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Economie Publié

L’olive marocaine : Une denrée précieuse en mal de transformation

L’oléiculture participe à hauteur de 5% du PIB agricole marocain, un taux qui pourrait être supérieur si les réformes entamées dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV) englobaient tous les vecteurs de la filière. Alors que les résultats de la production de la dernière saison oléicole semblent sur la bonne voie, les exportations de l’huile d’olive sont particulièrement loin du compte.

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"Ce sont les espagnols qui profitent de cette situation en important les olives marocaines mais en les traitant de manière plus optimisée"/ DR

«J’appelle à une reconnaissance de l'olivier comme vecteur de développement durable et de lutte contre les changements climatiques», a lancé le secrétaire général du Conseil oléicole internationale (COI), Fransisco Serafini mardi 20 décembre, en marge du 5e forum international de l’Agro-pôle Olivier à Meknès.

L’olivier est effectivement un investissement durable et florissant au Maroc. L’arbre dont l'âge atteint des siècles réussit à merveille au Maroc où le climat et le sol sont exemplaires à son rendement biennal. L'Oléiculture marocaine est constituée à 96% de la variété «Picholine marocaine», une variété à double fin, huile et conserve, d'une richesse normale en huile.

Un tiers des objectifs de la production atteint

En 2008, le Plan Maroc Vert fixait des objectifs ambitieux pour la filière oléicole qui devrait produire 330 000 tonnes d’huile d’olive et 320 000 autres d’olives de table, grâce à la plantation de 1,2 million d’hectares d’oliviers à l’horizon de 2020.

Les récoltes de la dernière saison 2015/2016 ont atteint 130 000 tonnes d’huile d’olive et 120 000 tonnes d’olives de table, selon le Conseil Oléicole International (COI). Ces résultats représentent le tiers de l’objectif à atteindre dans les quatre prochaines années.

Le PMV reste ambitieux. Encore faut-il trouver les moyens pour atteindre ses objectifs, puisque le défi reste de multiplier par trois la production annuelle des olives. Taib Aisse, expert financier et économiste explique à Yabiladi les enjeux de cette production : «L’olivier est un arbre qui a besoin de sept ans pour récolter ses premiers fruits alors que d’autres variétés de l’arbre sont plus précoces et ne nécessitent que quatre ans. Maximiser les plantations aidera à atteindre les objectifs du Maroc.» Et notre interlocuteurs reste optimiste, puisqu’il affirme que «nous avons tous les atouts, des terres fertiles qu’il faut aménager et irriguer pour cette culture en surfaces importantes.»

La superficie annuellement plantée en oliviers au cours des six dernières campagnes agricoles est de 33 100 ha en moyenne. En 2014, le royaume disposait déjà de 947 000 ha d’oliviers. Une avancée de taille en considération de l’objectif du PMV.

Taib Aisse ajoute : «L’Espagne est un exemple à suivre en oléiculture, d’abord pour la proximité, la similitude du climat et la pluviométrie, surtout dans ses régions du sud. Des centaines de milliers d’hectares de montagnes, de collines et de plaines sont couvertes d’oliviers, le Maroc peut faire pareil avec la région du nord et les terres entre Casablanca et Marrakech qui sont encore sous-exploitées.»Selon lui, «il y a des expériences qui commencent à sortir du lot, mais c’est encore insuffisant. Les opérations agricoles doivent être effectuées de manière scientifique et méthodologique pour atteindre ces objectifs qu’on pourrait même dépasser».

La transformation, ce talon d’Achille

Avec des résultats assez satisfaisants en matière de production, les exportations après la cueillette ne suivent pas le même tracé de l’évolution. Entre 2015 et 2016, le COI révèle que 16 500 tonnes d’huile d’olive seulement ont été exportées selon les dernières statistiques datant de novembre 2016. La visée de 120 000 tonnes en 2020 semble encore loin de portée. Les olives de tables ont été, pour leur part, mieux écoulées avec 85 000 tonnes, alors que l’objectif du PMV prévoit 150 000 tonnes par an.

Pour comprendre ce retard, l’économiste renvoie à la pauvreté de l’industrie agro-alimentaire qui traite l’olivier. «Nous avons beaucoup de moulins d’huile traditionnels dont l’œuvre est souvent néfaste pour l’olivier et dont résulte une huile de très mauvaise qualité, néfaste aussi pour la santé. L’acidité de l’huile lampante marocaine atteint 15% à 20% alors qu’elle ne devrait pas dépasser le taux réduit de 3% selon les normes internationales», nous déclare-t-il.

Afin d’éviter la production de cette huile impropre à la consommation à cause des procédés du traitement, l’expert propose la mise en place d’unités industrielles de qualité afin d'égaler les standards internationaux. Et de Taib Aisse d’estimer que «c’est un investissement que le Maroc doit entreprendre pour améliorer la production de l’olive». «A l’inverse, ce sont les espagnols qui profitent de cette situation en important les olives marocaines mais en les traitant de manière plus optimisée, ce qui fait d’eux les premiers producteurs mondiaux de cette denrée en quantité et en qualité», conclut-il.

Article modifié le 23.12.2016 à 12h34

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