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Tribune

Le combat des ouvrières agricoles au Maroc et en Espagne face au coronavirus

Dévoiler la réalité précaire des femmes «ninjas» : Confinement impossible et avenir incertain. Cette tribune écrite par Zhour Bouzidi* et Chadia Arab pour Yabiladi, éclaire sur le combat des ouvrières agricoles entrevle Maroc et l'Espagne.

Publié
Ouvrières agricoles dans une exploitation de prunes dans la région d’ElHajeb en 2018 / Ph. Zhour Bouzidi
Temps de lecture: 4'

Si une personne sur 3 a perdu son emploi au Maroc suite à la crise pandémique du coronavirus, les travailleuses et travailleurs du secteur dit «informel» ont été touchés de plein fouet. L’économie marocaine demeure largement dominée par un secteur informel précaire et par la prépondérance des petites entreprises dans le secteur formel. Dans le secteur agricole, elles et ils sont exclus des statistiques du secteur informel bien qu’en majorité elles et ils sont non déclarés et dépourvus des droits sociaux, exception faite d’une minorité travaillant dans quelques exploitations agricoles de grande taille.

Cette catégorie sociale précaire et marginale est pourtant située au centre des systèmes de production agricoles parfois les plus intensifs et les moins respectueux de l’environnement (Arab 2018, Bouzidi, 2018). Cette précarisation est double quand il s’agit des femmes ouvrières, invisibles, inaudibles, les «damnées de la terre» ou encore les femmes ninja comme elles sont qualifiées et se qualifient en référence au voile opaque et épais qui couvre leur visage avec une casquette au-dessus ne laissant entrevoir que leurs yeux et regard vide.

La précarité des femmes ninja

Ce voile est utilisé pour se protéger du soleil, des pesticides mais aussi et surtout du regard  social stigmatisant assimilant ces ouvrières à des femmes de mœurs légères ou des prostituées. Sur les exploitations agricoles, ces femmes sont recrutées pour leur docilité, patience, minutie, et salaire journalier parfois moins élevé que celui de leurs homologues hommes. Ces femmes sont exposées à diverses formes de violences et d’agressions sur les exploitations et à l’insécurité des véhicules qui les transportent entassées à leurs lieux de travail provoquant plusieurs fois des accidents. La maternité célibataire est un phénomène fréquent dans les milieux où se concentre le travail agricole. En revanche, derrière chaque ouvrière, il y a une famille et des personnes à nourrir du salaire journalier maigre et incertain. La crise de la COVID-19 nous interpelle ainsi sur la situation et le devenir de cette catégorie sociale vivant dans une pauvreté extrême.

Ouvrières agricoles / DROuvrières agricoles / DR

Nous avons donc repris contact avec une dizaine de femmes travaillant dans la région de Fès-Meknès au Maroc et à Huelva en Espagne pour s’interroger sur leur situation pendant cette crise. Nos interviews au Maroc ont montré une réduction remarquable de l’offre de l’emploi agricole due à la sécheresse enregistrée cette année et exacerbée par les mesures prises pour lutter contre l’expansion de la pandémie coronavirus. Le mouquef, lieu de rassemblement des ouvrier.e.s en attendant les employeurs, est strictement contrôlé par les gendarmes et les autorités publiques. Les voitures agricoles, surchargées d’habitude, ne doivent pas dépasser 3 à 6 ouvriers.

D’après nos interviews, les ouvrières qui parviennent à décrocher du travail sont celles qui sont insérées dans des réseaux informels d’emploi et qui sont appelées par les caporaux ou les agriculteurs dans le voisinage de leur lieu de résidence. Certains travaux agricoles habituellement payés à 100 dh la journée sont aujourd’hui payés à 70 dh seulement suite à la réduction de l’offre du travail. La plupart des ouvrières vivent des aides accordées aux familles précaires par le fonds de solidarité COVID 19 ou encore par les paniers de nourriture de première nécessité distribués par les moqaddems, les chioukhs et les associations de solidarité. D’autres se sont tournées vers la pluriactivité (vente d’eau de javel, de pain et des galettes durant le Ramadan, etc.). En absence de moyens pour payer le loyer et les charges d’électricité et d’eau, certaines ouvrières ont dû quitter les lieux de travail pour rejoindre leurs familles dans leurs régions d’origine.

