Théâtre à Rabat : Une comédie sur l'aventure Tanger-Bruxelles de trois Marocains

3 amis se lancent dans la folle équipée de l'émigration dans les années 60. Le théâtre Mohamed V de Rabat acueillera le 10 mai, à 20h, pour la première fois au Maroc et en partenariat avec Yabiladi.com, la comédie «La vie, c’est comme un arbre»  de Mohamed Allouchi et Rachid Hirchi. Hilarant.

«La vie c’est comme un arbre, il y a les branches, il y a le tronc, il y a les racines. Et les racines, tu vois, ça s’arrose. Qu’est ce que tu bois !?» Fable sociale burlesque «La vie, c’est comme un arbre» est une pièce de Mohamed Allouchi et Rachid Hirchi. La première représentation marocaine aura lieu au théâtre Mohamed V de Rabat, le jeudi 10 mai, à 20h, en partenariat avec Yabiladi.com La pièce du jeune collectif «Les voyageurs sans bagages» raconte l’histoire de trois amis qui décident d’émigrer en Belgique, depuis Tanger, dans les années 60: Azouz, l’intellectuel romantique, Abdelhak, l’idiot aux allures de Buster Keaton, et Hamid, le beau gosse. Au cours de leurs péripéties, ils rencontreront une vingtaine de personnages colorés, figures belges et marocaines.

«C’est l’histoire de nos pères, nous en avons fait une sorte d’hommage à ceux qui sont partis au nom d’un avenir meilleur», explique Rachid Hirchi, co-auteur et belgo-marocain. Le cadre historique, l’accord entre le roi Baudoin et Hassan II délivrant aux Marocains des permis de travail, n’est que brièvement rappelé de façon explicite en début et au milieu de la pièce. La pièce porte toutefois cette réalité tout au long du récit, par des références que le public pourra saisir ou non en fonction de ses connaissances.

Comédie musicale

Dans un esprit très «comédie musicale», un passage de la pièce voit les acteurs danser et chanter en cœur «à 4 F de l’heure !» pour évoquer leurs conditions de travail. «Un soir, une femme âgée est venue me voir après le spectacle, elle m’a dit «Merci ! moi, j’ai connu ça, les «4 francs de l’heure» ! Merci !» Elle m’a jeté ça, et elle est partie immédiatement, sans attendre la réponse», se souvient, encore ému, Rachid Hirchi.

Les auteurs de la pièce n’ont pas voulu, pour autant, culpabiliser le pays d’accueil, ni verser dans le pathos si souvent exploité sur cette thématique. «Ce n’est pas un spectacle de repentance», insiste Rachid Hirchi. L’objectif est d’abord de faire rire et de faire que le public s’attache à ces trois personnages. En Belgique sur les différentes scènes où ont eu lieu les 30 représentations, «le public est varié, il y a des Maghrébins, des Belgo-belges, des personnes de toutes les classes sociales, beaucoup de gens, aussi qui nous disent qu’ils ne viennent jamais au théâtre habituellement. Tous ces gens sont réunis par le rire», estime Rachid Hirchi ; mais de quoi rient-ils exactement puisque les personnages sont caricaturés ?

Burlesque

«Bien sûr nous avons utilisé quelques clichés, mais nous avons toujours essayé de les prendre à contre pied», commence l’auteur. Par exemple, l’un des personnages est celui de la mère méditerranéenne qui martyrise son fils, «mais nous n’en sommes pas restés là, à un moment on suspend le cours du récit, mon personnage apparait seul, et il analyse, à la façon freudienne, les différentes étapes de la colère de la mère, avec humour, mais aussi pour ne pas se cantonner au stéréotype et offrir un peu de densité à la pièce», raconte Rachid.

La densité s’obtient également par le jeu très «théâtral» des acteurs qui s'exerce dans une mise en scène très dépouillée. De grands gestes, des cris, des baffes, des danses voire des chansons, il y a de la vie sur scène. «Mon personnage, [Abdellahak, l’idiot aux éclairs de lucidité] donne beaucoup d’oxygène dans la pièce, car il est très visuel. Il lui suffit de quelques gestes pour exprimer quelque chose», explique Mohamed Ouachen, belgo-marocain.

Un mélange qui aurait pu tomber à plat, mais «nous sommes «solde out» tous les soirs»», précise, très fier, Rachid Hirchi. Le 10 mai, au théâtre Mohamed V, le public marocain fera-t-il mentir la jeune équipe des «voyageurs sans bagages» ?

Extraits de «La vie, c’est comme un arbre»

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