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Société Publié

Maroc : «Yonti», un projet interculturel pour l’intégration des mineurs migrants [Interview]

Depuis une semaine, l’association Kirikou pour l’accompagnement des mineurs migrants subsahariens et marocains a appelé à un don de 1,5 MDH pour l’appui au projet «Yonti», axé sur la formation, l’accompagnement des jeunes et des mères, ainsi que l’action humanitaire. Son président fondateur, Mountaga Diop, nous éclaire sur l’intérêt de ce travail.

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Mountaga Diop, président fondateur de l’association Kirikou Maroc / Ph. Kirikou Maroc

Votre association a lancé un appel au don d’un million et demi et dirhams. A quelles actions ce budget est alloué ?

Cet appel concerne un grand projet que nous menons dans la région de Casablanca pour l’accompagnement de 20 mineurs isolés sur trois volets : la formation, le logement et l’humanitaire, avec un premier partenaire incontournable qu’est le SAMU social. Celui-ci nous aide sur le volet humanitaire (visites médicales, hébergements urgents), avec plusieurs bénévoles spécialistes dans la protection de l’enfance, de même que l’Entraide nationale à Casablanca et Handicap international.

Il s’agit de loger les mineurs pendant la durée du projet qui est de 13 mois, avec l’appui de structures privées de formation professionnelle à Casablanca qui vont les former en programmation et informatique, mécanique et menuiserie. Dans ce sens, nous sommes déjà en partenariat avec Eurelec et d’autres établissements pour accueillir les vingt mineurs.

Nous accompagnerons aussi plus de 20 femmes migrantes régularisées pour une formation en couture, informatique, coiffure ou d’aide-soignante, couronnée par un diplôme au bout d’un an. Elles bénéficieront d’une orientation professionnelle pour le renforcement des capacités et des compétences avec l’aide des cabinets spécialisés, en plus d’une bourse de soutien. Chacune des mères qui suit cette formation inscrit son enfant à la crèche.

Pour les enfants, nous en avons donc ciblé une vingtaine, scolarisés dans des crèches interculturelles de 2 à 5 ans. Ce sont des établissements de concept, c’est-à-dire que Kirikou inscrit ces enfants dans des crèches privées accueillant des Marocains, et Kirikou prend en charge tous les frais nécessaires (mensualité, transport, goûter…). Dans chacune de ces crèches, Kirikou recrute et intègre une monitrice subsaharienne, c’est pourquoi le budget est important.

Vous agissez auprès des mamans régularisées. Qu’en est-il de celles qui ne le sont pas, surtout si elles prennent en charge seules leurs enfants ?

Nous les formons également, en plus de leur assurer un accompagnement juridique pour avoir la possibilité d’être régularisées, et en tout cas même les sans-papiers ne sont pas inquiétées par la loi. Au-delà des femmes ayant leur diplôme dans la coiffure ou la couture, d’autres sont orientées dans des services de maison où elles peuvent travailler comme nounous ou femmes de ménage. Pour celles qui ont également un petit commerce, nous les accompagnons afin qu’elles puissent l’intégrer au tissu économique formel.

En quoi consistent les projets que vous menez actuellement à Casablanca ?

Casablanca est pour nous une ville pilote, où Kirikou s’est installée en 2017-2018, mais nous sommes basés à Rabat depuis 2015, année de la création de l’association. Nous avons été les premiers à avoir créé le concept de crèche interculturelle au Maroc, c’est-à-dire inscrire des enfants migrants dans des crèches mixtes où ils côtoient leurs amis marocains, avec des monitrices marocaines et subsahariennes. Dans ce sens, nous avons bénéficié en 2015 à Rabat d’un appui de la crèche Maha, entre 2015 et 2016 des crèches partenaires de l’Entraide nationale, ainsi que celles de l’Union nationale des femmes du Maroc (UNFM), entre 2017 et 2018.

Depuis, nous avons réussi à intégrer 60 enfants migrants à Rabat. Par ailleurs, plus de dix mineurs non accompagnés ont pu être réintégrés à la société marocaine. Aussi, nous avons identifié plus de 40 mineurs à Rabat qui ont bénéficié des services sociaux et juridiques de Kirikou. A Rabat également, une quarantaine de femmes à Rabat ont été orientées dans des secteurs professionnels. Au sein de la dernière promotion, baptisée Simone Veil, huit ont été diplômées en illustration.

Comment gérez-vous la situation de celles et ceux qui ne veulent pas revenir dans leurs pays ?

Ceux à qui nous conseillons un retour sont principalement les mineurs, partant du principe que leur place est aux côtés de leurs mamans, afin de leur éviter de tomber dans les mailles de la traite des personnes ou de différents types d’exploitation. Evidemment, une frustration peut se ressentir, mais nous tentons de les mettre dans un cadre adéquat, parce que l’idée est globalement pensée dans une dimension continentale. C’est de la jeunesse africaine qu’il s’agit et nous ne voulons plus qu’elle prenne les routes de la mort.

Nous expliquons à ces mineurs que leur retour n’est pas un échec, que le Maroc est prêt à leur proposer une formation de qualité, une protection, un accompagnement juridique et un logement au cours de leur processus de développement, afin qu’ils puissent se rendre utiles pour leurs familles et leurs pays. A Rabat, nous avons pu faire repartir cinq mineurs après une formation et ils ont réussi à se réintégrer auprès de leurs familles. Nous avons par ailleurs des bénéficiaires de l’association Kirikou que nous avons ensuite pu recruter comme éducateurs.

Quels projets allez-vous de mener à l’avenir ?

Le premier projet est Yonti, qui signifie en peule (langue employée en Afrique de l’Ouest, ndlr) «le moment», dont le but est de former ces jeunes. Sa particularité est de faire en sorte que ceux qui ont bénéficié de nos formations puissent rentrer dans leur pays d’origine. Nous faisons aussi en sorte que ceux qui n’ont pas été régularisés puissent avoir une formation courte ou longue dans le cadre d’une aide de retour au pays.

Les autres projets que nous ambitionnons de mettre en place à Casablanca sont ceux des crèches interculturelles, qui deviendront celles de Kirikou, car jusque-là nous nous sommes orientés vers des établissements partenaires. Maintenant, nous mettons en place des écoles de l’association, mais qui gardent ce concept d’accueillir enfants subsahariens et marocains, de même que des monitrices subsahariennes et marocaines.

Vous axez vos projets sur les mêmes volets, dans la région du nord ?

Dans le nord, les premiers projets que nous allons lancer touchent les plus vulnérables et concernent la scolarisation des enfants. Ainsi, nous ambitionnons d’ouvrir des bureaux à Nador et à Tanger, principalement pour développer des crèches bénéficiant aux familles vivant dans ces villes, en plus d’Oujda. Les projets entre Casablanca et Rabat seront plus axés sur l’intégration des migrants régularisés, et le développement des compétences des mineurs pour un projet de vie où ils retournent dans leurs pays, diplôme à la main, conformément aux procédures juridiques effectuées avec l’Organisation internationale de la migration (OIM).

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