Huelva, destination impossible

En outre sur les 16 600 ouvrières sélectionnées pour travailler dans la collecte des fraises à Huelva en Espagne, 7000 seulement ont pu regagner Huelva avant la fermeture des frontières. Ce programme de migration circulaire entre le Maroc et l’Espagne qui existe depuis 2007, nous interroge à plusieurs niveaux : les conditions de migration qui reposent sur le choix discriminant de femmes précaires avec enfants, les conditions de travail et de logement sur place, la liberté de circulation à l’intérieur des coopératives mais aussi entre le Maroc et l’Espagne, l’expulsion abusive de certaines, la non régularisation de leur situation, la couverture sociale inexistante et parfois de santé, l’exploitation au travail, les agressions sexuelles qui malgré les dénonciations perdurent, etc.

Mais malgré toutes ces difficultés, l’annulation inopinée du projet de migration est synonyme d’un rêve frustré d’amélioration des conditions de vie pour des familles vulnérables et pauvres. La situation des 7 000 ouvrières n’est pourtant pas forcément meilleure. Actuellement, elles travaillent, mais sous quelles conditions ? Les serres sont chaudes, la distanciation physique est quasi impossible pendant le travail. Les gestes barrières (masques, gants, distance) sont-ils respectés ? Il nous a été difficile d’avoir une idée claire sur les mesures barrières et les précautions prises pour protéger ces femmes de la contamination par le coronavirus. Certains employeurs distribuent des kits de protection, mais la grande majorité ne font rien. Des articles récents montrent que le harcèlement et les agressions sexuelles qui ont été largement dénoncées l’année dernière continuent à présent. La propagation du virus pourrait être facilitée si rien n’était fait, et faire risquer la vie de ces saisonnières et des autres.

Aussi, au Maroc, ces dames de fraises, pour certaines ont laissé derrière elles des enfants sans tuteur, sans moyens suffisants et exposés au danger de la COVID-19. C’est le cas des enfants de certaines femmes veuves parties à Huelva mais sans avoir aucune garantie sur la date de retour ni sur la possibilité de continuer à travailler, une fois la saison terminée. La question de leur régularisation et de leur statut va aussi se poser, une fois leur contrat terminé.

Si l’aggravation de la précarisation des femmes ouvrières à la suite du coronavirus est inéluctable, les horizons après cette pandémie demeurent fort brouillés. Les femmes attendent impatiemment la fin du confinement pour pouvoir continuer à chercher leur gagne-pain tous les matins dès 3 heures. Pour celles qui devaient partir en Espagne, elles espèrent que la saison des fraises de 2021 soit plus claire et sereine. Ces espérances d’un travail rémunérateur meilleur se fait en l'absence de toutes autres alternatives pour vivre dignement.

*Zhour Bouzidi est enseignante chercheure à l'Université Moulay Ismail (Meknès). 

Bilan Coronavirus dans le monde
178 786 160
Contaminations
3 873 255
Décès
116 804 005
Guérisons
 
