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Politique Publié

Covid-19 : Après quatre semaines de présence, le réalisme du pouvoir régalien a imposé son approche

Face à la propagation du Covid-19 au Maroc, l’approche des autorités a fluctué au début de la crise entre les messages d’assurance adressées par le chef du gouvernement et son ministre de la Santé et le réalisme des représentants du pouvoir régalien. Après quatre semaines de présence du virus létal, le réalisme a fini par l’emporter.

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Le roi i Mohammed VI présidant une séance de travail sur la gestion de la propagation de la pandémie du coronavirus. / Ph. MAP

Dans la soirée du 4 mars, les Marocains ont appris qu’ils ne sont plus à l’abri de la pandémie du Covid-19. Les autorités venaient de rendre public qu’un national, de retour d’Italie, est atteint du coronavirus. Une annonce faite alors que le chef du gouvernement venait juste de terminer une conférence de presse, animée conjointement avec le ministre de la Santé, durant laquelle les deux responsables ont tenu à rassurer la population sur la capacité du Maroc à faire face à la propagation du virus.

Depuis la communication de l’exécutif a évolué. Les messages d’assurance adressés à la population par Saâdeddine El Othmani et Khalid Aït Taleb ont été éclipsés par une omniprésence des pouvoirs régaliens, représentés par le département de l’Intérieur, la DSGN puis l’armée.  

Ainsi au lendemain du point de presse du chef du gouvernement, le ministère de l’Intérieur ordonne aux walis et gouverneurs d’interdire tous rassemblements et manifestations de plus de 1 000 personnes. La majorité des partis politiques décident alors d’annuler leurs meetings, à l’exception du PJD, qui a maintenu sa réunion du 7 mars à Laâyoune.

Le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, Mohamed Lyoubi, était proche de la décision adoptée par les islamistes de la Lampe. Dans des déclarations à la presse il affirmait que les annulations ou les reports de manifestations, tel le SIAM, résultaient d’une «interprétation excessive du communiqué du comité de pilotage et de suivi, publié le 1er mars».

Il faut reconnaître que la même légèreté a été constatée auprès de certains Marocains. Ainsi, une foule s’étair agglutinée devant l’hôpital Moulay Youssef de Casablanca, pour voir de leurs propres yeux le premier cas frappé par le Covid-19. Les mêmes images ont été enregistrées lors du transfert, le 5 mars, du 2e cas de coronavirus. Des dizaines de jeunes curieux au quartier Attacharouk de Casablanca, munis de leurs portables, filmaient l’évacuation d’une femme de 89 ans vers l’hôpital.

Fin de la récréation

Mais le 13 mars marque un tournant dans la gestion du Covid-19. Ce jour-là, le ministère de l’Education nationale annonçait la fermeture des écoles et des universités. Un indicateur concrêt du degré de la menace. Le même jour, le Maroc annonce la suspension jusqu’à nouvel ordre de ses liaisons aériennes et maritimes avec l’Espagne et la France et la fermeture de ses frontières terrestres avec Ceuta et Melilla. Depuis, les mesures de prévention sont allés crescendo. Le roi Mohammed VI a donné ses instructions  au gouvernement de procéder à la création immédiate d’un Fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie du Coronavirus, doté de 10 milliards de dirhams.

Le 16 mars, le ministère de l’Intérieur entre de nouveau en scène et ordonne que les cafés, restaurants et hammams baissent leurs rideaux. Puis vient le tour des mosquées qui ferment leurs portes aux fidèles.

C’est dans ce contexte de guerre ouverte contre la propagation du Covid-19 que s’est tenue, le lendemain, une séance de travail présidée par le souverain, marquée notamment par la participation du généraux Abdelfattah El Ouarak et Mohamed Haramou, respectivement inspecteur général des FAR et commandant la Gendarmerie royale, et du directeur général de la Sûreté nationale, directeur général de la surveillance du territoire national, Abdellatif Hammouchi.

Deux jours après, le département de Laftit annonce l’entrée de l’état d’urgence sanitaire à partir du 20 mars à 18 heures. Dans la foulée des unités de l’armée font leurs apparitions dans les artères de certaines grandes villes. Dimanche 22 mars et à l’occasion d’une réunion, le gouvernement adopte le décret-loi n°2.20.292 portant sur les dispositions de l’état d’urgence sanitaire et les conditions de sa déclaration.

La hausse enregistrée dans les rangs des malades et des décès par le Covid-19 ont sans doute amené le chef du gouvernement à emprunter la voie du réalisme. Dans son allocution prononcée le 27 mars devant les membres de son cabinet, il a reconnu que les «dix prochaines jours seront décisifs» dans la gestion du coronavirus au Maroc.

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