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Environnement Publié Le 04/07/2013 à 18h30

Espèces protégées au Maroc : Alternative aux « spectacles moyenâgeux » de Jemaâ El Fna

Un nombre non négligeable d’espèces animales au Maroc ont disparu ces dernières décennies (addax, oryx algazelle, gazelle dama, guépard, autruche à cou rouge, etc.). D’autres ont vu leurs effectifs baisser dramatiquement et sont à terme menacées de disparition : panthère, serval, caracal, hyène rayée... Parmi elles, plusieurs espèces de serpents, au premier rang desquelles le cobra d'Afrique du Nord qui, à l’instar de nombreuses autres espèces animales, sont menacées par l’extension des activités humaines caractérisées par la destruction croissante de nombreux écosystèmes.

Là où leurs habitats demeurent encore relativement intacts, les serpents sont victimes de destruction directe par les bergers et par les habitants, et ce sans distinction aucune. La plupart du temps, il n’est pas tenu compte du fait que sur les 25 espèces que compte le pays, seules 8 sont potentiellement dangereuses et aucune d’entre elles n’attaque les hommes. C’est même tout le contraire.

Théodore Monod, dans son mémorable «Méharées», écrivait avec une ironie percutante, à propos des serpents qu'il pouvait parfois rencontrer dans les régions sahariennes : «Couleuvres, inoffensives et blondes, vipères [...]. Mais de grâce, n'oubliez pas d'ajouter "à cornes", c'est tellement plus terrifiant pour votre public, car il s'imagine que ce diabolique appendice, arme supplémentaire, ajoute encore à la nocivité du reptile. [...] Les vipères sahariennes, qui sont des cérastes, ont [...] plus peur de nous que nous d'elles, ce qui n'est pas peu dire.»

Il n’est pas tenu compte, non plus, du fait que plusieurs espèces sont rarissimes ou que leur répartition au Maroc est très limitée. Les serpents sont, en effet, tant les victimes de la peur de la nature que des forts préjugés sévissant à leur égard et de la prétention arbitraire et «pré-écologique» de décider quelles espèces peuvent vivre et quelques espèces doivent mourir…

Les Aïssaoua

Les Aïssaoua, quant à eux, sont les principaux responsables de la raréfaction de la sous-espèce marocaine du cobra d’Egypte ou cobra d’Afrique du Nord, Naja haje legionis, et de cette remarquable relique tropicale (d’affinités subsahariennes) qu’est la vipère heurtante, Bitis arietans. Ils sont également responsables de la raréfaction de la sous-espèce récemment décrite par la science de la couleuvre de Montpellier, Malpolon monspessulanus saharatlanticus. Un serpent remarquable à plus d’un titre que l’on retrouve jusque dans le sud de la France, dont les mâles peuvent atteindre l’âge respectable de 25 ans et dont observations et études en cours tendent à démontrer que les représentants de cette espèce ont un comportement social plus complexe qu’on ne l’imaginait…

Les Aïssaoua, en effet, détruisent par captures les dernières populations viables des espèces mentionnées dans les quelques sanctuaires devenus aujourd’hui bien rares.

Pour combien de temps encore ?

L’activité de capture des serpents à des fins de commercialisation par les Aïssaoua représente, combinée aux spectacles d'un autre temps (grands consommateurs de vies ophidiennes) qui sévissent à Marrakech, mais aussi dans d'autres villes, notamment dans les grands hôtels, un des facteurs principaux d’appauvrissement écologique durable des derniers sanctuaires abritant les espèces remarquables mentionnées, laquelle provoque un déséquilibre entraînant toute une série de dommages écologiques collatéraux : tendance, par exemple, au déséquilibre des populations de mammifères régulés par les serpents et à la raréfaction des espèces, dont les serpents constituent une part importante de leur alimentation. On peut penser notamment au Circaète Jean- le-Blanc. Il en résulte des milieux largement stériles et morts, des terres désenchantées, parce que vidées de leurs habitants faunistiques légitimes.

A l’autre bout de la chaîne, les montreurs de serpents de Marrakech et d’ailleurs, assimilés à tort aux Aïssaoua. Ici nulle écologie, nulle morale, nulle transmission d’un savoir, mais un spectacle douteux à tous égards, indigne des temps actuels caractérisés par la sixième extinction des espèces et d’une ville de la qualité de Marrakech ! «À Marrakech, la Place Jemaa-El-Fna doit une partie de sa renommée aux traditionnels spectacles de "charmeurs de serpents". Ces spectacles sont reproduits dans de nombreuses autres places et hôtels du Maroc. La perpétration de ces douteuses pratiques moyenâgeuses induit la maltraitance des cobras, des vipères heurtantes, des couleuvres de Montpellier et autres serpents, lesquels sont remplacés par d’autres victimes ophidiennes après quelques mois ou semaines, car tous voués à une mort programmée. Cette consommation parasitaire de la biodiversité entraîne aussi bien de trop nombreuses captures qu’un maintien dans des boîtes infectes (sans eau, sans nourriture et au mépris de toute hygiène) et un trafic dans des conditions abominables provoquant une grande mortalité des serpents détenus».

