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Média Publié

La presse marocaine touchée par le coronavirus : -20 à -50% de salaire chez Horizon Press

Cette semaine, la décision prise par Horizon Press, éditant entre autres le journal Les Ecos et LeSiteInfo, a créé une mini tempête au sein du groupe. Si certains journalistes et le PDG, Moncef Belkhayat, évoquent un «consentement mutuel», d’autres fustigent une mesure «illégale» et un «timing» douteux.

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Moncef Belkhayat, Président-directeur général du groupe Horizon Press. / DR

Le nouveau coronavirus et des mesures prises pour endiguer sa propagation accentuent la crise économique de la presse marocaine. Ces mesures, dont la suspension de l’impression des journaux papiers, décrétée par le Département de la communication, semble faire une première victime. En effet, le groupe Horizon Press, né de la fusion, en décembre dernier, de Saham Media Fund de Moulay Hafid Elalamy et Cross Word de Moncef Belkhayat, a proposé cette semaine de réduire les salaires des 112 collaborateurs pour faire face à la crise.

«Les dirigeants de chaque pôle se sont adressés au personnel pour l'informer qu’une réduction de 30 à 50% sur les salaires sera effective dès ce mois d’avril et s’étalera sur trois mois», nous déclare un journaliste du groupe. Et d’expliquer que «les 50% concernent les salaires supérieurs à 7 000 dirhams tandis que les salaires plus faibles sont touchés par des réductions de 20 à 30%».

La réduction des salaires est «illégale», selon des journalistes

Le journaliste dit aussi avoir «été contraint» de signer l’avenant à son contrat de travail, «non pas par la direction», précise-t-il, mais compte tenu de «la situation actuelle où les recrutements sont quasiment bloqués». Il pointe cependant du doigt «le timing de cette décision».

Une autre collègue indique avoir «reçu un mail de la direction» concernant une «proposition de réduction de salaires». «Le mail évoque une réduction pouvant atteindre 50% en fonction des salaires, tout en assurant que personne ne sera licencié», ajoute-t-elle. «Ils nous ont dit qu’ils ne savent pas ce qui va se passer dans les prochains jours et nous ont demandé de signer un avenant pour se solidariser avec le groupe et accepter ces réductions», rapporte-t-elle.

«Cela ne s’est pas fait à l'amiable. Ils ont harcelé les gens en les menaçant : soit accepter 50% de réduction du salaire sans réduire les heures de travail, soit chômage technique ou bien une séparation moyennant 50% des indemnités», nous confie une troisième source.

La mesure proposée par la direction de Horizon Press a fait sortir de ses gonds le bureau syndical des salariés, affilié au Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), en début de semaine. Dans une lettre adressée à la direction, que Yabiladi a pu consulter, le bureau a dénoncé une «démarche illégale». Pour lui, la législation marocaine oblige le groupe à «se concerter avec les représentants syndicaux de l’entreprise».

Critiquant la convocation des collaborateurs, «en dépit du confinement», le bureau syndical rappelle les mesures mises en place par l’Etat au profit des entreprises impactées. Il rappele que le groupe «va économiser au moins 500 000 dirhams par mois grâce à la suspension des impressions». «Horizon Press a bénéficié, durant le mois de janvier 2020, de la subvention accordée par l’Etat aux entreprises de presse éditant des journaux papiers», abonde-t-il. Tout en appelant le groupe à «se conformer à la législation», le bureau indique «se réserver le droit de saisir les autorités compétentes».

Moncef Belkhayat évoque un «consentement mutuel» avec les salariés

Si certains salariés de Horizon Press ont refusé de signer cet avenant modifiant leurs contrats de travail, la majorité a consenti au sacrifice financier. «Je me considère être parmi les hommes les plus heureux et les plus chanceux du monde ! 80% de mes collègues et amis ont accepté, de leur plein gré et avec enthousiasme, de signer un avenant de leur contrat où ils réduisent de 50% leur salaire pour une durée de trois mois», a ainsi indiqué sur son compte Facebook El Mehdi Allabouch, co-fondateur du Site Info et chargé du pôle commercial du groupe. Evoquant une crise qui «est en train de mettre à genoux» son entreprise, il s’est félicité d’une «première dans l’histoire du Maroc», se disant «fier de [sa] seconde famille» et de cet «élan de solidarité».

Un quatrième journaliste du groupe, contacté par nos soins, a laissé entendre qu’il comprend cette mesure. «Les ressources du groupe sont basées sur le quotidien. L’impression étant suspendue, les revenus publicitaires sont en chute libre. Ils ont tenté de trouver une solution solidaire», explique-t-il. Le journaliste rappelle aussi que les salariés de certains services, comme l’achat et le commercial, «sont en chômage actuellement mais continuent de percevoir leurs salaires». «Il y a donc une négociation et un compromis. Ce n’est pas une obligation», assure-t-il, en insistant sur une «mesure provisoire».

Moncef Belkhayat, président-directeur général du groupe Horizon Press, insiste également sur  le «consentement mutuel» avec les salariés. «La direction générale de la société et au vu de la situation, a décidé de concerter l’ensemble des collaborateurs. Elle leur a envoyé un mail pour leur exposer la situation et savoir ce qu’ils proposent. Les collaborateurs ont répondu de manière solidaire à l’entreprise, à raison de 81%», assure-t-il.

Le PDG de Horizon Press indique que cette mesure «permettra à l’entreprise de survivre», alors que pour ceux ayant refusé, «au nombre de 21 personnes, nous avons respecté leur choix». «Les secteurs en difficulté aujourd’hui sont la presse, la communication et les médias», ajoute Moncef Belkhayat, qui en profite pour appeler les annonceurs à «être solidaires avec journaux et journalistes». «Ce n'est pas normal qu'avec une crise pareille, les annonceurs arrêtent d'annoncer et réduisent leurs investissement», regrette-t-il.

FMJJ et SNPM alertent sur la situation sociale et économique des journalistes au Maroc

La décision de Horizon Press n’a pas laissé indifférentes les instances du secteur des médias au Maroc. Mercredi, le Forum marocain des jeunes journalistes (FMJJ) a «condamné fermement le fait que certaines entreprises médiatiques portent préjudice aux journalistes et à leurs salaires, en justifiant cela par la 'crise financière' sans aucune forme de dialogue social, alors que le confinement décidé par les pouvoirs publics n'a pas duré plus d'un mois».

Dans un communiqué, l’association a exprimé sa «surprise devant cette pression exercée sur certains confrères journalistes et la tentative de profiter de cette étape pour achever leurs acquis». Et d’appeler les différents acteurs institutionnels, autorités publiques, FMEJ et Conseil national de la presse marocaine, à «assumer leur responsabilité».

De son côté, le SNPM a accusé certaines entreprises de «briser la solidarité entre journalistes et entreprises médiatiques, en terrorisant les premiers s’agissant de la situation de ces groupes de presse».

«Pour le SNPM, porter atteinte aux droits des salariés et des journalistes est un comportement qui manque de patriotisme», tandis que «le fait d’imposer illégalement la signature sur des documents pour renoncer à ses droits est une violation de la loi».

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