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Culture Publié

«Kilikis, La cité des hiboux» d’Azelarab Alaoui, un «reflet» de la prison Tazmamart

Réalisateur marocain intéressé à faire la lumière sur les questions politiques et sociales ainsi que sur ceux qui sont maltraités par la société, Azelarab Alaoui a sorti en septembre 2019 son dernier «Kilikis, la cité des hiboux». Une courageuse exploration cinématographique d'une période douloureuse de l'histoire marocaine qui met au défi ceux qui voudraient enterrer la vérité.

Temps de lecture: 3'
Le réalisateur marocain Azelarab Alaoui. / DR

Azelarab Alaoui a réalisé qu'il avait une passion pour le cinéma au lycée, après avoir terminé son premier court-métrage sur l'immigration rurale au Maroc. Il a commencé à faire des films en 2003 après avoir obtenu son diplôme de l'Institut du cinéma et de la télévision au Canada. Tout au long de sa carrière, il a réalisé à la fois des documentaires et des fictions. Il revient auprès de Yabiladi sur son récent travail, «Kilikis, la cité des hiboux».  

Où avez-vous trouvé l'inspiration pour le film et pourquoi Kilikis est-elle appelée la cité des hiboux ?

Le film est basé sur mon enfance. Mais certaines parties de l'histoire sont fictives. Par exemple, l'histoire d'amour entre Hassan et Wafa n'est pas réelle. En réalité, il y avait une Américaine, l'épouse d'un gardien de Tazmamart, qui avait reçu une lettre de son mari. Elle avait transmis le message à une ONG qui avait révélé la vérité sur le centre de détention secret. J'en ai fait une histoire d'amour pour la rendre plus dramatique.

Kilikis s'inspire également du précédent documentaire que j'ai réalisé, «In their prisons». Je m'inspire toujours des documentaires que j'ai déjà réalisés pour compléter mes fictions. Quand je veux faire un film narratif, je travaille d'abord sur le documentaire. Cela me fournit de la documentation.

Quand au nom, je ne voulais pas appeler le film «Tazmamart» parce que je ne voulais pas qu'il soit confondu avec mon film documentaire. Les hiboux, en général, symbolisent beaucoup de choses dans de nombreux pays et dans de nombreuses cultures. Dans le monde occidental, les hiboux sont un signe de sagesse, alors que dans le monde arabe, ils expriment tout ce qui est négatif, de la colère et de la tristesse.

Lors de l'écriture du scénario, avez-vous rencontré d'anciens détenus de la prison de Tazmamart ?

J'ai basé le scénario sur des souvenirs de mon enfance, des informations générales sur le centre de détention et des livres que j'ai lus sur la psychologie entre gardiens et détenus. Je ne voulais pas être influencé par l'expérience des prisonniers. D'anciens détenus de Tazmamart ont raconté ce qui s'était passé à l'intérieur. C’était délibéré de ne pas filmer l'intérieur, car le film est le reflet de ce qui s'est passé à l'extérieur.

Quelle a été la principale difficulté que vous avez rencontrée lors de la réalisation du film ?

Le film reflète la phase de l'histoire marocaine appelée «années de plomb» durant laquelle des violations des droits de l'homme ont été constatées. Je n'ai pas pu obtenir de sponsors car les gens ont peur de discuter de ce sujet. Les entreprises qui aident les cinéastes ne voulaient pas m'aider car la question est toujours épouvantable au Maroc, et elles ne voulaient pas s'associer au film. Ce cernier a été réalisé grâce au financement du Centre cinématographique marocain (CCM) et grâce à mon propre argent.

Pourquoi avoir choisi de présenter le film en avant-première au Festival national du film de Tanger ?

Ce n'était pas mon choix. Je pense que c'était une erreur. Le film aurait pu aller au Festival de Venise. Pourtant, le CCM a insisté pour qu'il soit présenté en avant-première à ce festival. De ce fait, Kilikis n'était plus admissible à la première à Venise.

Depuis sa sortie, quelle a été la réaction du film au Maroc et à l'étranger ? Etiez-vous nerveux de sortir le film au Maroc, compte tenu de son sujet ?

Les anciens détenus de Tazmamart ne l'ont pas apprécié et ont déclaré qu’il aurait dû mettre les prisonniers sous les feux des projecteurs. Donc, au début, le film n'a pas reçu de réactions positives au Maroc. Mais il a reçu des critiques favorables à l'étranger, et les gens l'ont ensuite accepté et apprécié au Maroc.

Bien sûr, j'avais peur parce que je savais que le film pouvait être interdit à tout moment. De plus, je n'avais pas assez d'argent pour terminer le film. Je n'ai même pas pu amener les habitants des lieux de tournage à donner des bouteilles d'eau pour les acteurs et l'équipe.

Selon vous, quel est l'obstacle le plus important pour les cinéastes au Maroc ?

Au Maroc, il n'y a pas de véritable production cinématographique. Il faut plus de quatre ans pour terminer un film. Vous n'avez pas de producteurs au Maroc qui sont prêts à donner de l'argent parce qu'ils ne s'attendent pas à un profit. Pour un financement adéquat, vous devez pouvoir trouver un coproducteur à l'étranger.

Je pense que lorsque vous et votre travail avez une importance en dehors du Maroc, alors vous pouvez en avoir ici. Lorsque les critiques internationaux admettent que vous avez raison, que vous êtes puissant, que votre travail est précieux, alors les gens d'ici vous respecteront.

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