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Terrorisme Publié

Espagne : Les djihadistes marocains sont légion, selon un think tank espagnol

Trois chercheurs ont défini caractéristiques sociales des djihadistes condamnés par la justice espagnole ou tués entre 2004 et 2018, et les processus de radicalisation par lesquels ils sont passés.

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Un hommage aux victimes du double attentat perpétré à Barcelone et Cambrils les 17 et 18 août 2017 avait été rendu à Barcelone. / Ph. Pascal Guyot – AFP

L’hypothèse selon laquelle les djihadistes se radicalisent sur les réseaux sociaux et par l’intermédiaire de contenus violents diffusés sur internet, tombe en disgrâce. D’après une étude du Real Instituto Elcano, think tank espagnol spécialisé dans les politiques publiques et les relations internationales, 70% des processus de radicalisation se mettent en place au contact d’une figure prosélyte, notamment une personnalité religieuse ou une personne déjà radicalisée proche de l’entourage familial ou amical.

Relayée par le journal El País, l’étude décrit les caractéristiques sociales des djihadistes condamnés par la justice espagnole ou décédés entre 2004 (date des attentats de Madrid, le 11 mars) et 2018 et les processus de radicalisation par lesquels ils sont passés, sur la même période. Ainsi, neuf djihadistes sur 10 condamnés ou décédés entre 2004 et 2018 en Espagne étaient des hommes. «Cette prédominance des hommes parmi les djihadistes obéit, d’une part, à des normes génériques de comportements liés au sexe (dans le sens du genre, ndlr) intériorisées par ces personnes dans leur environnement social ou familial qui (…) trouvent leur origine au Maroc et dans d’autres pays à majorité musulmane», soulignent les auteurs de l’étude, les chercheurs Fernando Reinares, Carola García-Calvo et Álvaro Vicente. 

Le rapport précise que dans l’ensemble, 65% des djihadistes étaient des étrangers résidant légalement, pour la majorité, sur le territoire espagnol. La nationalité marocaine est la plus fréquente, représentant 40,2% de la totalité des djihadistes condamnés ou décédés en Espagne entre 2004 et 2018. Les Espagnols représentaient 33,2% du total, contre 8,9% d’Algériens et 7% de Pakistanais. Le reste se compose d’individus issus de 16 nationalités différentes.

Un phénomène qui ne vient pas que de l’extérieur du pays

Les données relatives à la nationalité et au pays de naissance traduisent, d’une part, le degré de participation des individus d’origine algérienne, pakistanaise ou syrienne à l’introduction et au développement du djihadisme mondial en Espagne, poursuit le document : «D’autre part, [les données] montrent également l’évolution récente de ce phénomène [en Espagne], avec la configuration de deux grandes composantes. La première est la composante étrangère, qui réunit les deux tiers des djihadistes condamnés et assassinés de 2004 à 2018 en fonction de leur nationalité et les trois quarts selon le pays de naissance, constituant une composante principalement marocaine.»

La seconde est la composante autochtone ou espagnole. «Le fait qu’un quart de ces mêmes djihadistes soit né en Espagne qu’une troisième partie ait la nationalité espagnole révèle que nous ne sommes pas face à un phénomène qui vient exclusivement de l’extérieur [du pays]», nuancent toutefois les chercheurs.

Quant aux processus de radicalisation, les auteurs du rapport expliquent que les djihadistes condamnés ou tués en Espagne entre 2004 et 2018 ont entamé un processus de radicalisation violent «qui les a conduit à un type d’implication dans des activités liées au terrorisme, à certains stades de leur cycle de vie respectifs situés entre l’adolescence et les stades intermédiaires de la vie adulte, soit une fourchette d’années qui dépasse ce qui est souvent associé à la jeunesse et à la violence des jeunes».

Pour l’immense majorité d’entre eux, le processus de radicalisation djihadiste a commencé à un âge compris entre 15 et 35 ans. Des données cohérentes par rapport à l’âge qu’avaient les trois quarts des sujets de cette étude lors de leur arrestation ou de leur mort, variant entre 18 et 38 ans.

Les auteurs relèvent enfin que le processus de radicalisation s’est produit tant en Espagne que dans un autre pays, même si une minorité a adopté l’idéologie du salafisme djihadiste exclusivement dans d’autres pays. Ces dernières années, l’Espagne s’est ainsi peu à peu imposée comme un terreau de radicalisation djihadiste.

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