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Grand Angle

Diaspo #237 : Naoufal Hamdani, un médecin qui a choisi de rester en Ukraine pour aider les civils

Le psychiatre maroco-ukrainien Naoufal Hamdani, qui réside à Zaporijia dans le centre-sud de l’Ukraine, a préféré ne pas quitter la ville, plongée dans la guerre depuis le 24 février dernier, après les bombardements russes. Il s’emploie à aider les étrangers et les locaux pour rallier la frontière ouest et fuire les frappes.

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Naoufal Hamdani
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Naoufal Hamdani a terminé ses études secondaires dans la ville d’Oujda dont il est originaire, avant de décider au début des années 1990 d’émigrer à l’étranger pour achever son cycle universitaire. Il se rend en France par la volonté de sa mère, qui a souhaité qu’il fasse des études en biologie. Mais après six mois d’études, il a réalisé que cette filière n’était pas sa vocation. Il décide alors de bifurquer vers des études en médecine, avec le choix de partir au Sénégal, en Turquie ou en Ukraine. Il opte pour cette dernière, où il réside et étudie à Zaporijia. Aujourd’hui binational, il est désormais médecin psychiatre.

De la médecine à la politique

Le Maroco-ukrainien a confié à Yabiladi avoir décidé de s’installer en Ukraine pour plusieurs raisons, notamment familiales. Parce qu’il a souhaité être un citoyen actif, il a été parmi les participants à la «révolution de Maïdan» de 2014 contre le président Viktor Ianoukovitch, alors pro-russe.

L’année d’après, il participe aux élections locales sous la bannière du Parti de la solidarité – plus tard Solidarité européenne, mais il échoue. Il prend part ensuite aux élections régionales à Zaporijia, pour être choisi en 2016 à la tête du Conseil des minorités nationales, qui relève de l’administration territoriale de sa région.

«Le Conseil des minorités nationales de la région de Zaporijia travaille au développement des cultures des différents groupes ethniques et mène des activités visant à renforcer la fraternité et la paix entre les peuples, à renforcer l’indépendance culturelle de chaque communauté au sein de la société. Les tâches principales sont de préserver l’unité de la nation ukrainienne, l’intégrité territoriale de l’État, pour parvenir à la paix et lutter contre la propagation de l’extrémisme et de la haine ethnique.»

Naoufal Hamdani

Il a expliqué qu’«à Zaporijia vivent de nombreuses minorités et nationalités. Comme dans toute l’Ukraine, ce sont des Ukrainiens, mais leurs origines sont différentes, entre Bulgares, Arméniens, Polonais et autres. Leur nombre atteint 130 nationalités… La région de Zaporijia est russophone, mais il n’y a pas de discrimination, comme cela est souvent véhiculé. Nous parlons russe quotidiennement, sauf lorsqu’on s’adresse aux fonctionnaires de l’État qui sont contraints par le gouvernement de traiter en ukrainien».

Naoufal Hamdani tient à «organiser des séminaires, des célébrations, des expositions et d’autres activités culturelles» et à «se coordonner pour préserver les langues des nationalités en les enseignant dans les écoles publiques et les universités». Dans le cadre de son travail, Naoufal assiste les étudiants étrangers, notamment dans le domaine de la protection de leur culture et de la communication avec leur pays.

Le médecin a aussi participé à la création d’un certain nombre d’associations ukrainiennes, y compris des associations culturelles à caractère national arabe, telles que la Fondation communautaire arabe et le Centre arabe. En 2017, il a fait partie de la délégation ukrainienne participant aux consultations sur la suppression des visas avec l’Union européenne.

En plus de son travail de médecin, il est diplômé depuis 2014 de l’Institut de journalisme et des médias de l’Université classique de Zaporijia. Aujourd’hui, il est membre de l’Association internationale des journalistes et écrivains. Il publie des articles sur des sites Internet traitant du sujet de la culture arabe à Zaporijia en particulier et en Ukraine en général. Avant le début de la guerre, il venait de terminer ses études en administration et gestion.

Naoufal, qui dirige le Centre arabe, enseigne également la langue à ceux qui s’y intéressent, les initie à la culture et à l’Histoire des arabes, pour laquelle il nous confirme l’intérêt grandissant dans le pays.

Un guerre «soudaine»

Depuis le 24 février, l’Ukraine vit sous l’impact de l'attaque russe. Selon les données des Nations unies, plus de quatre millions d’Ukrainiens ont fui leur pays depuis le début de la guerre. Mais Naoufal a fait partie de ceux ayant décidé de rester et de prêter main forte à ceux qui veulent fuir vers les pays européens à l’ouest.

«La guerre nous a pris de court», nous déclare-t-il. «Jusqu’au 23 février, nous étions convaincus qu’il n’y aurait pas de guerre, et nous avons pu rassurer les familles des étudiants qui nous contactaient, mais malheureusement la guerre a éclaté et une crise majeure a commencé avec ça», confie-t-il.

«J’ai préféré rester pour deux raisons. La première est que je suis chargé d’évacuer des étudiants, des femmes et des enfants vers la frontière occidentale de l’Ukraine ; nous avons évacué près de 100 000 personnes. La seconde est que je suis un citoyen ukrainien. Par ma présence ici, je rends service à ce pays qui m’a donné le droit à l’éducation, le droit de vivre, le droit au travail et à l’action politique. Mes enfants ont grandi en Ukraine et nous espérons que la crise se terminera, pour qu’on puisse reprendre une vie normale.»

Naoufal Hamdani

Concernant les Marocains vivant en Ukraine, Naoufal a déclaré que «les résidents permanents parmi eux sont faibles en nombre», contrairement aux étudiants, «dont la plupart sont repartis». «L’Ukraine n’a pas connu une immigration marocaine, en raison de son éloignement et aussi pour son économie qui n’est pas comparable aux autres pays européens», explique-t-il. Selon lui, «la plupart des Marocains qui vivent ici ont préféré s’installer dans les grandes villes comme Kharkiv, Kiev et Lviv. Ils sont souvent enseignants ou médecins».

Concernant la situation actuelle à Zaporijia, Hamdani décrit : «Pendant le Ramadan, comme les autres jours, nous vivons sous des sirènes ou dans des abris sous-terrains, par peur des bombes, même si notre ville est moins touchée par la guerre que d’autres régions, comme le Donbass.» Il a souligné que 70% de Zaporijia est occupé par la présence russe, mais que «la ville est toujours sous contrôle ukrainien».

Naoufal s'est parfaitement intégré à la société ukrainienne tout en maintenant des liens forts avec la communauté marocaine et plus largement musulmane. «Le ramadan a sa propre ambiance malgré la guerre. En tant que musulmans, nous essayons de maintenir le contact entre nous, bien sûr sans organiser de prières de groupe. Ici, à Zaporijia, vivent environ 100 000 musulmans, dont la plupart sont des Tatars de Crimée.»

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