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Les travailleurs des arts de scène veulent une reprise adaptée à la crise sanitaire [Interview]

Depuis quelques jours, les appels à la reprise des activités artistiques dans les espaces dédiés, avec le respect des mesures sanitaires, se multiplient parmi les travailleurs du secteur. Comédien, metteur en scène et président du Syndicat marocain des professionnels des arts dramatiques, Messaoud Bouhcine en explique l’importance.

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Photo d'illustration / DR.
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Qu’est-ce qui a motivé cet appel des travailleurs des arts de scène ?

Cet appel intervient dans le cadre de l’allègement des mesures de confinement sanitaire, lié à la pandémie du nouveau coronavirus. En effet, nous avons remarqué une reprise progressive des activités dans différents secteurs professionnels, mais qui ne concerne pas pour autant les arts de scène. Pourtant, les métiers du spectacle sont considérablement touchés par l’impact économique de la crise sanitaire.

Une importante partie des travailleurs dans notre secteur vivent des représentations artistiques, dont la programmation est à l’arrêt depuis presque sept mois. Sans oublier que le travail dans les arts de scène reste occasionnel par nature. Les artistes qui vivent donc de ces spectacles souffrent considérablement et en silence, alors que nous estimons que la possibilité d’une reprise est bien envisageable, dans le respect des mesures sanitaires préconisées.

N’oublions pas l’importante dimension culturelle et sociale des arts, dont la continuité doit être assurée malgré les périodes de crise. Cela se fait désormais pour les tournages des films et des séries, qui ont repris conformément à un protocole sanitaire préventif établi. Dans le contexte de l’urgence sanitaire, les cafés sont ouverts, de même que les commerces et les services, avec un respect des mesures de distanciation. Cela permet une certaine reprise, même si elle reste lente. Ce n’est pas du tout le cas dans le secteur des arts de scène, alors qu’il existe peu d’alternatives pour ses travailleurs.

Le père des arts est-il de ce fait le parent pauvre du secteur culturel, en temps de crise sanitaire ?

Le protocole préventif pour la reprise des activités dans les secteurs artistiques est disponible auprès du ministère de la Culture, de la communication, de la jeunesse et des sports. Il énumère les mesures qui doivent accompagner l’ouverture des centres artistiques, des bibliothèques et des infrastructures sportives. Des transmissions en direct peuvent même être assurées pour les arts de scène, afin que la réduction du nombre de public accueilli et l’application de la distanciation ne privent pas d’autres citoyens des contenus artistiques, donc la question est rapidement résolue.

Avec ou sans crise sanitaire, la production artistique au Maroc a souvent été riche grâce aux initiatives d’individus, de la société civile, de quelques entreprises, d’artistes et d’intellectuels. L’intervention de l’Etat se fait à travers des conventions, un financement de certains spectacles, de la participation internationale de troupes, mais elle n’est pas systémique. Nous manquons d’une vision stratégique pour le secteur, pour son intégration à l’économie, au développement durable, donc sa continuité reste tributaire d’approches et d’efforts épars, ce qui s’accentue avec la pandémie.

Si intervention de l’Etat il y a, dans ce contexte, elle devra permettre d’exploiter et de maximiser le potentiel déjà présent, pour que l’art de scène soit un levier faisant partie intégrante de la vie quotidienne de tous les citoyens, au niveau stratégique, politique, juridique et institutionnel. Nous apprenons à vivre avec une pandémie qui s’affaiblira bien un jour, ce n’est pas à ce moment-là qu’il faudra se demander ce qui advient de nos arts de scène.

Avez-vous saisi officiellement le ministère de tutelle pour la reprise des activités du secteur ?

Nous sommes en contact permanent avec le département de la culture sur ce sujet. Nous essayons par ce biais de sortir avec une reprise des activités dans les structures des arts de scène, bien entendu avec le respect des mesures préventives requises et en fonction de la situation épidémiologique. Mais il faut reconnaître que ce ne sera pas au ministère de la Culture, de la communication, de la jeunesse et des sports seul de valider les autorisations de réouverture de ces espaces et l’accueil du public en nombre réduit.

Cette décision relève de la coordination entre plusieurs intervenants concernés par la sécurité sanitaire, principalement le ministère de l’Intérieur, puisqu’il s’agit d’une gestion de crise épidémiologique. Nous espérons donc que les organismes compétents tiendront compte de ces considérations, tout en partant du constat qu’une partie de notre société, à savoir les artistes, souffrent grandement des impacts de la pandémie sur leurs créations, sur leur situation socioéconomique peu stable à la base et sur le rayonnement culturel de notre pays à l’étranger.

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