Ibrahim Ouassari découvre que le «système éducatif et scolaire ne [lui] convenait pas». «C’était très dur. J’étais une déception pour mes parents et tout cela je l’ai vécu seul. Jamais on ne m’a donné d’autres perspectives et donc on n’a pas réussi à m’orienter convenablement», ajoute-t-il.

«J’avais beaucoup de mal à me concentrer et à écouter un professeur à nous expliquer des choses pendant des heures sans aucune interactivité. Il était difficile pour moi d’apprendre dans ces conditions.»

Ibrahim Ouassari

Un consultant informatique autodidacte

Ainsi, à 13 ans, il claque la porte de l’école pour suivre plusieurs formations, de la coiffure à l'électricité, en passant par l'horticulture et la mécanique. Il finit ainsi par opter pour celle d’éducateur et rejoint, à 18 ans, une maison de quartier de Molenbeek pour venir en aide à des jeunes en difficulté. Un emploi qu’il quitte deux ans plus tard car il ne trouvait pas «de sens» à ce qu’il faisait.

Ibrahim Ouassari découvre «par hasard» l’informatique. Une découverte qui changera sa vie et par la suite, celles de plusieurs autres jeunes. Il se retrouve alors à travailler en tant qu’intérimaire dans une société de câblage informatique, achète un ordinateur et installe une connexion internet. Un ami lui montre comment «télécharger de la musique» et, «de fil en aiguille», le jeune Belgo-marocain lance, plus tard, son entreprise dans l’informatique, en faisant des logos, de l’infographie et des sites. Ibrahim Ouassari devient consultant. Aujourd'hui il est à la tête de 4 entreprises et une vingtaine d’employés, le tout sans diplôme, aime-t-il à rappeler.

Avec Sundar Pichai, CEO de Google, dans les locaux de MolenGeek en janvier 2020. / DRAvec Sundar Pichai, CEO de Google, dans les locaux de MolenGeek en janvier 2020. / DR

Il devient aussi un modèle de réussite pour les jeunes de son quartier. En effet, voyant comment «le digital a transformé [sa vie]», le Molenbeekois constate une réalité amère.

«Dans mon quartier, des jeunes me voyaient rouler avec de grosses voitures allemandes et me demandaient ce qu’il faut faire comme études universitaires pour être comme moi. Je leur disais de faire de l’informatique mais d’apprendre par eux-mêmes mais, de l’autre côté, il y avait des jeunes qui ont déjà quitté l’école, et je n’avais pas de réponse pour eux à part…"vas sur Internet et débrouille-toi".»

Ibrahim Ouassari

Une réponse «non constructive» donnée à contrecœur qui le poussera à créer MolenGeek. «Je voulais prouver à ces jeunes que l’informatique et le numérique sont accessibles. C’était mon premier challenge et avec le temps, je pense que ce challenge a été rempli, car maintenant, à chaque fois qu’on lance une promotion de formation, nous recevons des centaines d’inscription pour une quinzaine de places», explique-t-il fièrement.

Le numérique, les jeunes et le Maroc

Pour l’expert en informatique et co-fondateur de MolenGeek, qui a rejoint récemment le Conseil d’administration du géant belge Proximus, «la mission aujourd’hui est de convaincre les entreprises que des jeunes sans diplômes mais avec des compétences informatiques sont une plus-value». «Les challenges changent et évoluent», poursuit-il.

Ibrahim Ouassari n’oublie pas la place de son pays d’origine dans son parcours. «A la maison, nous parlons rifain mais j’ai appris à parler la Darija avec les parents de mes amis. Le Maroc est d’abord imprégné dans ma culture familiale», nous répond-il. «Depuis mon enfance, on revenait souvent dans le pays pour voir la famille et passer au moins un mois de vacances», se souvient le Molenbeekois. Un rituel qu’il tient à répéter depuis, une à deux fois par an, pour revoir sa famille ou juste se ressourcer. Le Belgo-marocain assure aussi avoir «des liens très forts avec le Maroc» sur le plan professionnel.

«Je travaille avec une grande communauté marocaine et des jeunes ici en Belgique. Nous avons aussi déjà fait des projets de MolenGeek à Oujda avec StartUp Maroc et des hackathons. Il a également reçu des jeunes pour des visites de tous l’écosystème de startups de la capitale et en Wallonie.»

Ibrahim Ouassari

Le Belgo-marocain tente ainsi «de créer des ponts et des collaborations avec le Maroc, qui avancent doucement et surement». Il insiste aussi sur la nécessité de «développer plus de ponts et de collaborations professionnelles avec la diaspora marocaine par les technologies». Pour lui, «la formation dans le digital ne doit pas être considérée comme un coût pour les décideurs, mais plutôt comme un investissement nécessaire».

«Le numérique est partout et on doit faire avec et les jeunes se l’approprier. On a toujours tendance à croire que les jeunes sont connectés, parce qu’ils sont sur Instagram ou Snapchat. Ils sont connectés en tant que consommateurs. L’idée est de les transformer en acteurs, pour bouger les lignes et créer des choses dans ce monde digital», conclut-il.

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