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Les répercussions de la pandémie de coronavirus sur le tourisme à Marrakech

Alors que la ville ocre entame en ce mois de mars la haute saison touristique, les mesures imposées par le Maroc pour lutter contre le coronavirus suscitent l'inquiétude des commerçants de la ville, première destination touristiques du pays, sur laquelle plane le spectre d’une année blanche. 

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La place mythique Jamaa El Fna à Marrakech. / DR
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Des terrasses des cafés bondées, des touristes étrangers faisant leurs achats…  La vie à Marrakech, cœur battant du secteur touristique marocain, ne semblait pas être affectée samedi par l’annonce, par le Maroc de fermer les écoles, les universités et même les frontières du pays, à l’exception de l’aéroport de la ville. Des Français ont, en effet, manifesté au sein de l’établissement contre l’annulation de plusieurs vols devant les emmener chez eux. Mais ailleurs, la vie reprenait normalement son cours, ou presque.

Mais la situation change graduellement depuis lundi, avec le lancement de plusieurs mesures contre la propagation du nouveau coronavirus. «Les grandes rues se vident petit à petit. Il y a quelques enfants qui jouent à l’extérieur, un embouteillage au quartier Guéliz, des cafés qui sont toujours ouverts mais avec peu de clients…», nous déclare Youssef, gérant d’un magasin de vente de produits de soins, filiale d’une marque internationale basée en France.

L’impact est déjà ressenti

A Jamaa El Fna par contre, les halkas, les calèches à jus, les vendeurs de plantes aromatiques et médicinales, et d’autres commerces disparaissent, laissant la place mythique presque vide. Des opérations de nettoyage ont également été effectuées, mesures de prévention contre le coronavirus obligent.

C’est dire que la ville ocre se prépare à franchir des jours, voire des semaines difficiles. Avec le départ de plusieurs touristes, la suspension des vols internationaux ainsi que les annulations de réservations qui se succèdent, l’inquiétude commence déjà à s’installer chez les propriétaires de magasins et les commerçants qui dépendent beaucoup de l’activité touristique.

«Nous n’avons pas encore fermé, mais il n’y a pas de clients ayant visité la boutique aujourd’hui», nous déclare Youssef. Les touristes, les Marocains visitant Marrakech ainsi que les Marrakchis et les étrangers résidant constituant sa principale clientèle.

«Samedi, les réservations pour le SPA ont été annulées. En France, la maison mère a fermé. Mais avant, ils ont appelé à un grand ménage, les testeurs devant être collectés et détruits», ajoute-t-il, en annonçant qu’il prendra les mêmes mesures.

«On proposera la livraison gratuite à domicile pour que les gens restent chez eux. Mais sur le plan éco, je suis inquiet car je fais zéro dirham de ventes par depuis vendredi. Les charges sont toujours là, fixes, comme les impôts, le loyer, le personnel…»

Youssef

Et de souligner que depuis dimanche, il croise «très peu de touristes» dans la rue.

Des fermetures provisoires, en attendant «le pire» ?

Et il n’est pas le seul. «Les frontières ont été fermées. Par conséquent, les réservations ont presque toutes été annulées», déclare ce lundi Abdallah, qui gère un riad dans la médina de Marrakech. «Nous avons plus d'annulations que de réservations de nos jours, ce qui est une première», a-t-il regretté. Abdellah a expliqué qu'actuellement, le Riad dans lequel il travaille héberge environ cinq touristes locaux. «Nous savons tous que la situation empire, en particulier pour ceux qui travaillent dans le tourisme, mais nous sommes impuissants. Nous préférerions faire face à une crise financière plutôt qu'au virus lui-même», se justifie-t-il.

Abdallah dit aussi s’attendre à «inviter ses collaborateurs à rester chez eux dans les prochains jours, surtout s'il n'y a personne au Riad».

Moins chanceux qu’Abdallah, un autre gérant d’un Riad à Marrakech déclare n’avoir que «trois touristes étrangers» qui semblent vouloir quitter le plus possible. «Normalement c’est la haute saison mais tout le monde a dû annuler son séjour. On n’a qu’un couple de France qui devaient partir jeudi et un ressortissant allemand qui devait partir vendredi», nous déclare-t-il. Selon lui, plusieurs clients ont reporté leurs réservations en attendant de voir l’évolution de la pandémie.

L’impact touche également les employés de ces Riads. Jihane, une employée travaillant dans la SPA d’un Riad nous déclare avoir été «convoquée dimanche pour nettoyer le matériel et apprendre la fermeture» de cette maison d’hôte, faute de clientèle.

«La gérante nous a informés aussi que les mêmes lois qu’en France s’appliqueront, c’est-à-dire qu’ils vont nous verser nos salaires entiers de ce mois de mars et qu’on aurait peut-être le droit à un chômage partiel. Mais ils ne sont pas encore sûrs de ce dernier point», confie-t-elle. Et d’assurer que les propriétaires attendent toujours de «voir comment l’Etat va les soutenir» dans cette crise.

Près de 34 milliards de dirhams de perte, «si les choses vont mal»

La situation à Marrakech semble avoir vite eu un effet domino sur d'autres entrepreneurs et commerçants. Un propriétaire d'un magasin de gros dans l’ancienne médina dit s’attendre «au pire». «Actuellement, les gens achètent car ils paniquent et nous avons remarqué qu'il y a une forte demande mais cela ne durera pas trop longtemps en raison de la situation économique», a-t-il expliqué.

«Quant aux Riads que nous fournissons, s'ils n'ont plus de touristes. Ils ne viendraient plus chez nous pour acheter des produits.»

Un propriétaire d'un magasin de gros à Marrakech

Quant à ceux qui ont déjà fait des commandes, Youssef s'attend à ce qu'ils ne paient pas leurs factures pour ce mois. «On s'attend à ce qu'ils nous remboursent des produits qu'ils ont déjà achetés mais je pense que ce sera pour plus tard, vu la situation actuelle», a-t-il conclu.

En attendant, la Confédération nationale du tourisme (CNT) a proposé ce lundi, une série de mesures pour aider les entreprises du secteur à surmonter l'impact économique du coronavirus, rapporte la MAP.

Il s’agit notamment du «report/suppression des charges sociales (CNSS/CIMR..) et les dégrèvements d'impôt (IR, IS, TVA..) pour toute la période de crise», déclare le président de CNT, Abdellatif Kabbaj. «Il s'agit également du report des échéances bancaires de 12 mois, le maintien des lignes de crédit et l'ouverture de lignes d'emprunts sur 12 mois avec réduction du taux d’intérêt à 2% sur cette période», entre autres.

«Si les choses vont mal, le secteur du tourisme va perdre 34 milliards de dirhams en termes de chiffre d'affaires d'ici la fin de l'année. Si le tourisme entier perd 34 milliards, le secteur de l'hôtellerie va perdre 15 milliards», a-t-il estimé.

A Rabat, le Comité de veille économique a tenu ce lundi sa toute première réunion afin de discuter des mesures à prendre afin de préserver la situation économique au Maroc face au nouveau coronavirus.

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