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Politique Publié

Maroc : L'affaire Raissouni divise les ONG des droits de l'Homme

A l’approche de la date de la première audience dans l’affaire du journaliste Soulaiman Raissouni, prévue le 11 juin, les divisions au sein de la société civile émergent. Les dernières en datent sont celles au sein de la Coalition des instances des droits de l’Homme.

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Soulaiman Raissouni, rédacteur en chef d'Akhbar Alyaoum, a été arrêté vendredi 22 mai et est poursuivi pour «attentat à la pudeur, avec violence et séquestration». / DR

L'affaire du journaliste marocain Soulaiman Raissouni, poursuivi en état d’arrestation pour «attentat à la pudeur, avec violence et séquestration», divise les ONG marocaines des droits de l’Homme. En effet, le torchon brûle au sein de la Coalition marocaine des instances des droits de l’Homme, qui regroupe une vingtaine d’association, au lendemain de la publication d’un communiqué de presse exprimant la solidarité de la coalition avec le rédacteur en chef du journal Akhbar Alyaoum.

Samedi, la coalition a dénoncé la «violation de la présomption d'innocence», dont fait l’objet le journaliste, affirmant suivre «avec beaucoup de préoccupation», ce qui été publié par des sites d’informations et autres, dénonçant «la divulgation de données qui relèvent du secret des procédures judiciaires avant même la fin de l’enquête».

La position de la coalition dénoncée par ses propres membres

Tout en critiquant la «campagne de diffamation» dont fait l’objet le journaliste, le communiqué de la coalition, qui ne mentionne aucune position quant à la victime présumée du journaliste, appelle à la présidence du ministère public à ouvrir une enquête sur ces «violations». Et de demander de «revoir» la poursuite du journaliste en état de détention.

Mais cette réaction, publiée au nom des ONG membres, ne fait pas fait consensus au sein de la coalition. Ainsi, la Fondation Oyoun pour les droits de l'Homme s'est démarquée de la position exprimée par la coalition, dont elle est pourtant membre. Dans un communiqué consulté par Yabiladi, l’ONG, dont le président Zouhair Asdour est aussi coordinateur adjoint de la coalition, a estimé que celle-ci «travaille avec une plateforme organisationnelle dont les pouvoirs ont expiré il y a trois ans». «Nous considérons que la position publiée ne nous concerne pas, et nous appelons à la convocation d'une réunion du secrétariat exécutif pour fixer la date d'un conseil électoral élargi», conclut le communiqué.

De son côté, Mustapha Manouzi, ancien président et membre du Forum vérité et justice, qui fait partie de la coalition, s’est fendu d’un communiqué, pour exprimer son «refus» de la position «subjective» de la coalition, qui «ne respecte pas le droit de débat» en son sein.  

Lundi, Amnesty International-Maroc a également réagi, rappelant avoir déjà demandé à ce que son nom soit retiré de la coalition depuis septembre 2019.

Un délai de 48h pour un consensus au sein de la coalition

Contacté par Yabiladi ce mardi, Abdelilah Ben Abdeslam, coordinateur de la Coalition marocaine des instances des droits de l’Homme, confirme à demi-mot la polémique au sein de l'instance. «Il s'agit d'un débat interne qui est discuté au sein de la coalition et non dans les médias», déclare-t-il, refusant ainsi de commenter cette affaire.

Pour sa part, Aziz Rhali, président de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), membre de la coalition, apporte quelques précisions. «Mustapha Manouzi n’est pas membre de la coalition et ceux qui ne sont pas convaincu de sa position peuvent faire leurs propres communiqués», tranche-t-il.

Tout en donnant raison à la remarque d’Amnesty International-Maroc, il ajoute que la coalition ne s’est pas réunie pour trancher sur cette question. Mais il assure toutefois que le processus de la coalition pour émettre des positions a été respecté. «La coalition comprend 20 associations. Le coordinateur rédige un communiqué et le soumet aux membres qui disposent de 48h pour émettre des remarques ou s’y opposer», nous explique-t-il. Ainsi, «en l’absence de réactions, le communiqué est publié.»

«Pourquoi ceux qui ont exprimé leur refus du communiqué ne l’ont-ils pas fait dans les délais ? Ils devaient réagir avant la publication de la position de la Coalition. Tous les membres ont reçu ce communiqué 48h avant sa publication. Je défie quiconque qui dit s’être opposé à cette position avant qu’elle ne soit publiée.»

Aziz Rhali

Le président de l’AMDH mentionne, au passage, que le communiqué de la coalition publié samedi a été «rédigé par Mohamed El Aouni, président de l'Organisation pour les libertés d'information et d'expression (HATEM)», en assurant que «le coordinateur de la coalition a ensuite intégré les remarques reçues par les membres dans le communiqué final».

Des positions équilibrées de l’ONG Adala et de l’OMDH

Face à la confusion au sein de la coalition, d’autres ONG, membres et ex-membres de cette instance, ont rompu le silence, en exprimant leur refus de la campagne de diffamation qui a touché les deux parties de cette affaire.

Dans un communiqué publié cette semaine après la réunion de son bureau tenue dimanche, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme a insisté sur «la nécessité d'assurer un procès équitable», dans cette affaire, en invitant toutes les parties impliquées dans ce dossier à «cesser la diffamation de l'autre partie». «Le bureau de l’OMDH demande de ne pas faire pression sur le pouvoir judiciaire, ni sur la défense de l’une des parties en recourant à la mobilisation ou aux préjugés», lit-on dans le communiqué. Et d’appeler aussi à «prendre les mesures de protection nécessaires pour garantir que la personne ayant déposé la plainte soit protégée contre toutes les formes de discrimination, de mauvais traitements ou d'intimidation».

Pour sa part, l’Association Adala, qui a entendu, soutenu et fourni un accompagnent à la victime présumée avant même le dépôt de la plainte, a elle aussi appelé, dimanche, au «respect des garanties d'un procès équitable, principalement la présomption d'innocence et les droits de la défense, sans porter préjudice à l'équilibre entre les parties de l'affaire». Dans un communiqué consulté par Yabiladi, Adala a également insisté sur «la nécessité de respecter les garanties et les droits de la victime» et du «déroulement de l'enquête». «Nous condamnons la campagne diffamatoire qui a touché les deux parties de l'affaire, ainsi que leur vie et leurs données personnelles, en utilisant des méthodes obscènes», dénonce-t-elle.

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