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Interview

Najat Vallaud-Belkacem : La mobilisation a payé, mais le danger du RN n’est pas écarté [Interview]

Au lendemain des élections législatives anticipées en France, la surprise ayant mené le NFP en tête et recalé le RN à la troisième place souffle comme un vent de soulagement. Pour autant, des personnalités politiques mettent en garde sur le danger de lextrême droite toujours aussi présent. Ancienne ministre de l’Education nationale sous les couleurs du Parti socialiste (PS), Najat Vallaud-Belkacem affirme auprès de Yabiladi que la mobilisation de la gauche et des citoyens ne doit pas fléchir.

Publié
Najat Vallaud-Belkacem / Ph. Kenzo Tribouillard - AFP
Temps de lecture: 6'

Dans le contexte électoral actuel, vous vous êtes exprimée à plusieurs reprises. Dans l’une de vos récentes tribunes, vous avez appelé à «défaire dans les urnes ceux qui nous mettent une cible dans le dos». Peut-on dire que c’est la mobilisation qui a payé ?

Cette mobilisation citoyenne a été considérable. Le contexte était très particulier, par rapport à d’autres élections, avec un sentiment de sidération provoqué par la dissolution soudaine de l’Assemblée nationale, au lendemain d’un scrutin européen avec un score élevé pour le Rassemblement national. Pendant des jours a été annoncé le même type de score pour l’extrême droite aux législatives. Alors soudain, quelque chose qui jusque-là semblait  théorique -la possibilité pour l’extrême droite d’accéder au pouvoir- est devenu réellement tangible.

Tout cela a entraîné effectivement une intense mobilisation de la société, mais qui n’aurait pas été possible si le Nouveau front populaire (NFP) n’avait pas existé. Ce dernier a donné à la société civile un canal dans lequel s’exprimer, éclore, porter une alternative… C’est toujours compliqué de se contenter de dire aux gens de voter contre. Il faut réussir à leur montrer qu’une autre voie est possible. C’est ce qui a été réalisé. 

Cette mobilisation a-t-elle été de circonstance –à savoir l’urgence d’empêcher le Rassemblement national d’être en tête des votes–, ou est-elle plutôt ancrée dans ce que l’on peut appeler une sociologie du vote ?

Je pense qu’il faut être extrêmement prudent. Si la configuration que nous avons connue (un RN aussi proche du pouvoir) devait se reproduire, dans les mois ou les années à venir, je ne suis pas certaine que le barrage républicain se ferait avec cette force-là. On voit bien que ce qui a alimenté ce barrage, ce sont notamment deux choses.

Rassemblement du NFP après le second tour des élections législatives, le 7 juillet 2024 / Source : Jean-Luc Mélenchon/XRassemblement du NFP après le second tour des élections législatives, le 7 juillet 2024 / Source : Jean-Luc Mélenchon/X

C’est d’abord le volontarisme à gauche, qui, dans tous les cas de triangulaires a décidé très vite de se désister pour éviter la victoire du RN, et a fait pression sur les autres familles politiques républicaines pour qu’elles en fassent autant. Ce qui s’est passé –je l’ai suivi de très près– c’est qu’autour du NFP se sont agrégés des politiques, des personnalités, des acteurs de la société civile, qui ont pesé de toutes leurs forces en appelant tous ceux qu’ils connaissent, y compris au sein des autres partis, pour convaincre et que le désistement devienne la règle. Si on avait laissé chacun improviser, nous n’aurions vraiment pas eu les résultats que nous voyons au second tour.

Ensuite, du côté du Rassemblement national, deux choses qui ont foncièrement «desservi» l’extrême droite : le fait de faire la clarté sur leurs projets à l’égard des binationaux. Soudain, derrière le visage lisse et soi-disant bienveillant que ce parti s’était forgé, ces dernières années, des millions de personnes ont compris ce qui les attendait très personnellement.

Puis, la faiblesse de nombre de leurs candidats. Pendant les deux tours, la plupart ont refusé de faire les débats organisés dans leurs circonscriptions, non pas par principe, mais parce qu’ils savaient qu’ils n’étaient pas à la hauteur. Quand quelques-uns d’entre eux l’ont fait, en étant relayés par les médias, ils sont apparus d’une extraordinaire faiblesse, impréparation, absence de projet de société, quand ils n’étaient pas tout simplement des repris de justice ou des gens qui posaient avec des casquettes nazies… Je pense que c’est ce qui a affaibli le RN, dans la dernière ligne droite.

Jordan Bardella et Marine Le Pen (RN), le 3 mars 2024 à Marseille / Ph. Alain Robert - SIPAJordan Bardella et Marine Le Pen (RN), le 3 mars 2024 à Marseille / Ph. Alain Robert - SIPA

Ces deux conditions qui ont permis ce barrage républicain et ce reflux du RN ne seront pas forcément réunies à l’avenir. S’il n’y a pas une gauche unie pour se battre comme une damnée contre lui, et si les candidats RN sont mieux formés à l’avenir, l’extrême droite peut passer. Le danger n’est pas encore écarté.

