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Santé Publié

Coronavirus : Un degré de dangerosité faible et des règles d’hygiène simples

Vent de panique ce mercredi après les vidéos relatant d'éventuels cas d'infection au coronavirus au Maroc. Si les 19 cas suspects se sont tous révélés négatifs, il convient de mieux appréhender la dangerosité du virus et l'importance des précautions d’hygiène pour enrayer sa propagation.

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Photo d'illustration. / DR

La vigilance, oui. La psychose, non. Alors que le coronavirus a tué 2 761 personnes et fait plus de 80 000 contaminations dans le monde, touchant une quarantaine de pays, les autorités sanitaires gouvernementales du monde entier sont en ébullition, principalement celles des pays concernés, relayant heure par heure toute information touchant de près ou de loin au coronavirus.

Le caractère anxiogène d’un tel contexte, qui confine presque à la psychose, n’est donc plus à prouver. Les données publiées le 17 février par le Centre chinois de contrôle des maladies (CCDC), relayées par Le Monde, incitent pourtant à relativiser la dangerosité de ce virus. Répertoriant les caractéristiques épidémiologiques d’un grand nombre de malades, pour les trois quarts dans la province du Hubei, foyer du coronavirus, le CCDC indique que dans 80% des cas d’infection, celle-ci est considérée comme bénigne. Son indice de contagiosité demeure relativement faible (entre 1,5 et 3,5) : à titre de comparaison, la varicelle est à 8,5 et la rougeole est à 9. De même, son taux de létalité est lui aussi relativement bas : la maladie semble fatale pour 2% des personnes infectées en moyenne, mais avec des écarts selon l’âge, soit entre 0,2% et 3,6%.

Peu de risques de mourir du coronavirus

Il ne faut pas confondre la mortalité et la létalité : la mortalité désigne le pourcentage de morts par rapport au nombre d’individus d’une population donnée dans une période donnée, tandis que la létalité se réfère au nombre de personnes qui, ayant contracté une maladie, meurent de cette maladie, pour une année donnée. En d’autres termes, la létalité désigne le risque qu’ont les personnes atteintes d’une maladie de mourir chaque année ; elle traduit le degré de dangerosité d’une maladie.

«La mortalité n’a pas d’intérêt d’un point de vue épidémiologique dans le cas d’une situation épidémique. Ce qui est important, c’est la létalité. Concernant le coronavirus, sa létalité est effectivement peu importante ; beaucoup moins que d’autres maladies infectieuses», confirme auprès de Yabiladi Jaafar Heikel, épistémologiste, spécialiste en maladies infectieuses et santé publique et professeur de médecine préventive.

«La létalité du coronavirus est encore dix fois moins importante, pour ne pas dire plus, pour les personnes de moins de 60 ans», ajoute le spécialiste dans un esprit d’apaisement.

«Il faut bien expliquer aux gens que cette létalité ne concerne essentiellement – à hauteur de plus de 95% des cas – que les personnes âgées de plus de 65 ou 70 ans. Il faut donc déjà un système immunitaire affaibli et un terrain particulier, par exemple les sujets qui souffrent de cardiopathie, de difficultés respiratoires ou de diabète.»

Jaafar Heikel

Ainsi, les personnes souffrant de comorbidité, c’est-à-dire la présence d’une ou plusieurs maladies en plus d’une première maladie chronique, risquent davantage de développer une forme grave du coronavirus.

Comment se propage le virus et quelles précautions prendre ?

«Je suis pour la vigilance, la prévention, l’éducation à la santé et le relai d’informations grâce aux médias, mais contre la psychose. Or le virus le plus dangereux, c’est bien celui de la fausse information. Sa contagiosité est beaucoup plus importante», avise Jaafar Heikel. Mercredi à Rome, un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe s’est d’ailleurs voulu rassurant : à titre de comparaison, la grippe saisonnière fait 60 000 morts par an en Europe.

Le nouveau coronavirus, baptisé Covid-19, est un virus respiratoire qui se propage principalement par contact avec une personne infectée par le biais de gouttelettes respiratoires produites lorsqu’une personne tousse ou éternue, par exemple, ou par des gouttelettes de salive ou des sécrétions nasales, rappelle l’OMS dans une liste de questions-réponses concernant le coronavirus. «Il est important que chacun observe de bonnes règles d’hygiène respiratoire. Se couvrir la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement, et jeter le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée. Il est également très important de se laver les mains régulièrement avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon», préconise l’agence onusienne.

«Si vous vous nettoyez les mains correctement, le virus meurt. Il n’y a donc plus aucune dangerosité, insiste Jaafar Heikel. Le virus est facilement détruit si on utilise les bons désinfectants que sont le savon et les solutions hydroalcooliques. Dans plusieurs maladies infectieuses, le premier élément de traitement, c’est d’abord le lavage des mains car ce sont elles qui sont porteuses du virus, à travers les surfaces que nous touchons.» Le ministère de la Santé a également publié sur sa page Facebook des recommandations d'hygiène pour enrayer la propagation du coronavirus.

L’OMS indique pour l’instant ne pas savoir combien de temps le Covid-19 survit sur les surfaces, «bien que des informations préliminaires indiquent qu’il pourrait survivre quelques heures». Un nettoyage des surfaces à l’eau de Javel suffit à éliminer le risque, précise Jaafar Heikel.

Le port du masque peu utile

Halte enfin à celles et ceux qui seraient tentés de faire un stock de masques : le port d’un masque médical peut effectivement contribuer à limiter la propagation du virus, mais il ne suffit pas à lui seul à empêcher les infections, indique également l’OMS. «Le port du masque ne sert à rien si vous ne vous nettoyez pas les mains : si vous vous touchez le visage avec des mains non lavées, le risque de contamination augmente considérablement», prévient Jaafar Heikel.

Le masque est préconisé seulement chez les personnes qui présentent les symptômes de l’infection au coronavirus (fièvre, toux, essoufflement et difficultés respiratoires) ou qui s’occupent d’une personne présumée infectée par le coronavirus. «Les masques classiques de type I ou II protègent à 95%, mais seulement dans le cas où les mesures d’hygiène accompagnatrices existent», insiste l’épidémiologiste.

Dans le cas où le Maroc rejoindrait la liste des pays touchés par le coronavirus, Jaafar Heikel recommande de se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou au savon «toutes les heures», insistant sur le fait que les règles d’hygiène de base «doivent s’imposer dans tous les cas». Il informe également, sur les conditions climatiques de transmission du virus, que ce dernier est plus susceptible de se développer dans des climats froids et secs.

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