Tribune : Violentes séquestrations contre une femme élue à Essaouira

Un procès s'est ouvert le Lundi 23 février 2009, au Tribunal d'Essaouira. suite à une plainte déposée par Asma CHAABI, 1ere Élue femme au Maroc à la tête d'un conseil municipal de la ville d'Essaouira. L'objet de la plainte est l'agression et la séquestration de cette femme par des élus de l'opposition...Ce jugement oppose donc la Présidente du Conseil Municipal d'Essaouira à un groupe d'élus de l'opposition.

Ce différend est une illustration flagrante des conséquences désastreuses de la conception rétrograde qui subsiste, malheureusement, encore chez certains représentants de l'autorité de tutelle au Maroc, d'une part par leur interprétation très étroite de la bonne gouvernance et du partage du pouvoir entre autorité publique et autorité élue, et d'autre part par leur hostilité à tout élargissement du rôle de la femme dans la gestion des affaires publiques.
 
En effet, Essaouira connaît depuis les dernières élections communales une expérience pionnière dans l'histoire de la démocratie locale, par l'élection de la première femme marocaine à la présidence d'une commune urbaine. Cette première a été saluée par la quasi-totalité de l'opinion publique et les institutions politiques qui y ont vu une consécration des vœux annoncés par la plus haute autorité du Royaume pour une implication de plus en plus importante de la femme dans la vie politique et plus particulièrement dans la gestion des affaires locales.  

Dans la pratique, cette expérience se heurte encore à l'opposition des dernières poches de résistance de l'ancienne conception du pouvoir, cristallisée par le comportement de certains responsables administratifs hostiles à toute collaboration avec les élus et les représentants de la population.

La Présidente et sa majorité se sont opposés à cette tentative de main mise sur la gestion communale, cela a conduit ce groupe d'élus de l'opposition à en venir à la force pour imposer sa conception de la gouvernance au sein de la commune.

C'est ainsi que le 17 Avril 2008, alors que la Présidente du Conseil était en réunion de travail avec ses proches collaborateurs, un groupe d'élus de l'opposition ont forcé l'entrée du bureau et l'ont violemment séquestré pour l'empêcher de continuer sa réunion...

Le plus étonnant dans cette affaire est que l'autorité publique chargée de l'ordre  n'a pas réagi au moment de l'incident, ce qui oblige Asma CHAABI à assurer sa propre sécurité, celle-ci demande réparation par la justice pour cet acte de violence indigne et hors la loi. 

Le soutien et la solidarité de l'opinion publique et des associations féministes ont été unanimes pour condamner cet acte étranger aux traditions marocaines, et qui illustre le désarroi et la défaillance de cette mentalité qui sévit encore dans certaines parties de l'administration marocaine.

Le cas d'Essaouira, comme ceux d'autres communes, ont été le centre d'un long et riche débat lancé à travers le royaume pour l'amendement et l'amélioration de la charte communale vers une plus grande indépendance et responsabilité de l'autorité élue vis-à-vis des représentants de l'autorité de tutelle, ainsi que pour une plus grande implication des femmes au sein des listes municipales en vue de  garantir une participation plus massive et plus crédible des électeurs au prochain scrutin communal en 2009.
Les délibérations sont attendus le 30 mars 2009, après auditions des inculpés pour séquestration contre la première élue femme à la tête d'un Conseil Municipal au Maroc.
 
A quand une parité au sein des conseils municipaux au Maroc, pour garantir un équilibre et une bonne pratique de la politique locale ?
 
Aida MOUNKAR
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