Quelle lecture peut-on faire des résultats de ces législatives, sachant justement qu’une majorité absolue n’a pas été dégagée et que malgré sa troisième position, le RN a enregistré une nette avancée en dépassant les 100 élus à l’Assemblée nationale ?

Cela nous dit que politiquement, la France est aujourd’hui très éclatée. En prenant la carte du pays, on voit la différence frappante entre les votes dans les zones urbaines et rurales. Cela doit évidemment nous interroger sur le sentiment de déconsidération, d’abandon, sur la faiblesse des services publics, la désindustrialisation dans ces territoires-là…

Au-delà, il ressort de ce vote une tripolarisation de la vie politique française. Elle semble durablement installée et c’est quelque chose de problématique en soi. Je pense que c’est en revenant à la bipolarisation qu’on arrivera à contenir le poids du RN. C’est en ayant un choix clair entre la gauche et la droite, avec une alternance entre les familles politiques républicaines, c’est-à-dire le contraire de ce qu’a finalement instauré le président Emmanuel Macron ces dernières année, en vidant de leur substance les alternances républicaines pour leur préférer comme seul adversaire le chaos, ce qui lui permet de dire «c’est moi ou le chaos».

En amont de ce second tour, avez-vous noté une mobilisation dans les quartiers, qui aurait contribué à faire le poids en faveur du NFP ?

Je pense qu’en effet, il s’est passé quelque chose d’impressionnant dans beaucoup de territoires, pas seulement dans les quartiers. Il est rare d’avoir des organisations syndicales, des ONG, des associations caritatives et le monde de la culture qui se mobilisent tous comme ils l’ont fait, aux côtés des citoyens.

Manifestations contre l'extrême droite après l'annonce des résultats du premier tour de l'élection législative en France, le 30 juin 2024 / Source : Manuel Bompard/XManifestations contre l'extrême droite après l'annonce des résultats du premier tour de l'élection législative en France, le 30 juin 2024 / Source : Manuel Bompard/X

De son côté, l’extrême droite avait le soutien puissant des «entrepreneurs de la haine» et des campagnes idéologiques qu’ils relaient dans certains médias, pour faire de l’étranger le bouc-émissaire permanent.

Pour autant, je pense toujours que la France est le pays des lumières et non de l’obscurité. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que les Français puissent assister, de façon apathique, à l’accession du RN au pouvoir.

Si divergence de chiffres il y a, comment peut-on analyser le gap entre la participation des électeurs issus de l’immigration aux élections européennes et au scrutin législatif en France ?

Il est difficile d’analyser ce vote, car les chiffres n’existent pas, à ma connaissance. J’ai globalement l’impression que contrairement à une espèce de fantasme chez certains observateurs de la vie politique, il n’y a pas de vote dit «communautaire». Le fait d’être issu de l’immigration, d’origine étrangère, d’une culture ou d’une autre, ne conditionne pas nécessairement le vote des électeurs pour un parti ou pour un autre.

Il existe bien d’autres caractéristiques qui façonnent le citoyen votant, en fonction du territoire où il vit, selon la manière dont les politiques publiques autour de lui rendent la vie plus ou moins agréable. Le facteur de l’âge est également un indicateur déterminant, entre plusieurs autres éléments.

Jean-Luc Mélenchon, le 7 juillet 2024 / Ph. Sameer Al-Doumy - AFPJean-Luc Mélenchon, le 7 juillet 2024 / Ph. Sameer Al-Doumy - AFP

Il me semble donc qu’il ne faut pas surdéterminer le poids des origines dans le choix des citoyens de voter. Ceci étant dit, on le sait, tous ceux qui ont un rapport avec l’étranger ont vécu douloureusement les attaques sur la binationalité. Elles ont été injustes, gratuites, stigmatisantes en jetant un soupçon de déloyauté sur des millions de citoyens français.

Ceci a fait apparaître au grand jour le véritable visage de l’extrême droite, mue avant tout par la haine de l’autre et par une forme de jalousie devant la réussite de personnes d’origine étrangère qui par leur parcours contredisent la vision unilatéralement dénigrante qu’ils ont de ces gens nés ailleurs.

De votre expérience politique et associative, pensez-vous aujourd’hui que face aux polémiques clivantes, l’intégration devient de plus en plus une illusion ?

Quoi que l’on fasse, il existera toujours des personnes qui considèreront que nous –personnes d’origines étrangères– ne sommes pas à notre place. Il y aura des gens qui penseront que nous serions par nature illégitimes, déloyaux… Il faut le savoir pour voir où l’on met les pieds. Cela ne doit pas pour autant nous empêcher d’avancer. Et il ne faut pas hésiter à en parler, pour réaliser que c’est bien un phénomène collectif et non pas lié à nos faiblesses.

Assemblée nationale française / DR.Assemblée nationale française / DR.

L’analogie que je fais souvent avec cette forme de racisme est le sexisme ordinaire, notamment dans le monde du travail et de l’entreprise, où les femmes se retrouvent régulièrement disqualifiées, déconsidérées, visées par des remarques désobligeantes… Si elles gardent ces expériences pour elles et qu’elles les intériorisent, cela va nuire à leur estime de soi et elles seront plus enclines à penser que ce qui leur arrive est de leur faute, car elles n’auraient pas été à la hauteur.