Lutter contre ces spectacles d’un autre âge

Afin de lutter contre ce processus destructeur et ces spectacles hérités d’un autre âge*, nous proposons une série de mesures susceptibles de les freiner, puis de les stopper. Concernant les Aïssaoua (et assimilés), lesquels vivent de la capture des serpents, je propose qu’ils soient amenés à adopter des activités nouvelles qui pourraient, par ailleurs, leur offrir des revenus durables et substantiellement supérieurs à ceux qu’ils perçoivent actuellement. Ainsi, pourrait-on envisager de constituer un fonds d'indemnisation qui leur garantisse un revenu à vie, à condition de s'abstenir de commercialiser les serpents. Ils pourraient parallèlement se reconvertir en éco-guides qui montreraient les serpents dans la nature à des éco-touristes et ainsi partager leur savoir indéniable…

Quant aux montreurs de serpents de Marrakech et d'ailleurs, je propose qu'ils soient aidés à se recycler après une formation adéquate dans des activités aussi bien utiles que bénéficiant d’un prestige enfin mérité. Ces montreurs pourraient  gérer collectivement sous la forme d’une coopérative un vivarium** leur appartenant installé sur la Place Jemaa el Fna comprenant 4 pavillons.

Dans le premier pavillon, ils pourraient présenter quelques espèces de serpents vivants dans des terrariums très bien entretenus respectant leurs besoins vitaux. Dans les pavillons 2 et 3, il pourrait y avoir dans l’un, une exposition permanente de photos des reptiles du Maroc, et dans l’autre une exposition de photos de quelques arachnides (scorpions, araignées...), ainsi qu’une vente de brochures, de cartes postales et d’affiches présentant les serpents du Maroc. Et enfin dans le quatrième pavillon, des exposés pourraient être réalisés par les ex-montreurs («charmeurs»), lesquels présenteraient en différentes langues, selon les compétences des uns et des autres, à des heures indiquées sur une affiche quelques espèces de serpents.

Ils expliqueraient, par exemple, comment différencier une vipère d’une couleuvre, et un cobra d'une couleuvre et d'une vipère. À cette occasion, des manipulations de serpents pourraient être prévues. Dans tous les cas, les serpents venimeux n'auraient pas les crochets arrachés. Une assistance médicale et des sérums adéquats seraient disponibles. Une possibilité serait de s'abstenir de manipuler les serpents venimeux et de se limiter à la manipulation de couleuvres…

Un nouveau concept pour Jemaâ El Fna

Parallèlement à cela, je suggère aux autorités du pays et à celles de Marrakech de favoriser l’émergence d’un nouveau concept pour l’ensemble de la Place Jemaâ el Fna, digne d'un pays moderne, lequel s’inspirerait de ce qui se fait par exemple maintenant à Barcelone***. La place pourrait, par exemple, accueillir des groupes musicaux, des groupes de danse de tout le pays comme des pays voisins (Mauritanie, Sénégal, Mali, etc.).

Dans tous les cas, il s'agit d'abolir les spectacles de serpents, comme tous les spectacles animaux basés sur la maltraitance animale et le pillage de la biodiversité. Il faut en finir aussi avec la vente d’animaux vivants ou morts dans le souk de Marrakech, comme dans tous les autres souks et autre lieux visités par des touristes ou non. Les «herboristes», par exemple, lesquels vendent pour les besoins en sorcellerie des animaux morts ou vivants. Parmi ces animaux, des espèces très menacées et condamnées à la disparition à brève échéance si rien n’est entrepris.

* Les spectacles des prétendus "charmeurs" sont interdits en Inde depuis déjà 1972.

** Ce vivarium pourrait reposer soit sur une structure stable soit sur une structure démontable...

*** Rappelons qu’à Barcelone, capitale de la Catalogne (Espagne), il existait dans un passé récent sur la Place del Pi des spectacles d’animaux où l’on présentait des singes magots. Si en Espagne où malgré l’opposition de beaucoup d'Espagnols, les corridas demeurent une honte pour l’Europe, les Catalans ont ainsi montré qu’il y a des traditions qui peuvent être avantageusement jetées aux poubelles de l’histoire...


Visiter le site de l'auteur: http://www.michel-aymerich.com/

1 commentaire
Bonne initiative
Auteur : amo33
Date : le 04 juillet 2013 à 22h31
Voila ce que j'appelle du bon boulot qui tombe à pic. plus aucun prétexte de ne pas mettre tout ça en application. ghir ila mabghaouch inodo ykhedmou. les diplomés chomeurs seront jaloux des charmeurs. :p