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Archive Histoire Publié Le 05/01/2017 à 15h00

4 au 7 janvier 1961 : La Conférence de Casablanca, prélude à la création de l’OUA

L’Union africaine, d’abord Organisation de l’unité africaine, est officiellement née un 25 mai 1963 avec l’adoption d’une charte à l’initiative de l’Éthiopie. Mais l’organisation panafricaine, que le royaume souhaite aujourd'hui réintégrer, serait le fruit de plusieurs initiatives entreprises bien avant cette date. Du 4 et 7 janvier 1961, feu le roi Mohammed V réunissait déjà quelques pays africains pour ce même rêve continental.

Conférence de Casablanca en 1961 : le roi Mohammed V entouré (de gauche à droite) par Kwame Nkrumah, président du Ghana, Sékou Touré président de la Guinée, le prince Moulay Abdallah tout à droite, ainsi que Modibo Keïta président du Mali. /Archives - Jeu

A la fin de ce mois de janvier, l’Union africaine tiendra à Addis-Abeba son 28e sommet des chefs d'État. Une rencontre où la réadmission du Maroc au sein de l’organisation panafricaine est l’un des dossiers phares qui seront au menu. Le royaume avait, en effet, annoncé le 17 juillet 2016 son intention de récupérer le fauteuil qu’il avait quitté le 12 novembre 1984. Une demande qui émane de la volonté du Maroc de retrouver «sa place naturelle».

Mais bien qu’il ne siégeait pas au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), baptisée par la suite «Union africaine» (UA), le Maroc ne s’est jamais désengagé de ses responsabilités vis-à-vis de son continent. Sa contribution ne date, d’ailleurs, pas d’aujourd’hui puisque bien avant le 25 mai 1963, date de l’adoption de la charte créant l’OUA à l’initiative de l’Éthiopie, le Maroc avait ce rêve d’une «Afrique unie». Ce rêve, le royaume l’avait baptisé «Charte de Casablanca», qui constitue l’un des préludes à la création du noyau de l’UA. Entre le 4 et le 7 janvier 1961, le pays dirigé à l’époque par feu le roi Mohammed V organisait à Casablanca un mini-sommet d’Etats africains. Une rencontre à laquelle assistent des représentants de 7 nations. Il s’agit notamment de Kwame Nkrumah du Ghana, Modibo Keita du Mali, Amadou Sékou Touré de Guinée-Conakry, Jamal Abdel Nasser d’Egypte, Ferhat Abbas du gouvernement provisoire de la république algérienne et d’Abdelkader Allam qui représentait le roi libyen Idris Ier.

Une année avant cette rencontre, Mohammed V recevait en août 1960 Patrice Emery Lumumba, le leader nationaliste congolais. Son pays venait à peine d’arracher l’indépendance à la Belgique (30 juin 1960). Une occasion pour le souverain marocain de rassurer sur ses intentions de soutenir jusqu’au bout ses frères africains. Les déclarations tenues par Mohammed V avaient irrité à l’époque plusieurs pays occidentaux alors même que le continent africain était encore sous l’emprise coloniale:

«Le Maroc est à vos côtés et met à votre disposition les enseignements de son expérience, ainsi que ses moyens d’action diplomatiques, militaires et techniques pour vous aider à vaincre vos difficultés actuelles. Vous êtes du côté du droit et de la justice qui finissent toujours par triompher.»

Mohammed V et Patrice Emery Lumumba, en août 1960 à Rabat. / Ph. L'Afrique Adulte

Unité africaine, le rêve inachevé de Mohammed V

Un an et quelques mois après cette rencontre donc, feu Mohammed V présidait à Casablanca la conférence, manquée par Patrice Emery Lumumba qui se retrouvait dès septembre 1960 sous les verrous et qui devrait se pencher sur la situation du continent. «À l’époque le continent africain avait déjà franchi de grandes étapes sur le chemin de sa libération. La décolonisation amorcée souvent dans de regrettables convulsions se continuait péniblement, et partout l’on voyait des tentatives de maintenir, face à la vague de libération, les privilèges et les positions acquises par des subterfuges et des moyens détournés.» C’est ce qu’écrivait Ahmed Balafrej, ancien ministre des Affaires étrangères, dans un article intitulé «Le Maroc au seuil de l’indépendance économique», paru dans Le Monde Diplomatique.

Le conseilleur personnel du feu roi Hassan II reprend, par ailleurs, les objectifs de la Charte : «la liquidation du régime colonial, l’élimination de la ségrégation raciale, l’évacuation des forces étrangères de l’Afrique, l’opposition à toutes les ingérences étrangères, à toutes les expériences nucléaires et l’action pour l’unité africaine, la consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique et dans le monde». «La politique basée sur ces objectifs n’est dirigée contre aucun État, aucun continent, de même qu’elle exclut tout sentiment d’hostilité ou idée de discrimination», avait dit le souverain dans son discours d’ouverture de la conférence de Casablanca.

Feu le roi Mohammed V recevant des leaders africains à l'aéroport de Casablanca. /DR

La conférence prévoyait la création de plusieurs comités se penchant à la fois sur des questions miliaires, économiques et même culturelles. Mais avec le décès, le 26 février 1961, du roi Mohammed V, le souverain aurait consacré ses derniers jours à une contribution qui n’avait pas abouti. Quelques mois plus tard, la situation politique au sein de la République démocratique du Congo réussit à diviser les Etats africains. Entre le 8 et le 12 mai de la même année, des pays comme le Libéria, le Sénégal, le Cameroun et le Nigéria réunis dans la capitale libérienne, procèdent à la création du groupe dit «de Monrovia». «L’année 1962 restera, en Afrique, marquée par la disparition des groupes des groupements continentaux politiques qui s’étaient constitués les années précédentes. Cette disparition a été le fruit d’une assez soudaine prise de conscience de la vanité et, à la limite, du danger que présentaient pour l’Afrique ces antagonismes», estimait François Borella dans son article «Le régionalisme africain et l'Organisation de l'Unité Africaine».

Sans s’étaler sur la rivalité entre le groupe de Casablanca et celui de Monrovia et les origines de ce dernier, l’histoire retiendra que les deux factions ainsi que d’autres groupes régionaux africains ont fusionné en 1963 pour finalement former une organisation continentale unie.

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