Contaminations
Morts
États-Unis
33 554 275
602 092
Inde
29 977 861
389 302
Brésil
17 966 831
502 586
France
5 819 584
110 940
Turquie
5 375 593
49 236
Russie
5 272 328
127 641
Royaume-uni
4 656 536
128 245
Argentine
4 277 395
89 490
Italie
4 253 460
127 291
Colombie
3 968 405
100 582
Espagne
3 764 651
80 689
Allemagne
3 730 619
90 477
Iran
3 105 620
83 101
Pologne
2 878 840
74 829
Mexique
2 478 551
231 244
Ukraine
2 291 722
54 192
Pérou
2 030 611
190 645
Indonésie
2 004 445
54 956
Afrique du sud
1 832 479
58 795
Pays-Bas
1 707 181
18 008
Tchéquie
1 666 082
30 280
Chili
1 522 223
31 645
Canada
1 417 236
26 103
Philippines
1 364 239
23 749
Irak
1 292 700
16 910
Suède
1 084 636
14 574
Roumanie
1 080 282
32 391
Belgique
1 079 640
25 141
Pakistan
949 838
22 034
Portugal
865 806
17 068
Bangladesh
856 304
13 626
Israel
839 990
6 427
Hongrie
807 630
29 959
Japon
786 566
14 408
Jordanie
747 000
9 671
Serbie
715 841
7 004
Suisse
701 994
10 875
Malaisie
701 019
4 477
Autriche
649 670
10 680
Népal
622 640
8 772
Emirats Arabes Unis
613 993
1 763
Liban
543 551
7 825
Maroc
526 737
9 244
Arabie Saoudite
475 403
7 691
Kazakhstan
467 069
3 511
Equateur
446 633
21 304
Bolivie
422 811
16 174
Bulgarie
421 152
18 000
Grèce
418 548
12 559
Biélorussie
411 153
3 053
Paraguay
407 721
11 743
Panama
394 241
6 477
Slovaquie
391 326
12 496
Tunisie
385 428
14 118
Croatie
359 184
8 182
Georgie
359 141
5 175
Uruguay
356 382
5 316
Costa Rica
354 095
4 530
Koweit
340 967
1 877
Azerbaidjan
335 521
4 963
République Dominicaine
317 645
3 758
Gaza
312 811
3 554
Danemark
292 618
2 532
Guatemala
280 854
8 735
Lituanie
278 407
4 367
Egypte
277 797
15 898
Ethiopie
275 318
4 286
Irlande
269 321
4 979
Bahreïn
263 295
1 311
Vénézuela
262 038
2 973
Slovénie
257 001
4 415
Moldavie
256 187
6 173
Honduras
254 194
6 772
Oman
250 572
2 741
Sri Lanka
241 820
2 633
Arménie
224 253
4 499
Thailande
221 306
1 658
Qatar
220 930
583
Bosnie/Herzégovine
204 860
9 643
Libye
191 038
3 178
Kenya
179 293
3 461
Cuba
169 365
1 170
Nigeria
167 292
2 118
Macédonie
155 627
5 477
Corée du sud
151 901
2 006
Birmanie
148 617
3 265
Lettonie
136 850
2 496
Algérie
136 294
3 641
Albanie
132 490
2 454
Estonie
130 818
1 268
Zambie
130 631
1 691
Norvège
129 545
790
Kirghizistan
115 615
1 937
Kosovo
107 247
2 256
Ouzbekistan
106 452
718
Afghanistan
103 902
4 215
Chine
103 571
4 846
Montenegro
100 092
1 605
Mongolia
98 050
459
Ghana
95 059
794
Finlande
94 379
967
Cameroun
80 328
1 313
El Salvador
77 484
2 336
Namibie
75 766
1 179
Chypre
73 710
374
Ouganda
72 679
680
Mozambique
72 577
848
Maldives
72 149
206
Luxembourg
70 535
818
Botswana
65 808
1 069
Singapoure
62 430
35
Jamaique
49 712
1 034
Cote d'Ivoire
48 047
308
Cambodge
43 446
441
Sénégal
42 437
1 158
Zimbabwe
42 195
1 685
Madagascar
42 137
903
Congo (Kinshasa)
37 926
879
Angola
37 748
868
Soudan
36 347
2 737
Malawi
34 914
1 171
Cabo Verde
32 039
283
Rwanda
31 435
388
Trinité-et-Tobago
30 767
747
Malta
30 590
420
Australie
30 366
910
Syrie
25 158
1 848
Gabon
24 864
158
Guinée-Bissau
23 535
168
Mauritanie
20 365
481
Suriname
20 141
467
Guyane
19 144
449
Eswatini
18 831
677
Haiti
17 061
369
Papua New Guinea
17 013
173
Somalie
14 867
775
Mali
14 385
524
Seychelles
14 123
55
Taiwan*
14 080
569
Andorre
13 864
127
Togo
13 731
128
Vietnam
13 530
69
Burkina Faso
13 469
167
Tajikistan
13 308
90
Belize
13 039
329
Bahamas
12 364
243
Congo (Brazzaville)
12 298
161
Djibouti
11 591
155
Lesotho
11 107
329
Sud Soudan
10 786
115
Timor-Leste
8 728
19
Guinée équatoriale
8 708
120
Benin
8 140
103
Nicaragua
7 696
188
République Centrafricaine
7 129
98
Yémen
6 889
1 355
Islande
6 555
29
Gambia
6 045
181
Niger
5 469
193
Erithrée
5 421
19
Burundi
5 242
8
Sainte-Lucie
5 218
80
Saint-Marin
5 090
90
Tchad
4 947
174
Sierra Leone
4 879
82
Barbade
4 045
47
Comores
3 912
146
Guinée-Bissau
3 825
69
Liberia
3 109
99
Liechtenstein
3 028
59
Nouvelle-Zélande
2 721
26
Monaco
2 549
33
Sao Tome and Principe
2 362
37
Saint Vincent and the Grenadines
2 196
12
Fidji
2 090
7
Laos
2 054
3
Bhutan
1 939
1
Maurice (Ile)
1 701
18
Antigue et Barbuda
1 263
42
Diamond Princess
712
13
Tanzanie
509
21
Saint Kitts and Nevis
350
2
Brunei Darussalam
255
3
République Dominicaine
191
0
Grenada
161
1
Holy See
27
0
Iles Salomon
20
0
MS Zaandam
9
2
Iles Marshall
4
0
Vanuatu
4
1
Samoa
3
0
Kiribati
2
0
Palau
2
0
Micronésie
1
0

Tribune

Chadia Arab
Géographe, chargée de recherche au CNRS
Dames de fraises
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