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Société Publié

Maroc : Un jeune trisomique victime d'agressions sexuelles à Aït Ourir

Le 9 juillet prochain, la Cour d’appel de Marrakech examinera le dossier d’un adolescent trisomique, dont le père a saisi la justice pour des faits d'agression sexuelle mettant en cause deux connaissances. Face aux menaces de mort de la famille d’un des suspects, le plaignant et ses proches estiment ne pas être en sécurité.

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Photo d'illustration / DR.

Depuis quelques jours, Ahmed E. vit dans la peur qu’un malheur n’arrive à son fils trisomique, à son épouse ou à ses beaux-enfants. Vivant dans une commune rurale près d’Aït Ourir, cette petite famille recomposée est en effet contrainte de vivre séparément et loin du domicile, par peur de représailles. Pour cause, la maison familiale aurait été attaquée à coups de pierres et de tentatives d’effraction. L’acte aurait été commis par le fils de l’un des deux prévenus, contre lesquels Ahmed E. a porté plainte pour une agression sexuelle sur mineur, nous raconte-t-il mardi. Il accuse deux hommes du village de sévices sexuels sur son fils, un adolescent trisomique, âgé de 17 ans.

Face à la détermination du père pour obtenir justice, les tentatives de médiation de la part des proches de l’un des mis en cause auraient rapidement laissé place à la menace physique et aux insultes, à l’encontre du plaignant lui-même. Celui-ci indique à Yabiladi que les faits remonteraient à plusieurs mois. «Les plus récents en date, c’était il y a quelques semaines, où j’ai remarqué que mon enfant semblait de plus en plus terrorisé. Après l’avoir mis suffisamment en confiance pour qu’il se confie, il m’a avoué qu’un homme travaillant dans les moulins que nous fréquentons souvent l’aurait forcé à des actes sexuels contre 20 dirhams, avant que son ami ne prenne le relais pour la même somme. Ils l’auraient sommé de n’en parler à personne, au risque d’être égorgé», dénonce-t-il.

Menaces de mort

Dès le premier jour de l’allègement du confinement sanitaire, Ahmed E. dit s’être déplacé à la gendarmerie la plus proche. «Les gendarmes ont enregistré ma plainte et ont réagi très rapidement. Ils ont tout fait pour retrouver et arrêter les auteurs. L’un est aujourd'hui en détention, en attendant son passage devant le tribunal, tandis que l’autre est activement recherché», souligne-t-il. C'est justement le fils du suspect en fuite qui aurait menacé Ahmed E. Celui-ci a saisi directement le procureur du roi près la Cour d’appel de Marrakech, en exposant les faits, selon une correspondance consultée par Yabiladi.

«Le fils du fugitif est venu jusqu’en bas de chez moi et m’a promis de m’égorger si l’instruction suivait son cours, d’où mon courrier au tribunal, le 28 juin.»

Ahmed E.

«Par sécurité, nous sommes désormais séparés, les enfants hébergés en lieu sûr chez des membres de la famille avec mon épouse, moi chez d’autres proches, afin de limiter les risques de représailles», confie encore le père. «La double-peine est que malgré la crise et le manque de ressources financières, je n’ai pas pu reprendre mes activités commerciales dans le souk du village, suite à l’allègement du confinement, par peur que le fils du fugitif sache exactement où et quand me retrouver», s’inquiète Ahmed E. Il est désormais confronté à l’incapacité financière d’assurer l’accompagnement médical, psychologique et juridique de son fils.

Multiplication des agressions sexuelles sur mineurs

Ahmed E. est soutenu par le tissu local de la société civile, notamment la section de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui s’est saisie du dossier et s’est constituée partie civile. «Cette agression sexuelle sur mineur doit déjà être lourdement punie sans laxisme, comme le prévoient les dispositions de la loi», indique l’ONG, dans un communiqué parvenu à Yabiladi. Celle-ci estime qu’«en cas d’incapacité ou de handicap, les circonstances aggravantes doivent être prises très au sérieux pour une action ferme». Elle appelle ainsi la justice à «sanctionner les faits par de lourdes peines».

L’ONG appelle également le parquet à enquêter sur les menaces de mort décrites par le père de famille, ainsi que sur des allégations véhiculées par les proches des suspects, selon lesquelles ce serait Ahmed E. qui aurait abusé de son propre fils.

Ces derniers mois ont vu se multiplier les affaires d'agressions sexuelles sur mineurs et actes de pédocriminalité au Maroc. La section locale de l’AMDH indique s’être saisie d’au moins trois dossiers d'agressions sexuelles sur mineurs à Marrakech, en moins d’une semaine, d’où ses appels à la fermeté de la part de la justice.

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