Mais quand les femmes se parlent et partagent leurs expériences, elles se rendent compte du caractère universel de ce sexisme et sont plus fortes pour dire non. Et c’est ainsi que les choses changent, car on réalise que ce sont des faits sociétaux contre lesquels il faut agir. C’est pareil avec le racisme et quoique désagréables à entendre, les thèses du RN à ce sujet doivent être dévoilées au grand jour. C’est ainsi qu’on se rend capable de les combattre. J’ose espérer que nous n’oublierons rien de cela.

re.Vooriden
Date : le 10 juillet 2024 à 00h24
C’est la constitution qui le permet Donc on peut bien s’y attendre
Citation
Chêneclair à écrit:
ça craint, il ya de la magouille dans l'air. Par exemple : tentative de rapprochement entre Les "Républicains" et les macronistes. Va-t-on nous la mettre à l'envers. Il faut croire que les hyper riches sont en panique; les sionistes ne veulent surtout pas de LFI... Ils vont arriver à écoeurer les français d'aller voter dans le futur.
Chêneclair
Date : le 09 juillet 2024 à 20h27
ça craint, il ya de la magouille dans l'air. Par exemple : tentative de rapprochement entre Les "Républicains" et les macronistes. Va-t-on nous la mettre à l'envers. Il faut croire que les hyper riches sont en panique; les sionistes ne veulent surtout pas de LFI... Ils vont arriver à écoeurer les français d'aller voter dans le futur.
samir134 سمير
Date : le 09 juillet 2024 à 19h27
J’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé d’artiste équivalent en france, à part peut être Dieudo. Nous, comme « clown », on a Palmade, le « palmipède », qu’il faut sauver à tout prix. Ceci étant dit, l’humour n’est accessible qu’aux personnes capables d’avoir un certain recul sur les faits et, donc, de percevoir et comprendre au-delà du premier degré. Cela ne peut donc concerner que les personnes déjà plus ou moins conscientes de la manipulation dont elles sont victimes. Et cela demande forcément un certain niveau intellectuel, ou de maturité intellectuelle forgée sur l’habitude. J’ai connu, dans le temps, des personnes, françaises, qui prenaient les blagues de Coluche au premier degré et qui, par conséquent, le détestaient, sans jamais rien comprendre au fond du problème. La perception et la compréhension du subtil ne sont absolument pas des réalités partagées et universelles. Cela existe même sur RI, ce qui fait que, lorsque je poste quelque chose ici, j’essaie d’être le plus clair et exhaustif possible, comme si je m’adressais à un enfant. Les enfants, dans leur innocence, ne savent pas discerner l’ironie, càd ce qui se cache derrière les apparences.
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mousse111 à écrit:
des clown comme lui y en a par millions
mousse111
Date : le 09 juillet 2024 à 17h01
des clown comme lui y en a par millions
Citation
samir134 à écrit:
un peu d’humour, beaucoup d’humour va etre nécessaire pour aider les Français à ne pas devenir fous ! https://youtu.be/gsPTWqB36dk
samir134 سمير
Date : le 09 juillet 2024 à 16h56
un peu d’humour, beaucoup d’humour va etre nécessaire pour aider les Français à ne pas devenir fous ! https://youtu.be/gsPTWqB36dk
mousse111
Date : le 09 juillet 2024 à 16h28
on a l impression que tout le monde cherche son strapontin LFI a abandonne 100 circonscriptions pour le reste de la gauche puis tout les candidats en 3em position meme bien place LFI se sont désistee maintenant tous les chacals hollande gluksman arrive au triple galot et selon certaines sources on a meme vu el blanco toujours a la recherche d un os a ronger roder dans les parage sans LFI ils auraint fait 6 sieges et celui qu on montre du doigt c est la merluche bon c est vrai qu un mec qui défend les palestiniens ca pose un gros problème et qui veut en plus appliquer un programme de gauche aider les pauvres et puis quoi encore taxer le riches on passe sur les traitres autin ruffin corbiere guarrido etc.... qui pour autin et ruffins e sont t fait élire sur la liste LFI avant de tourner leur vestes et les corrbiere jouent les étonné de s etre faits virer il faut dire que toute cette clique n a pas bouge le petit doigt quand LFI se faisait lyncher because palestine d ailleurs aucun d eux n a siéger a l assemblée pendant toutes cette periode image a l appuie clementine autain a siéger une seule fois alors que tout ses collègues se levaient parlaient criaient se demenaient elle est reste assise sans bouger sans meme applaudir comme c est de coutume quand un collegue prend la parole ruffin corbiere autin guarrido..... en fait ne soutenaient pas le parti pris pro palestiniens ils l on fait savoir soit en ne siégeant pas ou en se taisant afin de montrer patte blanche socialistes... traitres... communistes... écolos doivent prendre garde es prochaines elections sont dans un an et s ils trahissent c est fini chacun ira aux election de son cote ca sera LFI contre fachos on verra bien combien ils feront de voix
Dernière modification le 10/07/2024 00:24
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