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Société Publié

France-Maroc : La réalité de la kafala [Magazine, 1/3]

Autrefois tabou, car elle traduisait immédiatement l’infertilité d’un couple considérée comme «hchouma», l’adoption a fait son chemin. Si, au sein de la société maghrébine en général et marocaine en particulier, elle se heurte encore à certaines conceptions traditionnelles, l’adoption est pleinement entrée dans les moeurs occidentales. Les Marocains résidant à l’étranger n’hésitent donc pas à se tourner vers leur pays d’origine pour agrandir leur famille. Toutefois, prendre la décision d’adopter est un fait, venir adopter au Maroc lorsqu’on vit à l’étranger en est un autre : un véritable parcours du combattant.

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«Je ne me vois pas adopter un russe ou un chinois. Non pas que je sois xénophobe, mais je suis poussé à aller chercher chez moi», explique Youssef*. Quand ils veulent adopter, les MRE, particulièrement ceux qui résident en France, se tournent vers leur pays d’origine.

Ce n’est pas pour autant que les choses sont simples. Adopter au Maroc alors que l’on réside à l’étranger implique de se confronter aux différentes conceptions juridiques de l’adoption. Alors que, souvent, l’adoption est une transmission totale des droits parentaux à l’adoptant, au Maroc, il s’agit d’une délégation d’autorité parentale, un tutorat, une «prise en charge» : la kafala.

«Chut !», ne parle pas de kafala

Généralement naturalisés Français, les parents adoptifs, après avoir repéré leur futur enfant au Maroc, doivent satisfaire à plusieurs exigences légales et accomplir en France un certain nombre de démarches préalables pour l’obtention d’un agrément. Ils doivent fournir, entre autres, des documents prouvant leur capacité financière, physique et psychologique à élever un enfant. Au terme d’un délai de neuf mois, une commission d’agrément donne son avis.

L’agrément constitue en quelque sorte un «passeport» pour l’adoption. Cependant, la kafala est reconnue en France comme étant un tutorat et non une adoption à part entière. Les parents craignent que l’adoption soit préférée au tutorat et que l’agrément ne leur soit donc pas accordé s’ils annoncent d’emblée qu’ils veulent lancer une kafala, puisqu’elle n’entre pas dans le cadre légal français. Ils cachent donc souvent la vérité sur la nature réelle de ce qu’ils entreprennent. Youssef est le père adoptif d’une fille et un garçon de deux ans recueillis en novembre 2009. Il s’est refusé à agir ainsi. «J’ai parlé de kafala. Ma femme avait peur. Mais je ne peux pas le dissimuler. C’est une chose trop importante pour agir dans la dissimulation», explique-t-il. Cet homme a obtenu l’agrément «sans problème».

L’accompagnement dans les démarches

Une fois l’agrément en poche, les parents se rendent en terre marocaine pour récupérer, selon les normes juridiques en vigueur, l’enfant qui a conquis leur coeur. La procédure dure entre 3 et 4 mois. Un tribunal marocain doit leur accorder le droit d’emmener l’enfant avec eux. Une étape que les parents redoutent parfois. Pour s’éviter beaucoup de tracas, la majorité se fait accompagner par un avocat. «J’avais fait intervenir une avocate d’une association», raconte Safaa, mère adoptive, depuis juillet 2008, d’un enfant qui a aujourd’hui 3 ans. Certains préfèrent assumer personnellement toute la procédure. «Nous avons réalisé notre procédure en solo. Par contre, nous avions un ami sur place qui nous a ouvert pas mal de portes», expliquent Youssef et son épouse.

La présence d’un avocat, si elle garantit une certaine quiétude au niveau des tribunaux marocains, n’est pas toujours suffisante au niveau des services consulaires français. «On m’a dit au consulat que mon enfant n’était pas abandonné. Il faut dire que c’était l’été et les personnes qui étaient là n’étaient pas bien informées», précise Safaa. Ces incidents peuvent fragiliser le moral des parents mais ils ne manquent pas de plans B. Safaa, par exemple, est passée par Tarifa, «à cause de la différence entre nos passeports et celui de l’enfant». Comme elle, de nombreux parents, qui rencontrent des difficultés pour obtenir le visa de leur enfant, utilisent des voies terrestre ou maritime pour les emmener dans leur pays de résidence de façon clandestine.

Le coût

Adopter un enfant au Maroc quand on réside à l’étranger suppose aussi une bonne assise financière. Les parents doivent assumer plusieurs voyages au Maroc. Le premier a généralement pour objectif de rechercher l’enfant à adopter, puis peuvent s’enchaîner plusieurs autres voyages, dans l’attente de l’obtention de l’agrément français. Ensuite, viennent les différentes démarches à effectuer dans le Royaume. Il faut traduire en langue arabe les documents français. La traduction peut coûter jusqu’à 4 000 DHS. Les parents doivent aussi faire établir un passeport à l’enfant ainsi que son visa pour 1 110 DHS.

Au total, une procédure de kafala pour un MRE coûte plusieurs milliers de dirhams. Safaa aurait dépensé environ 16 000 DHS, hors frais de déplacement, pour la procédure de kafala proprement dite. Moncef, quant à lui, évalue le coût global de ses dépenses à près de 30 000 DHS, soit environ 3 000 euros. D’après l’heureux papa, «c’est un peu lourd, mais ça vaut le coup !».

* Les prénoms ont été changés

 Cet article fait partie du focus sur la kafala, publié précédemment dans Yabiladi Mag no 6 (avril 2011)

Kafala.fr
Auteur : Kafala2010
Date : le 09 juin 2012 à 09h56
Afin de faire reconnaître officiellement la Kafala judiciaire par les autorités françaises,

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Cette pétition est anonyme votre nom ne serra pas diffusé sur notre site internet !

C’est notre capacité à se mobiliser et à nous rassembler qui permettront, la reconnaissance de la Kafala judiciaire par l’Etat français.

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