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Société Publié

Débats : Clichy-sous-Bois, l’éternel retour

Analyser les événements de Clichy-sous-Bois sans le poids de l’Histoire c’est les dépouiller de leur consistance, les inclure hâtivement dans des conclusions souvent dénuées de sens.
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L’image de jeunes qui se révoltent, qui brûlent des voitures, qui saccagent le bien public, qui mettent mal à l’aise le fonctionnement d’une République dérangent… On pourrait continuer dans la dissertation, dans le commentaire des événements, en recourant à des imaginaires et à des variations sémantiques qui mobilisent, sans cesse, les médias ainsi que les opinions publiques.

Par ailleurs, il y des enjeux, des intérêts et des «objectifs » qui font qu’on doit réagir, adopter une attitude, souvent réactionnelle, mais jamais structurelle et surtout constructive.

Malheureusement, nous assistons à l’éternel retour des choses. Limiter un malaise à une équation « policière », à une « tolérance zéro » c’est adopter l’équivalence et la réplication en termes de réponse.

L’enjeu électoral prime dans certaines configurations et surtout dans celles que nous vivons actuellement. L’insécurité, la crise économique, le malaise social en tant que remontées de sondages « données du marché », prédisposent à une certaine fonction politique qu’on appelle la réactivité et l’occupation du terrain.

Dans la réalité, ce n’est que pur « marketing politique ». On répond aux attentes électorales, on agit pour rassurer, pour administrer un « placebo » et on renvoie à plus tard un problème qui ne finit de se complexifier, et de devenir un phénomène redondant.

Qu’est ce qui fait que ces banlieues s’embrasent à répétition? Qu’elles soient un lieu de prédilection de la culture de la violence, de la délinquance et de l’insécurité? Il y a bien des raisons, autres que celles qui puisent dans la démagogie et dans la « binarité politique » qui veut qu’on soit «sympathisant » ou outré.

Y répondre par des raccourcis est une facilité, un mode de réponse « mécaniste » qui se réfugie derrière la suprématie des lois, ou le prétendu confort matériel apporté par des subventions et d’autres formes d’aides relevant de l’assistanat.

Mettre en avant des « arguments raccourcis » ne fait qu’accentuer le malaise et creuser les sillons de l’incompréhension. A une révolte on envoie un car de CRS! Nous ne sommes plus dans une logique de dialogue mais de provocation et de confrontation.

Les jeunes qui se rebellent dans nos cités sont issus de parcours caractérisés par l’exclusion et différentes formes de marginalisation: professionnelles, sociales, culturelles…

Leurs marqueurs générationnels sont la frustration et la discrimination qui n’ont cessé à ce jour, pour en faire des individus de-structurés, sans repères et sans horizons au sein d’une République fondée, pourtant, sur les principes de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité.

Exclus, prisonniers de clichés socioculturels et issus d’un système qui ne les implique pas en tant que citoyens, à part entier, est un fait qui exige une mobilisation audacieuse, une politique du terrain, de l’accompagnement et un dialogue actif et durable.

Un travail structurel fondé sur le principe de l’implication, de la fermeté et de l’adhésion de ces jeunes dans tous les secteurs de la vie, au quotidien, est nécessaire.

Leur légitimation et leur responsabilisation passeront par la prise en compte de leurs malaises, de leurs aspirations et de leurs attentes. Par l’édification d’un projet global de l’insertion à travers l’emploi, le développement de l’esprit de l’entreprenariat et de l’entraide fondé sur le respect et l’engagement mutuel.

Ainsi on consolide les bases d’une République Française généreuse, ouverte, forte de ses différences et de toutes ses composantes sociales.

Docteur Mounir FERRAM
Enseignant et chercheur universitaire


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