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Environnement Publié

Maroc : Ouirgane, une région aux potentialités économiques sous-exploitées

Sur les flancs du Haut-Atlas, à quelques kilomètres de Marrakech et d’Asni, se niche la commune rurale de Ouirgane. Véritable mine d’or naturelle par la richesse de ses espaces forestiers et de ses ressources en eau, le village ne profite cependant pas du potentiel touristique.

Temps de lecture: 3'
Vue depuis les hauteurs de la région de Ouirgane / Ph. Ghita Zine (Yabiladi)
Le barrage de Ouirgane, mitoyen au village, alimente Lalla Tekerkoust et tout Marrakech en eau potable / Ph. Ghita Zine (Yabiladi)
Vue depuis la Kasbah de Ouirgane / Ph. Ghita Zine (Yabiladi)
A Ouirgane comme dans les vilages voisins, les constructions en pisées se font de plus en plus rares, laissant place au béton et au ciment. Alors constructions ancestrales, les maisons en terre relèvent désormais du monument / Ph. Ghita Zine (Yabiladi)
A quelques mètres de Ouirgane, le circuit de sports de naturels en hauteur permet de découvrir des paysages époustouflants / Ph. Ghita Zine (Yabiladi)

Connues pour attirer les randonneurs amateurs ou expérimentés du monde entier, les hauteurs avoisinantes de Marrakech ne profitent pas toujours des retombées économiques de l’image qui est vendue d’elles. Des villages entiers vivent de l’activité touristique rurale, certes, mais ce n’est pas le cas d’autres, comme Ouirgane.

A une soixantaine de kilomètres au sud de Marrakech, la carte postale de hauteurs vertes à perte de vue cache en effet le difficile quotidien des villageois qui luttent contre les effets de la sécheresse et de l'enclavement.  Difficile dans ces conditions de ne pas voir les jeunes préférer l'exode plutôt que de rester dans leur terre natale. 

Pour autant la résistance s'organise avec un tissu associatif local proposant des initiatives de développement social et culturel solidaire. En effet, «c’est le tissu de la société civile qui créera l’alternative», affirment confiants plusieurs membres des associations Afak et Ridah.

Le tourisme rural, un capital non-exploité à Ouirgane

Parmi les associations locales à Ouirgane, beaucoup investissent dans l’éducation des enfants et des jeunes, notamment avec un projet d’établissement d’apprentissage de langues étrangères. L’idée part d’une vision à long terme, puisque les habitants de la région sont convaincus que l’avenir de leurs enfants, s’ils restent sur place, sera dans le tourisme et le commerce coopératif.

Journaliste, écrivain et désormais gérant de l’un des établissements touristiques du village, Jaouad Mdidech nous explique en effet que «cela ouvrira de nouveau horizons aux jeunes locaux, au lieu de les voir partir en réaction aux horizons fermés». Depuis deux ans, l’ancien détenu des «années de plomb» a en effet investi les lieux, avec l’objectif de redonner vie à la Kasbah de Ouirgane, maison d’hôte délaissées qu’il a désormais reprise, aidé par le propriétaire des lieux.

A termes, les deux hommes ambitionnent d’en faire un véritable catalyseur des dynamiques solidaires locales, en capitalisant notamment sur l’éducation et la sensibilisation à la protection de l’environnement. Inscrite dans une vision de développement social local, la Kasbah organise d’ailleurs des circuits de randonnées dans les hauteurs avoisinantes, ce qui contribue également à dynamiser l’activité de guides des petits villages aux alentours. Entre propriétés forestières et barrage d’eau, Ouirgane est en effet le lieu idéal pour les activités de sport de nature.

Par ailleurs, les femmes à Ouirgane proposent à leur manière une alternative économique, en capitalisant sur la transmission des savoir-faire ancestraux, entre tapisserie, broderie et cuisine traditionnelle. En centralisant ces activités dans son local, la coopérative Tamounte a réussi le pari. Elle a créé une source de revenus stables au jeunes femmes intégrées en son sein, aux mères, aux veuves et aux femmes divorcées.

Une alternative économique locale, contre vents et marrées

«Depuis la mise en place du barrage à eau qui nous est mitoyen, les expropriations ajoutées aux années de sécheresse ont fait partir beaucoup de familles, mais nous nous sommes convaincues qu’une solution est toujours possible et nous avons donc créé cette coopérative, qui permet désormais à plusieurs femmes de vivre dignement», affirme Najat, présidente de l’association coopérative Tamounte.

Celle-ci se félicite d’ailleurs d’avoir réussi à mettre en place un crèche bénéficiant aux enfants du village. Unique en son genre à Ouirgane, l’établissement est entièrement équipé pour permettre aux petits en bas âge de s’épanouir dans un cadre éducatif et de développer leurs capacités.

Toujours est-il que le village se confronte à nombre de défis, notamment environnementaux. La problématique de la gestion des déchets affectent même la nature, et l’accessibilité à l’eau potable est un vrai frein au tourisme tout en étant un handicap pour les villageois. «La gestion est déléguée aux associations sans que les autorités locales allouent les moyens nécessaires à cet effet», nous expliquent les responsables des associations Afak et Ridah.

Pourtant, non loin du village, le barrage Yacoub El Mansour, construit en 2004, alimente Lalla Takerkoust et Marrakech en eau. Les villageois ne comprennent pas pourquoi cette eau coule dans les robinets des grandes villes, sans profiter à la population de Ouirgane, qui doit la puiser via les puits avant de la traiter. Difficile dans ces conditions de parler de tourisme éco-responsable quand l’Etat fait peu ou pratiquement rien, pour les villages censés accueillir le tourisme rural. 

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